Une conversation à laquelle Saint Charles de Foucauld n’est pas étranger

Prière à Saint Charles de Foucauld

Témoignage de Mgr Philippe Brizard, ancien directeur de la Maison d’Ananie, qui accompagne les musulmans qui deviennent chrétiens (préparation au baptême puis accompagnement ensuite) à propos de Mimo, personne accueillie, autrefois accompagnée par les Captifs.

« Jamais, je n’oublierai Mimo. De son visage émanait une profonde intériorité. Son beau sourire était un reflet de son âme. Et pourtant, quel parcours ! Il était né bien plus au sud que le Maroc qu’avait exploré Charles de Foucauld. Sahraoui, il avait milité au Polisario pour la libération de son pays, ce qui lui valut la vindicte de la police marocaine qui le poursuivait partout où il allait. Torturé au Maroc, il fut rattrapé en Italie et craignait pour sa sécurité en France. Il était imam. Animé d’une vie spirituelle très réelle et connaissant bien le Coran, il a parcouru dans la douleur un chemin de conversion que j’ai appris à connaître parce qu’il était celui de beaucoup de catéchumènes issus de l’islam : Issa (Jésus) fascine nombre de musulmans pieux. Peu satisfaits de l’enseignement qui est donné de lui d’ordinaire dans le cadre musulman, ils deviennent des chercheurs… et ils trouvent. En Italie, à Rome, grâce à des jésuites au service de migrants sans papiers avec qui il œuvrait, il put s’émerveiller de l’amour du Christ pour les hommes. Il était stupéfait par la liberté de penser et d’aimer qu’offrait la religion chrétienne. Il avait choisi Charles de Foucauld comme saint patron, qu’il appelait « son frère », à cause de l’amour du Père pour les Arabes et pour le désert.

            Mimo était un pauvre à un point inimaginable. Il avait tout perdu. Marié, puis séparé, il avait une fille qu’il ne voyait pas. Sa démarche religieuse l’éloignait de sa famille à laquelle il était attaché mais qui se radicalisait. Il s’est retrouvé à la rue : Mimo est son nom de rue. Dépressif, il se mit à boire. « Aux captifs la libération » l’a beaucoup et efficacement soutenu. C’est à ce moment que j’ai fait sa connaissance dans le groupe de catéchumènes qui s’acheminaient très discrètement vers le baptême. Il franchit toutes les étapes, ou presque. Grâce à lui, et avec lui, nous établissions un dialogue étonnant avec les autres catéchumènes qui portait sur le Coran et la foi catholique. J’ai beaucoup appris de lui. Avec son accompagnatrice, je le pris en affection. Par deux fois, je lui ai proposé une prière de délivrance pour l’aider à lutter contre l’alcoolisme et la dépression qu’il acceptait avec foi. Il s’en trouvait profondément heureux et apaisé. Il faut dire qu’il était écartelé sur son chemin de conversion entre foi au Dieu de Jésus-Christ et famille à laquelle il ne pouvait rien dire de son itinéraire.

La rue l’avait usé ; il sentait sa fin prochaine. Une dernière étape restait à franchir pour parvenir au baptême – c’était aux Rameaux 2017 – qu’il ne franchit pas. Il mourut avant de recevoir le baptême qu’il désirait tant. Il souhaitait être enterré en chrétien, nous le lui avions promis. Il n’en fut rien. Sa famille le récupéra avec toutes ses affaires, ne laissant dans la chambre que sa bible bilingue. Il est inhumé à Layoun, là où il est né, près de son père. Adieu, Charles. Tu es remis à Dieu, grand et miséricordieux, ami des hommes et père de Jésus-Christ. Charles El Mahjoub (Le Vivant), tu es vivant de la vie de Jésus-Christ. La main du Père de Foucauld était sur toi. »

La Journée des Familles Captifs

Samedi 11 juin 2022, une centaine de Captifs et leurs proches se sont retrouvés pour partager une journée fraternelle entre petits et grands.

Après un court trajet en bus de Paris vers Orsay (91), la journée a commencé par une petite marche à travers la forêt pour rejoindre la Mission Franciscaine de la Clarté-Dieu. Si certains ont trouvé leur route d’un seul essai, les autres ont pris davantage de temps pour admirer le paysage ! Entre les poussettes et les marcheurs rapides, un vrai jeu de piste pour prendre le bon croisement. Mais rien n’a entaché la bonne humeur des Captifs, trop heureux de se retrouver. Une fois tous arrivés, le temps de prière puis la messe – pour les volontaires – ont lancé les festivités.

