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« Les pauvres peuvent-ils nous apprendre la fraternité ? » : interview de Thierry des Lauriers

Jeudi 9 septembre, Thierry des Lauriers, directeur général de l’association Aux captifs, la libération, était invité sur Radio Dame, dans le cadre de l’émission En quête de Sens. Il a témoigné sur le thème « Les pauvres peuvent-sil nous apprendre la fraternité ? », aux côtés de la responsable communication de l’association Lazare et des directeurs de l’association Misericordia à Aubervilliers.

Son intervention a permis de rappeler la mission des Captifs auprès des plus exclus et la vision de l’association qui favorise la fraternité. « C’est parce que l’on vient à mains nues, et qu’on n’a rien à apporter, que l’on peut recevoir » a expliqué Thierry des Lauriers. Il a partagé un souvenir fort, lors d’une tournée rues dans le Bois de Boulogne. « C’était l’été, il faisait chaud… et c’est la personne que nous étions venue voir qui nous a offert une bouteille d’eau à chacun. Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir… Pourquoi priver l’autre de cette joie ? »

ECOUTER L’INTERVIEW :

Accompagnement des personnes alcoolo dépendantes : quelles voies de libération ?

Témoignage de Léo Cloarec, responsable de l’Espace Marcel Olivier (EMO, Paris 9e), qui accompagne les personnes accueillies pour se libérer des conséquences négatives de leur alcoolo dépendance. Au sein de l’association, l’EMO développe un modèle d’accompagnement des personnes de la rue consommatrices d’alcool, pour les aider à réduire les risques liés à leur consommation au quotidien, et notamment pour leur santé. L’objectif de ce programme n’est pas forcément le sevrage et l’abstinence mais d’abord une amélioration de leur qualité de vie.

Léo Cloarec, 28 ans, travaille depuis presque 3 ans aux Captifs. Son rôle ? Veiller au bon fonctionnement de l’Espace Marcel Olivier et de toutes les activités qui s’y déroulent. En tant que responsable de l’EMO, il encadre tous les jours une équipe de 3 personnes. 

L’EMO, comme les « gars » l’appellent est un lieu ouvert tous les matins du lundi au vendredi, 9 rue Bergère à Paris (9e). Chaque matin, Léo et son équipe y accueillent entre 15 et 30 personnes, toujours un peu les mêmes, qu’ils sont heureux de retrouver jour après jour. Au programme :  petit déjeuner, jeux de cartes, repos dans les canapés, pauses cigarettes et surtout discussions. Ici, sont partagées expériences et confidences… car l’EMO est avant tout un lieu d’accueil sécurisant pour les personnes accueillies. Elles peuvent y consommer de l’alcool en réduisant les risques associés à leur consommation (chutes, déshydratation, manque d’alcool, stigmatisations…). Ici, elles sont en confiance et se sentent bien entourées dans un cadre bienveillant : « Vous êtes comme la famille » disait une personne accueillie à Léo.

Parmi les missions de Léo, coordonner, 2 à 3 fois par semaine des ateliers en parallèle de l’accueil. Ces groupes de parole, d’art thérapie ou d’expression spirituelle sont autant d’occasions pour les personnes accueillies de se libérer des conséquences négatives de leur alcoolo dépendance. « La combinaison d’activités, d’ateliers, de temps d’écoute et de partage ont un impact libérateur pour les personnes accueillies » explique Léo. Naturellement, les accueillis réduisent leurs volumes de consommation sur le temps d’accueil. Grâce au cadre sécurisant, instinctivement, ils ressentent moins le besoin de boire que lorsqu’ils sont dehors. L’autorisation de la consommation et le cadre bienveillant permettent une libération de la parole autour de la question de l’alcool et des représentations que les consommateurs ont d’eux-mêmes. A l’Espace Marcel Olivier, tous apprennent à se définir autrement que comme alcooliques, ils sont avant tout des personnes.

« Naturellement, les personnes accueillies réduisent leurs volumes de consommation sur le temps d’accueil. »

– Léo, responsable de l’EMO

L’EMO est devenu un lieu de référence pour certaines personnes accueillies qui parfois accèdent à un accueil de jour et un espace de vie en communauté pour la première fois de leur vie et ce malgré leur alcoolo dépendance.