L’après-midi, les adultes et grands enfants sont partis à la découverte de Saint-François à travers un jeu de piste. Les équipes n’ont pas feint leur engouement pour être les premiers à découvrir le trésor. Que ce soit au tir à la corde ou bien au concours de nœuds en gant de ski, tous ont rivalisé d’effort pour remporter les indices menant au coffre du trésor. Les heureux gagnants ont remporté de belles images de Saint François ainsi que des pendentifs du « Tau » franciscain (dernière lettre de l’alphabet hébreux rappelant la croix du Christ et symbole des franciscains).

« C’était une journée magnifique ! »

Marc, accueilli à l’Espace Marcel Oliver

Rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle édition !

Les Captifs à Rome

Du 13 au 16 mai, un petit groupe de Captifs – Accueillis, bénévole et salariés – a eu la chance de découvrir Rome pour la canonisation de Charles de Foucauld.

Au-delà de la portée culturelle de ces quelques jours, les Captifs ont vécu des moments riches en fraternité et ressourçant. De l’audience avec le Pape, à la messe de canonisation place Saint-Pierre, en passant par la visite des Sœurs de Jérusalem dans leur monastère à côté du Colisée : tous ont sauté dans le brasier ardent de l’amour du Christ.

« Voir le Pape, donne envie d’avoir une vie plus ordonnée ! » Joy

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Vladimir, de la rue à une colocation solidaire : main dans la main avec les Captifs

Pendant 22 ans, Vladimir a travaillé comme animateur jeunesse dans le 20e arrondissement de Paris. Avant de prendre une année sabbatique, il était responsable d’un centre de loisir. Et puis, à son retour de voyage, tout s’est enchaîné : il n’a pas retrouvé son poste, a perdu son appartement, et s’est fait voler ses papiers. Un effet boule de neige qui l’a précipité à la rue.

« A la fin de la trêve hivernale, je n’ai pas voulu ouvrir la porte aux autorités, alors ils l’ont défoncée. J’ai eu 2 minutes pour mettre mes chaussures, prendre quelques affaires, avant d’être mis dehors. Je n’ai rien compris à ce qui s’est passé !»

Vladimir

Grâce à sa facilité à parler avec les gens, Vladimir a réussi à se débrouiller dans la rue. Certains gardiens de parc l’ont laissé y passer ses nuits. Des habitants du quartier lui offraient des cafés. Pourtant il le dit : « C’est Dieu qui a envoyé Amélie ! ».

Amélie, travailleuse sociale pour les Captifs dans le 20e arrondissement de Paris, a en effet rencontré Vladimir lors d’une tournée rue. «Amélie et Muriel se sont approchées de moi, ont échangé, et leurs conversations régulières m’ont convaincu de me rendre aux permanences rue de Bagnolet». La méfiance a laissé la place à l’amitié. « Amélie je ne la lâcherai jamais, elle m’a sauvé la vie. Elle m’a sorti de nulle part ! »

Une deuxième belle rencontre a illuminé le chemin de Vladimir : Rose et son fils, des voisins du quartier. Ils l’ont aidé pendant un mois, lui ont rendu la possibilité de passer de vraies nuits de sommeil paisible. Amélie a pris le relai en l’aiguillant vers « Hiver Solidaire ». Pendant tout l’hiver, les personnes de la rue peuvent être hébergées dans une paroisse et partager leurs soirées et dîners avec les paroissiens bénévoles.

Ces deux tremplins ont donné à Vladimir l’énergie et l’envie de rejoindre la colocation solidaire de l’Association pour l’Amitié*, rue de Vaugirard. En quelques mois seulement, et avec l’aide des Captif, Vladimir a pu sortir de la rue. Aujourd’hui, quand il  croise des personnes encore à la rue, il leur conseille de rejoindre les Captifs : « pour leur combativité à sortir les gens de la misère et pour les amitiés que l’on peut y nouer».


*Association partenaire des Captifs

Olivier de Fontenay, Président de la Fondation d’entreprise Eres.

Depuis 2020, la Fondation Eres soutient financièrement notre association, particulièrement le projet de l’atelier d’insertion par la peinture, l’Atelier Bosco. Olivier de Fontenay, son président a accepté de répondre à quelques questions.

1/ En quoi les Captifs se distinguent des autres associations selon vous ?

Votre talent, c’est vraiment de traiter les personnes les plus vulnérables comme des personnes tout à fait normales. Et vous arrivez, pour certaines, par des voies hybrides comme les ateliers d’insertion à la peinture ou à la couture, à les former à un métier et c’est un véritable plus. En fait, les personnes que vous rencontrez dans la rue, en grande fragilité, en situation irrégulière, vous les amenez à être reconnus comme des travailleurs comme les autres. C’est ce que j’apprécie : vous sortez d’une démarche purement caritative, pour vous orienter vers une démarche hybride qui mélange le caritatif et le lucratif.