Ce lieu est aussi source de libération simplement pour les liens que l’on peut y tisser. Léo témoigne « Nous sommes très proches des personnes rencontrées car effectivement, à force de se voir tous les jours pendant parfois des années, un sentiment d’amour mutuel se crée et je dirais que réellement nous nous élevons mutuellement. Ces personnes nous font grandir au quotidien, alors merci à elles ! ».

Merci à tous ceux qui soutiennent ce projet : Fondation Notre Dame / MILDECA / Fondation Marie-Eugénie Rose Fondation Nehs Dominique Bénéteau / MMPCR / ARS Île-de-France / Fondation Sarepta

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Prostitution à Paris : des victimes de traite des êtres humains au cœur des rencontres

Au sein de notre association – Aux captifs, la libération – nous rencontrons et accompagnons des personnes en situation de prostitution « forcée ». Aujourd’hui, cette forme de prostitution se répand dans le cadre de la Traite des êtres humains (TEH), forme d’esclavage moderne, qui tend à supplanter la prostitution dite « traditionnelle ». 

Cet esclavage moderne implique le recrutement au-delà des frontières, le transport, ainsi que le logement des victimes à des fins sexuelles (dans 92% des cas). En Europe, 98% des femmes et jeunes filles victimes de cette traite humaine sont des Nigérianes. Contraintes au silence par leur proxénète, leur seule échappatoire consiste à rompre la promesse faite au « Ju-Ju » (rite vaudou) avant le voyage et à se rapprocher des structures associatives, capables de leur venir en aide. Explications de Solonika Lee, travailleuse sociale aux Captifs.

La prostitution forcée comme monnaie d’échange

La promesse d’un emploi, quelques mots doux et le tour est joué pour la Madam, médiatrice des proxénètes. Elle-même victime de ces derniers, elle recrute d’autres femmes et les accueille en Europe afin de régler plus rapidement sa propre dette.

Au cours d’un rite, la Madam et la fille fabriquent un « Ju-Ju », objet spirituel venant d’Afrique de l’Ouest souvent associé à la poupée vaudou, qui deviendra le symbole du contrat liant l’engagement de la fille à la Mama. La tradition veut que si une quelconque rébellion de la part des victimes naît, si elles ne règlent pas leurs dettes, si elles ne rapportent pas assez d’argent, si elles refusent de travailler ou tentent de s’émanciper, l’esprit malin du « Ju-Ju » les poursuivra tout au long de leur vie, les menant à la maladie, à la folie et parfois à la mort.

Pour ces femmes victimes de traite, c’est une fois arrivées en Libye que le calvaire commence ; « Elles sont violées mais elles ne se rendent pas compte encore qu’elles vont devoir se prostituer. Elles se disent que c’est un mauvais moment à passer et voilà. » explique Solonika. Ensuite, après un énième changement de passeur, les victimes arrivent en Europe où 35 000 € leur sont demandés. C’est à ce moment-là que la Madam rappelle la promesse faite au « Ju-Ju » et le risque qu’encourt leurs familles restées au Nigéria. La seule manière d’y échapper est de se prostituer afin de rembourser cette dette.

L’accompagnement des Captifs

Solonika Lee est travailleuse sociale à l’association Aux captifs, la libération depuis bientôt 4 ans et travaille principalement sur le secteur des maréchaux au Nord de Paris, allant de Porte de Clichy à Porte de la Chapelle en passant par Château Rouge. Son travail consiste à faire des tournées-rue (maraudes), pour rencontrer les personnes en situation de prostitution. Mais également à accompagner ces personnes et leur proposer si elles le souhaitent des activités et un suivi social au sein de l’antenne située à Sainte-Rita (Paris 9e). Parmi les activités, les femmes ont l’embarras du choix : de la simple permanence d’accueil à l’atelier d’art-thérapie, en passant par des sorties culturelles ou des cours de Français.  

Dans le cadre de leur accompagnement social, ces femmes ont la possibilité de suivre un parcours de sortie de prostitution (PSP) qui leur donne accès à des droits spécifiques : autorisation de séjour temporaire avec permis de travail, allocation financière spécifique, priorité pour les demandes d’hébergement. Sachant qu’Aux captifs, la libération est une des seules associations où les victimes n’ont pas à dénoncer les trafiquants, les femmes accueillies s’y sentent particulièrement en confiance.