2/ Avez-vous des souvenirs positifs avec les Captifs ?

J’en ai deux. Le premier est lié au chantier de peinture que j’avais commandé à titre personnel à l’Atelier Bosco pour mon appartement à Paris. Je crois que c’était la 1ère fois qu’ils repeignaient en intégralité un appartement de type haussmannien, avec des moulures. Or la peinture des moulures n’est pas évidente et ne va pas de soi, et donc ça a donné à lieu à quelques petits commentaires de ma part pour les faire progresser. J’allais les voir presque tous les matins et je me suis rendu compte qu’ils étaient heureux d’être là, heureux du travail d’accompli et de voir dans mon regard que j’étais content en tant que client. Finalement ils étaient fiers d’avoir été traités comme des peintres professionnels.

Le 2e souvenir c’est la vente que l’association a organisé au sein des bureaux d’Eres, avec l’Atelier de couture Bakhita.  On a vu arriver dans l’immeuble une équipe pas encore hyper bien organisée, des produits sur lesquels il manquait parfois quelques prix… Mais la vente a été un réel succès ! Même si la couturière, qui assurait la vente, ne parlait pas très bien français, elle était hyper contente d’être là et cela se voyait. L’enthousiasme général, du côté des salariés d’Eres et des clients, donnait l’impression d’une vente ordinaire alors que c’était une vente extraordinaire ! Il faut poursuivre les expériences de ce type, qui favorisent les échanges.


L’Essentiel 2021 d’Aux captifs, la libération

L’association publie l’Essentiel à destination des donateurs et du grand public, un condensé de l’activité de l’année écoulée sur le plan des ressources de l’association et de ses réalisations.

Thierry des Lauriers

Directeur Général

Chers amis,
Nous sommes heureux de vous partager ce résumé en 4 pages de notre rapport d’activité 2021. Quels points en retenir ?

  • 2021, une année de persévérance : la crise sanitaire a continué mais elle n’a arrêté ni l’élan, ni l’espérance des équipes Captifs.
  • 2021, une année d’anniversaire : nous avons célébré nos 40 ans dans l’action de grâce et la poursuite de notre élan, citons entre autres : l’ouverture de l’antenne de St-Germain-de-Charonne à Paris, l’engagement confirmé du groupe Captifs de Nîmes et des Parcours de Sortie de Prostitution de plus en plus nombreux.
  • 2022, une année de projection dans l’avenir : nous élaborons depuis février notre plan stratégique pour 2027, avec un dialogue nourri avec les équipes, les personnes accueillies et nos partenaires.

Soyez tous vivement remerciés de votre intérêt et de votre soutien constant à notreaction !

Vous souhaitez un aperçu plus complet de nos activités ? Retrouvez notre dernier rapport d’activité sur cette page.

Grand Prix Humanitaire Charles Defforey 2022 

Le 1er juin, à l’Institut de France, Aux captifs, la libération a reçu le Grand Prix Humanitaire Charles Defforey, des mains de l’académicien Jean-Robert Pitte.  Il a été remis à Thierry des Lauriers, mais au total, 15 personnes de l’association se sont rendues à l’Institut de France pour la cérémonie officielle, en présence de Xavier Darcos -président- et Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle.

Le Grand Prix Charles Defforey est remis chaque année à une association dont l’action est exemplaire, pour récompenser son travail et ses réussites dans le temps. Pour l’emporter, les Captifs ont présenté un dossier de plus de 30 pages, représentant un condensé écrit de 40 ans d’actions. Ils ont expliqué le besoin actuel, urgent, de financements supplémentaires pour développer les Parcours de Sortie de Prostitution. De fait, la donation va permettre d’embaucher un travailleur social supplémentaire sur 2 ans sur le pôle prostitution. 

CP à lire ici.

Témoignage de bénévole à la rencontre de personnes prostituées

Personne en situation de prostitution accompagnée par l'association Aux captifs, la libération.

Aux Captifs, nous ne sommes rien sans l’aide de nos bénévoles. Chaque année, nous accueillons quelques 50 nouveaux bénévoles. Des personnes de tous les âges s’engagent, en journée ou en soirée, dans tous les secteurs de Paris et certaines villes en région. Tournées-rue, permanences accueil, sorties et ateliers, soutien administratif … les missions sont possibles et variées ! Chacun y vit la rencontre. Témoignage d’une bénévole de l’antenne Sainte Rita (Paris 9ième) donné à la messe de la Trinité (Paris 9ième).