Merci à Re-création by LOBA pour le recueil de ce témoignage à lire en entier ici.

Et merci à l’ARS Île-de-France, à la Fondation Sanofi Espoir, à la Fondation Notre Dame et à la Fondation Gratitude de financer ce projet.

Interview de Bertrand Galichon, médecin urgentiste

Le docteur Bertrand Galichon est responsable adjoint
des urgences de l’hôpital Lariboisière à Paris.
C’est grâce à sa grande contribution que le projet
Maquéro de l’association (tournées-rue pour
les malades psy) a pu voir le jour.

En tant que médecin, quand un malade arrive aux urgences, sur quoi se porte votre attention ?

Il me paraît fondamental de distinguer soin et traitement. En ayant traité la raison de la venue d’un malade aux urgences, on a fait qu’une partie du chemin du soin. En effet, le malade accueilli aux urgences est avant tout une histoire. Il nous faut comme médecins pour un soin ajusté tout d’abord écouter cette histoire. Il est essentiel d’écouter l’anamnèse de l’évènement qui amène le malade. De quoi sa vie est-elle constituée ? Quelles sont les tensions qui la traversent ? Quelles sont les raisons d’inquiétude, d’espérance ? Le malade vient poser son sac pour que nous l’aidions à le ranger, l’épurer pour pouvoir le porter à nouveau. Le malade et son histoire sont uniques. Ils forment une unité. Le malade vient nous la confier car blessée. C’est bien elle, cette dignité ontologique qu’il nous faut panser, remettre en perspective. Le malade quel qu’il soit se pose toujours la question du pourquoi. Mais très vite arrive celle du pronostic qui cache celle du « pour quoi » faire, donc celle du sens dans toutes les acceptations du terme. Le malade devient le patient quand il aura intégré cet événement dans sa biographie, dans son histoire. Le soin a pour objet de rendre au patient sa liberté, sa responsabilité.

« Le malade accueilli aux urgences est avant tout une histoire »

Le projet Maquéro de l’association a vu le jour en grande partie grâce à votre aide. Comment accueillez-vous les malades psy aux urgences ?

La toute première équipe de Maquéro est arrivée dans mon bureau les mains nues par un après-midi à une période où le service était en grand souffrance. Beaucoup des soignants, des médecins perdaient le sens de leur engagement professionnel en particulier la nuit. Les hommes et les événements y ont une couleur différente. Les services de secours nous amènent plus souvent qu’à leur tour les mêmes « gueules cassées », sans nom et donc sans histoire. Si nus, perdus dans leurs vapeurs d’alcool ou de toxiques, aucun élément de leur histoire pour se raccrocher. A peine dégrisés, ils repartaient… L’équipe de Maquéro nous présente le projet avec un maître mot, ces hommes et ces femmes ont une histoire. Et la maladie est le prétexte pour une prise en charge plus avant. Le soin est la raison d’une nouvelle altérité et pour certains un regard renouvelé sur eux-mêmes. Se pardonner est le début de la guérison… Cette visite a tout changé… Cette équipe en accompagnant ces êtres humains ont rapidement changé notre regard. La « piche », le « tox », le « psy » avaient du coup un prénom, un nom puis une histoire. Ils sont autre chose que leur maladie. Aller vers l’autre même cabossé devenait possible. Le traitement, le soin ont pu commencer à être possibles… Les soignants se sont trouvés soignés en retrouvant leur raison d’être, le pourquoi de leur engagement. Certains sont restés enfermés dans leur blouse… Néanmoins, Maquéro mais aussi l’ensemble des « Captifs » nous montrent que la dignité de ces hommes et ces femmes est masquée par un indicible. Ne serait-il pas pour certains de ces invisibles une ultime protection, un ultime rempart contre le monde extérieur ?

Vous êtes médecin et catholique… comment alliez-vous soins et spiritualité ? 

Je n’ai jamais cherché à soigner le visage du Christ. Peut-être aurai-je la chance d’entrevoir une part de sa vérité dans le soin porté à l’autre. La relation à l’autre, l’inconnu, est première. Faut-il soigner le corps pour libérer l’âme ou la spiritualité de l’autre ? Ou faut-il considérer la digne indisponibilité de sa spiritualité pour traiter et soigner son corps ? Je ne sais pas. Mais la grande leçon que les urgences de Lariboisière m’ont donnée est de considérer l’autre comme aussi aimable que moi aux yeux du Père. Croire en ce mystère est comme l’injonction de nous mettre à hauteur d’hommes, ou plus encore, de cœurs. Perdre ce repère c’est prendre le risque de ne plus être disponible, libre, de passer à côté de l’autre, ne pas entendre son histoire, ne pas respecter sa liberté ou lui rendre sa responsabilité. Ma liberté ne commence-t-elle pas avec celle de l’autre ? L’autre ne peut être instrumentalisé pour ma foi.

Témoignages de Captifs : le corps comme lieu de rencontre

Aussi bien pour les personnes de la rue, que pour les personnes en situation de prostitution, la question du corps est centrale. Dans ces témoignages, Nancy Krawczyk et le Père Pierre-Oliviers Picard nous exposent leur point de vue de Captifs.

Nancy Krawczyk travaille pour les Captifs depuis 7 ans. Sa mission aux Captifs est d’accueillir les personnes qui se présentent à l’espace hygiène de l’antenne Saint-Vincent-de-Paul du 10ième arrondissement de Paris. Et plus particulièrement d’accueillir les personnes les plus cassées.  Pour la douche, ces derniers ont besoin d’aide pour se déshabiller, se laver et se rhabiller. D’autres sont plus autonomes et se débrouillent donc seuls. Enfin toujours dans le cadre de l’espace hygiène, Nancy s’occupe de laver et sécher le linge des personnes accueillies.

 

Pour elle, le corps est « le lieu de rencontre avec les autres », c’est ce qui maintient les personnes accueillies connectées au réel. Elle ajoute : « Prendre soin de son corps dépend directement de notre santé mentale, un corps négligé est le reflet d’un mal-être intérieur profond. Le corps de ces personnes accueillies est le reflet de leur être intérieur. Bien sûr, toute personne est différente et je ne veux surtout pas faire de généralité, mais ce que je comprends, pour les personnes les plus cassées, c’est qu’à un moment dans leur vie c’est comme si toute la personne était pétrifiée dans une souffrance qui accapare tout son être. Ainsi, cette personne n’a plus de force vive pour faire face à la réalité et notamment aux besoins élémentaires quotidiens comme se laver. ».

« Prendre soin de son corps dépend directement de notre santé mentale, un corps négligé est le reflet d’un mal-être intérieur profond. » Nancy Krawczyk

Très souvent, après une douche, Nancy les entend dire avec un soupir de bien être : « Ah, ça fait du bien de prendre une bonne douche ! ». A ce moment-là elle réalise qu’il y a une réconciliation avec leur corps.

Quant au Père Pierre-Oliviers Picard, il est Chapelain de la chapelle Sainte-Rita où les Captifs ont une antenne dédiée aux personnes en situation de prostitution.  

Pour le Père POP, comme l’appelle les femmes accompagnées de l’antenne, « Le corps est un lieu de rencontre, le corps va signifier quelque chose derrière, il doit signifier une parole. Notamment en tournée-rue, c’était important pour moi avant la pandémie de serrer les mains, de bien signifier que le corps peut rentrer dans une relation chaste. Une poignée de main amicale, bienveillante. C’était important et pour moi et pour elles. D’autant plus que je parle mal espagnol et anglais et que même avec les francophones, j’ai parfois du mal à trouver les mots, tant nos mondes sont différents, pourtant cette poignée, ce regard est une manière de dire, je veux vraiment être en relation avec vous. Je veux être dans une relation différente de celle que vous avez l’habitude de vivre en prostitution. ».

Il ajoute : « Le fait de vendre son corps ne permet plus à l’esprit d’agir complétement. Il est obligé de s’enfuir ailleurs, il y a une espèce de dislocation de la personne, entre son corps et son esprit. D’où l’importance des dynamisations proposées par l’antenne pour retrouver cette unité. ».