« Après avoir travaillé jusqu’à 65 ans je me suis engagée comme bénévole pour aller faire des tournées-rue en binôme auprès des personnes en situation de prostitution. Durant ces maraudes, nous allons vers ces personnes « les mains nues », seulement pour créer un lien d’amitié, en n’attendant rien en retour. Ces rencontres régulières m’apportent beaucoup : habituée à un rythme de vie de mère de famille travaillant à temps plein, ces rencontres m’ont réappris à vivre un temps où l’on attend tout de l’instant, on s’habille le cœur comme dit le renard du Petit Prince, pour jouir d’un dialogue qui va nous surprendre. Après l’apprivoisement réciproque, nous proposons des activités spirituelles à ces personnes : Prières-rue à Sainte Rita et puis à Noël, un repas pour fêter l’arrivée de l’enfant Jésus.

Beaucoup de personnes rencontrées assistent à ces prières qui ont lieu une fois par mois et sont suivies d’un diner convivial. Après trois ans de maraudes, j’ai dû renoncer à ce bénévolat car mon mari est atteint d’une quasi cécité et il m’était difficile de continuer de suivre toutes les activités très riches des Captifs : c’est une association où l’on est très bien encadré, suivi, motivé par des rencontres avec de grands témoins et une formation spirituelle très riche.

Je gardais cependant la nostalgie de cette amitié partagée quand le père Pierre-Oliviers nous a informés qu’il souhaitait ouvrir un groupe de partage d’Evangile avec quelques personnes rencontrées dans le cadre des Captifs, je me suis portée volontaire pour renouer ces liens et pour répondre à mon désir personnel de partage d’évangile en Eglise. Nous avons donc ouvert un petit groupe, appelé « Fraternité Fratello ». Nous sommes encadrés par le père Hervé maintenant et sommes deux bénévoles et quatre personnes suivies. Nous choisissons ensemble un texte d’un dimanche proche de la date de la réunion. Nous préparons la réunion en leur envoyant le texte et quelques pistes de réflexion. La réunion est conviviale, précédée du partage d’un petit goûter pour avoir le temps d’échanger sur nos vies, nos santés, puis nous travaillons une bonne heure ensemble. Un compte rendu détaillé est réalisé et envoyé à chacun.

Et nous avons reçu une grâce : à l’occasion de la dernière assemblée plénière des évêques sur le thème « Clameur de la Terre et clameur des pauvres », les Captifs ont été sollicités pour exprimer la parole des pauvres. Nous avons donc repris les comptes-rendus de nos partages d’évangile, nous avons redécouvert la richesse de nos échanges et rédigé un texte qui a été lu par une des personnes du groupe à Lourdes devant tous les évêques.

Depuis que je suis entrée dans cette association, j’ai reçu de nombreuses grâces : de vraies amitiés avec des personnes que je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer auparavant, le bonheur de voir plusieurs personnes sortir de leur situation de prostitution et s’engager à fond dans le service de l’Eglise, la joie de trouver un groupe de partage de la Parole en Eglise en toute vérité et simplicité.

En bref, je crois sincèrement que ces activités au service des Captifs sont une chance et un vrai chemin de vie. Inutile de dire que je comprends mieux aujourd’hui les paroles du Christ : « Les prostituées et les publicains vous précèderont au Royaume des cieux… ».

Histoire de Captifs : à la rencontre de Naïma

A droite, Naïma, heureuse au sein de la colocation solidaire des Captifs.

Témoignage de Véronique Leveque, directrice du Centre d’Hébergement et de Stabilisation (CHS) Valgiros à propos de Naïma, résidente de cette colocation solidaire.

« Je vous présente Naïma. Nous avons accueilli Naïma à Valgiros fin novembre 2021, non sans appréhension. Naïma est, dans le jargon du secteur social, une femme grande précaire, une grande cassée de la rue, en situation d’errance depuis de nombreuses années. La première rencontre des Captifs avec Naïma a eu lieu en 2008 lors des tournées-rue (maraudes), tournées-rue assurées par des bénévoles. Naïma était alors fixée sur une plaque de rue, à la gare du Nord, c’était son territoire dans lequel elle vivait sans aucun accompagnement social, en rupture de droits, sans papiers d’identité, avec ses consommations d’alcool importantes ; à la merci du monde de la rue mais avec une certaine socialisation néanmoins.