Paroles de Captifs : partez à la rencontre de François Mouly, bénévole depuis 10 ans

Retour de croisière dans la baie de Quiberon en juin 2016 sur le port de la Trinité-sur-Mer.

François Mouly, 71 ans, est bénévole au sein de l’association pour l’antenne Saint-Vincent-de-Paul à Paris. Toutes les semaines depuis maintenant 10 ans, il accompagne l’équipe Captifs de l’antenne pour certaines permanences d’accueil et tournées-rues. Dans ce témoignage, il nous raconte son engagement auprès des personnes de la rue, à la fois avec les Captifs, mais aussi avec le Collectif Morts de la Rue.

En 2012, François Mouly commence son bénévolat aux Captifs avec les permanences d’accueil. Très vite, il demandera à participer aux tournées-rue : « Je pense que ces 2 démarches sont complémentaires, et j’ai souhaité m’engager à l’accueil et aux maraudes. Ceux qu’on rencontre dans la rue sont rarement ceux qui viennent à l’antenne. ».

Dans la vie, François est passionné de voile, c’est donc tout naturellement qu’il proposera aux personnes accueillies de partager cette passion avec lui. Il organise donc avec l’aide de l’association Cap Vrai des séjours de croisières en Bretagne. Cette association chrétienne qui regroupe des amoureux de la mer désirant partager avec autrui les valeurs d’accueil, de solidarité et d’estime mutuelle propres au monde maritime.

François représente aussi notre association au sein du Collectifs Morts de la Rue, créé en 2002 à l’initiative du Père Patrick Giros.

Ce collectif regroupe un certain nombre d’associations venant en aide aux personnes de la rue. Sa principale mission est d’interpeller la société civile sur la mort indigne de ces invisibles en leur rendant hommage publiquement chaque année. Il a aussi pour mission de dénombrer la mortalité et de décrire le parcours de vie des personnes de la rue. Et enfin, il a pour mission de faire savoir que vivre à la rue tue.

Pour François, s’engager dans ce collectif est important : « Nous y avons vraiment notre place, d’abord parce que le Père Patrick Giros est à l’origine de cette démarche. Mais aussi parce que ces hommes et ces femmes qui meurent sur le trottoir sans que personne ne puisse leur tendre la main au moment où ils partent, c’est absolument bouleversant. On doit pouvoir se souvenir d’eux de façon un peu collective. Tout cela mérite respect et mémoire. ».

« Quand il est arrivé au ciel, j’ai pensé que les anges s’étaient levés pour le saluer. »

Cette année, compte-tenu des conditions sanitaires, l’hommage était aussi et surtout virtuel car aucune manifestation publique d’importance n’était possible. Le collectif a donc proposé aux associations de faire des petites vidéos d’hommages aux personnes avec lesquelles elles ont partagé un petit bout de chemin de vie. Pour cet hommage virtuel, François nous a parlé de Bobo : « C’est un garçon qu’on croisait beaucoup. Il n’avait pas l’usage de la parole, mais il se levait toujours pour nous saluer. J’ai toujours été ému par ce geste. Quand il est arrivé au ciel, j’ai pensé que les anges s’étaient levés pour le saluer. Je crois vraiment à cette image-là, parce que son geste était tout simplement noble. ».

Alors envie de rejoindre l’aventure Captifs ? N’attendez plus et envoyez votre candidature à : t.debeauregard@captifs.fr

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Reportage sur France 3 : campagne de vaccination pour les personnes de la rue

Vaccination à l’ESI « Chez Monsieur Vincent » – Aux captifs, la libération

Depuis quelques semaines, notre antenne et Espace d’Insertion Solidarité (ESI) du 10ième arrondissement de Paris a lancé une campagne de vaccination contre la Covid-19 destinée à nos personnes accueillies.

Cet ESI « Chez Monsieur Vincent », installé à quelques pas de la Gare du Nord accueille une quarantaine de personnes par jour. Cette semaine, l’association proposait aux personnes accueillies primo-vaccinées de réaliser leur seconde dose de vaccin. Pour Vincent Clos-Rousselle, responsable de l’ESI, ce type de circuit en parallèle est une manière pour les personnes SDF de surmonter « les nombreux obstacles qui les éloignent de la vaccination ».