Puis l’équipe Maquéro va prendre l’initiative d’aller vers Naïma. Cette équipe interdisciplinaire, composée d’un travailleur social, d’une infirmière et d’un psychologue va à la rencontre des personnes en situation de grande exclusion, rencontrant des problématiques complexes multiformes (addictions, troubles psychiques, pathologies mentales…) et n’exprimant aucune demande d’aide particulière. Pendant 4 mois, l’équipe Maquero ira à mains nues vers Naïma deux fois par semaine, la tournée-rue continuera aussi 1 fois par semaine, dans la régularité et la fidélité.

Naïma adhère à ces premiers liens et identifie bien les intervenants. Des premières démarches administratives sont entreprises. Ce premier pas vers le droit commun va permettre à l’équipe de mesurer les difficultés de Naïma, ses freins, son handicap, ses pathologies psy, son syndrome d’auto-exclusion, son addiction à l’alcool.  Ce furent des moments privilégiés avec Naïma qui feront émerger chez elle une première demande pour un hébergement et un souhait de se réinscrire dans son histoire.

Vont s’en suivre, pendant de longs mois, des allers retours entre des hôtels peu adaptés à son handicap, à sa façon de vivre et sa plaque de rue (8 mises à l’abri au total), l’équipe maintient le lien chaque semaine. Le dernier hôtel, dans le 17ème , a permis une rupture nette avec la gare du Nord et son environnement. Naïma exprime alors son souhait « d’un lieu de vie avec des personnes normales ». L’orientation vers Valgiros émerge.

Une première visite est organisée, Naïma est souriante mais reste méfiante ; elle observe, scrute, questionne… Patrick, accueilli lui aussi à Valgiros depuis un an, et ancien compagnon de rue de Naïma, lui fait visiter les lieux. Elle repart, en me remerciant très poliment.

Puis Naïma est arrivée le 26 novembre 2021, accompagnée de l’équipe Maquéro et de quelques sacs. Aujourd’hui, Naïma est toujours avec nous, c’est un premier défi relevé ! Elle est aimée, d’une grande générosité, entourée. Son handicap physique lui permet de maintenir l’attention autour d’elle. La cohabitation avec ses colocs se passe bien malgré son caractère bien trempé, son vocabulaire fleuri, ses coups de colère et sa tristesse qu’elle nous montre bien souvent. Nous gardons tous en mémoire ses torrents de larmes lors de la messe de Noël célébrée à Valgiros. L’équipe Maquéro garde le lien avec elle en venant la voir régulièrement.

Elle est loin maintenant de sa plaque de rue même si elle me menace régulièrement d’y retourner si je ne lui fiche pas la paix avec sa douche.

Naïma a bénéficié et bénéficie d’un accompagnement sur mesure, sur le long terme, dans le respect de son autonomie, en respectant son pouvoir d’agir, dans la fidélité et dans le lien. Elle vient de préparer, de cuisiner, avec l’aide de plusieurs personnes autour d’elle, le déjeuner table ouverte que nous organisons chaque mardi, ce qui était encore impensable il y a quelques mois.

Quels défis pour elle ? Naïma doit se maintenir dans ce dynamisme, et nous devons continuer à l’entourer et lui permettre de révéler toutes ces capacités. Nous ne sommes pas dans un projet de vie à proprement dit mais dans de touts petits pas, nous avançons, nous reculons en gardant cette compassion que nous avons pour elle.

Nous sommes tous, déjà, très attachée à elle, mais nous ne sommes pas sa famille, ni ses amis, nous lui voulons du bien mais un jour il faudra nous quitter. ».

Fête-rue des Captifs

Chaque année, une grande « Fête-rue » est organisée par toute l’association avec les personnes accueillies pour se réjouir ensemble fraternellement le temps d’un diner et d’une soirée dansante.

Au sein de la crypte de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours (Paris 11e), tous les Captifs se sont retrouvés. Chaque antenne est venue en nombre : personnes accueillies, bénévoles et salariés. C’est LE rendez-vous festif du calendrier annuel.

Un petit groupe s’est retrouvé dans l’après-midi pour préparer cet événement. Ceux de l’antenne de Saint-Vincent-de-Paul ont préparé la décoration et les sachets d’œufs en chocolat à emporter, ceux de l’accueil Lazare sont venus pour porter les tables et mettre le couvert. Et pendant la soirée, chacun a eu son service : le pôle communication /partenariat a tenu le bar, les directeurs de pôles ont apporté les assiettes à table et l’équipe de l’Immaculé-Conception a tenu le vestiaire. Une vraie fête collaborative !

Tout a commencé par un apéritif au son de l’accordéon, suivi d’un dîner autour de grandes tablées. Et pour finir en beauté, les Captifs ont enflammé la piste de danse.

A voir les sourires des personnes en partant, tous ont passé une belle soirée.  Vivement l’année prochaine !