Il explique également que « Donner accès au vaccin aux sans-abris permet d’atténuer leur sentiment de marginalisation de la société, ces personnes à la rue sont complétement exclues des lieux d’institution médicale traditionnels. Pour certaines, cela fait très longtemps qu’elles n’ont pas consulté un médecin ! ». Dans ce contexte, les Captifs sont un véritable relais entre ces personnes SDF et le corps médical.

Merci à France 3 île de France de s’être rendu sur place pour réaliser ce reportage.

« Ces personnes sans-abris sont exclues des lieux d’institution médicale traditionnels. »

A propos de l’Espace Solidarité Insertion (ESI) « Chez Monsieur Vincent » :

L’ESI est un accueil de jour. Situé au 10 rue de Rocroy (Paris 10ième), l’ESI est ouvert tous les jours de la semaine sauf les samedis et dimanches pour accueillir toutes les personnes en situation de précarité et de très grande exclusion.

Les Captifs se lancent sur Instagram !

Après Facebook et LinkedIn, les Captifs se lancent sur un nouveau réseau social : Instagram !

Notre objectif ? Faire entendre plus encore le cri de la rue sur ce réseau social devenu incontournable. Mais aussi, apporter de la jeunesse parmi nos fidèles donateurs, trouver de nouveaux bénévoles et surtout continuer à toucher les cœurs !

Pourquoi nous suivre ? Pour suivre nos actualités, nos bonnes nouvelles, nos témoignages et nos événements !

Alors n’attendez plus et filez suivre @les_captifs

Interview de Maria Biedrawa, éducatrice spécialisée à propos de la mémoire

Ma formation initiale est celle d’éducatrice spécialisée. J’ai longtemps, et avec beaucoup de joie, travaillé dans l’accompagnement des personnes ayant un handicap intellectuel et psychique, d’abord dans un contexte médico-social en Autriche, ensuite dans des communautés de l’Arche au Royaume Uni et en France, et ces 17 dernières années dans la formation continue. Je me suis intéressée à la résolution non-violente des conflits dans une dimension médico-sociale mais aussi sociétale.  J’ai donc ajouté à mon bagage une formation d’intervention civile de paix et de diaconie de paix, et une formation comme logothérapeute (la thérapie par le sens) pour mieux accompagner les personnes ayant vécu des traumatismes, que ce soit dans la rue à Paris, en raison de l’exclusion due au handicap, ou des personnes traumatisées par des conflits armés en Afrique subsaharienne. Pendant 17 ans, et avant de prendre ma retraite, j’ai régulièrement travaillé avec les équipes des Captifs. 

Dans le cadre de votre travail de formatrice vous avez rencontré certains « Captifs » de l’association. Qu’en retenez-vous ? 

Mon premier contact avec l’association a eu lieu 2 ans après la mort soudaine du Patrick Giros. J’ai alors rencontré une association traversant une zone de turbulence qui aurait pu être fatale, car elle n’était pas du tout préparée à vivre la période qui a suivi le décès du fondateur. Petit à petit, cette association a su ajouter à des fondements solides au niveau spirituel un sens des pratiques et un savoir-faire qui ont permis de forger une identité et d’aller de l’avant. Je retiens surtout l’aspect de la simple présence, la rencontre « les mains nues », et le courage d’afficher l’identité catholique. J’ai grandi et vécu proche des pays derrière le rideau de fer. La rencontre avec mes pairs de l’autre côté du rideau m’a toujours fait penser que la pire des pauvretés était la privation de Dieu et de la dignité qui découle du fait que nous sommes à son image. Quant à la présence, elle dit quelque chose de notre commune humanité, de notre commune dignité. Elle est ce geste non-violent par excellence par lequel l’autre – et surtout la personne violentée – peut venir à l’existence, le geste qui crée cet autre en nous que nous espérons tous tant. Sans cette présence à la fois existentielle et spirituelle, tout corpus de pratiques ne serait « du cuivre qui résonne ». 

Dans l’accompagnement des personnes ayant connu un ou plusieurs traumatismes dans leur vie, faire mémoire du trauma est-il une bonne ou une mauvaise idée ? Pourquoi ? 

De toute façon, le trauma, conscient ou enfoui, est là et agit. Si la personne est consciente, tant qu’à faire, il vaut mieux mettre des mots qui soignent les maux.  Dans l’écoute des personnes traumatisées, je pense souvent aux paroles du Concile Vatican II : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. … La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. ». Ces paroles se traduisent par le geste qu’est la présence et le geste devient à son tour parole et message : tu as encore ta place dans la famille humaine, tu es unique. Encore faut-il vouloir écouter en quoi elle est unique, au risque d’entendre l’insupportable, au risque de partager des moments où nous nous sentons dans l’impuissance de faire, tout en étant convoqués dans notre capacité d’être.  

Alors comment faire ? 

Mettre les recettes (bonnes pratiques etc.) à leur juste place : elles sont des aides, souvent indispensables, mais elles ne sont que cela. Pour le reste, si nous voulons révéler l’humain en chacun, au sens noble et plénier, devenons humain, au sens noble et plénier. Au début de ma vie professionnelle, j’ai eu entre les mains un livre d’un grand pédagogue suisse, Paul Moor, intitulé : Mûrir, croire, oser. A vrai dire, je n’ai lu que le titre de ce livre. N’empêche que ces trois verbes m’accompagnent depuis 45 ans. Il y a des mémoires qui s’écrivent en vivant, et personne ne le fera à notre place. 

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Prostitution : de l’art pour se reconstituer

Laure Callies-Vuillier lors d’un atelier d’art thérapie

Aux Captifs, nous proposons tout au long de l’année des ateliers de dynamisation aux personnes accueillies. Ces ateliers, souvent sous forme d’art thérapie, sont ouverts à tous de façon inconditionnelle. L’objectif des ateliers est de faciliter et permettre un éveil en profondeur de la personne; ils font partie intégrante de nos propositions de dynamisation de la personne. Immersion au sein de notre atelier d’art thérapie qui a lieu toutes les semaines dans notre antenne de Sainte Rita Bakhita.

Jess est victime de réseaux de prostitution, pourtant, pendant les ateliers d’art thérapie proposés par son antenne, elle est en confiance et rit de bon cœur. Pour elle, ces ateliers sont un moteur de reconstruction. Durant les ateliers, il n’y a pas de distinction entre les membres de l’association et les personnes accueillie précise Laure Callies-Vuillier, art-thérapeute qui anime cet atelier depuis 2017 : « Ici, on ne parle pas d’élèves et de maître ». Elle ajoute, « Ce n’est pas un cours de dessin, il n’y a pas de questions esthétiques, j’encourage surtout leur autonomie créatrice. ».

« Au fur et à mesure, ces femmes se redécouvrent elles-mêmes. Elles ne sont plus objets de leur vie mais sujets. »

À l’atelier, Laure reçoit les personnes accueillies rencontrées à Pigalle ou au bois de Vincennes lors des tournées-rue. Ces personnes sont souvent originaires du Nigéria. Chacune est libre de venir ou non à ces ateliers de l’antenne : « Je peux avoir 3, 5, 10 participantes… Je n’en accueille jamais le même nombre. ». En revanche, ce qui est constant « C’est le travail intérieur qui se joue dans l’ombre, analyse Laure. Un processus d’affirmation de soi : oser dire ce que l’on aime, savoir refuser. Le processus de création est un processus de transformation… à partir du moment où l’on crée, on se met en marche ! Au fur et à mesure, ces femmes se redécouvrent elles-mêmes. Elles ne sont plus objets de leur vie mais sujets. ». L’art-thérapeute ajoute : « Elles redécouvrent aussi la confiance en l’autre, qui a été détruite au cœur de parcours douloureux. Où qu’elles en soient, premières venues, ou déjà en réinsertion, on leur donne ce sas de liberté qui leur permet d’oser prendre leur vie en main. De persévérer aussi dans l’accomplissement d’une tâche, d’en voir le résultat, d’en être fières. ».

« Elles redécouvrent aussi la confiance en l’autre, qui a été détruite au cœur de parcours douloureux. »

Merci à Paris Notre Dame pour ce beau reportage à lire en entier ici.

Crédit photo : Marine Clerc