Paroles de Captifs : partez à la rencontre de François Mouly, bénévole depuis 10 ans

Retour de croisière dans la baie de Quiberon en juin 2016 sur le port de la Trinité-sur-Mer.

François Mouly, 71 ans, est bénévole au sein de l’association pour l’antenne Saint-Vincent-de-Paul à Paris. Toutes les semaines depuis maintenant 10 ans, il accompagne l’équipe Captifs de l’antenne pour certaines permanences d’accueil et tournées-rues. Dans ce témoignage, il nous raconte son engagement auprès des personnes de la rue, à la fois avec les Captifs, mais aussi avec le Collectif Morts de la Rue.

En 2012, François Mouly commence son bénévolat aux Captifs avec les permanences d’accueil. Très vite, il demandera à participer aux tournées-rue : « Je pense que ces 2 démarches sont complémentaires, et j’ai souhaité m’engager à l’accueil et aux maraudes. Ceux qu’on rencontre dans la rue sont rarement ceux qui viennent à l’antenne. ».

Dans la vie, François est passionné de voile, c’est donc tout naturellement qu’il proposera aux personnes accueillies de partager cette passion avec lui. Il organise donc avec l’aide de l’association Cap Vrai des séjours de croisières en Bretagne. Cette association chrétienne qui regroupe des amoureux de la mer désirant partager avec autrui les valeurs d’accueil, de solidarité et d’estime mutuelle propres au monde maritime.

François représente aussi notre association au sein du Collectifs Morts de la Rue, créé en 2002 à l’initiative du Père Patrick Giros.

Ce collectif regroupe un certain nombre d’associations venant en aide aux personnes de la rue. Sa principale mission est d’interpeller la société civile sur la mort indigne de ces invisibles en leur rendant hommage publiquement chaque année. Il a aussi pour mission de dénombrer la mortalité et de décrire le parcours de vie des personnes de la rue. Et enfin, il a pour mission de faire savoir que vivre à la rue tue.

Pour François, s’engager dans ce collectif est important : « Nous y avons vraiment notre place, d’abord parce que le Père Patrick Giros est à l’origine de cette démarche. Mais aussi parce que ces hommes et ces femmes qui meurent sur le trottoir sans que personne ne puisse leur tendre la main au moment où ils partent, c’est absolument bouleversant. On doit pouvoir se souvenir d’eux de façon un peu collective. Tout cela mérite respect et mémoire. ».

« Quand il est arrivé au ciel, j’ai pensé que les anges s’étaient levés pour le saluer. »

Cette année, compte-tenu des conditions sanitaires, l’hommage était aussi et surtout virtuel car aucune manifestation publique d’importance n’était possible. Le collectif a donc proposé aux associations de faire des petites vidéos d’hommages aux personnes avec lesquelles elles ont partagé un petit bout de chemin de vie. Pour cet hommage virtuel, François nous a parlé de Bobo : « C’est un garçon qu’on croisait beaucoup. Il n’avait pas l’usage de la parole, mais il se levait toujours pour nous saluer. J’ai toujours été ému par ce geste. Quand il est arrivé au ciel, j’ai pensé que les anges s’étaient levés pour le saluer. Je crois vraiment à cette image-là, parce que son geste était tout simplement noble. ».

Alors envie de rejoindre l’aventure Captifs ? N’attendez plus et envoyez votre candidature à : t.debeauregard@captifs.fr

/ /

Reportage sur France 3 : campagne de vaccination pour les personnes de la rue

Vaccination à l’ESI « Chez Monsieur Vincent » – Aux captifs, la libération

Depuis quelques semaines, notre antenne et Espace d’Insertion Solidarité (ESI) du 10ième arrondissement de Paris a lancé une campagne de vaccination contre la Covid-19 destinée à nos personnes accueillies.

Cet ESI « Chez Monsieur Vincent », installé à quelques pas de la Gare du Nord accueille une quarantaine de personnes par jour. Cette semaine, l’association proposait aux personnes accueillies primo-vaccinées de réaliser leur seconde dose de vaccin. Pour Vincent Clos-Rousselle, responsable de l’ESI, ce type de circuit en parallèle est une manière pour les personnes SDF de surmonter « les nombreux obstacles qui les éloignent de la vaccination ».

Il explique également que « Donner accès au vaccin aux sans-abris permet d’atténuer leur sentiment de marginalisation de la société, ces personnes à la rue sont complétement exclues des lieux d’institution médicale traditionnels. Pour certaines, cela fait très longtemps qu’elles n’ont pas consulté un médecin ! ». Dans ce contexte, les Captifs sont un véritable relais entre ces personnes SDF et le corps médical.

Merci à France 3 île de France de s’être rendu sur place pour réaliser ce reportage.

« Ces personnes sans-abris sont exclues des lieux d’institution médicale traditionnels. »

A propos de l’Espace Solidarité Insertion (ESI) « Chez Monsieur Vincent » :

L’ESI est un accueil de jour. Situé au 10 rue de Rocroy (Paris 10ième), l’ESI est ouvert tous les jours de la semaine sauf les samedis et dimanches pour accueillir toutes les personnes en situation de précarité et de très grande exclusion.

Les Captifs se lancent sur Instagram !

Après Facebook et LinkedIn, les Captifs se lancent sur un nouveau réseau social : Instagram !

Notre objectif ? Faire entendre plus encore le cri de la rue sur ce réseau social devenu incontournable. Mais aussi, apporter de la jeunesse parmi nos fidèles donateurs, trouver de nouveaux bénévoles et surtout continuer à toucher les cœurs !

Pourquoi nous suivre ? Pour suivre nos actualités, nos bonnes nouvelles, nos témoignages et nos événements !

Alors n’attendez plus et filez suivre @les_captifs

Interview de Maria Biedrawa, éducatrice spécialisée à propos de la mémoire

Ma formation initiale est celle d’éducatrice spécialisée. J’ai longtemps, et avec beaucoup de joie, travaillé dans l’accompagnement des personnes ayant un handicap intellectuel et psychique, d’abord dans un contexte médico-social en Autriche, ensuite dans des communautés de l’Arche au Royaume Uni et en France, et ces 17 dernières années dans la formation continue. Je me suis intéressée à la résolution non-violente des conflits dans une dimension médico-sociale mais aussi sociétale.  J’ai donc ajouté à mon bagage une formation d’intervention civile de paix et de diaconie de paix, et une formation comme logothérapeute (la thérapie par le sens) pour mieux accompagner les personnes ayant vécu des traumatismes, que ce soit dans la rue à Paris, en raison de l’exclusion due au handicap, ou des personnes traumatisées par des conflits armés en Afrique subsaharienne. Pendant 17 ans, et avant de prendre ma retraite, j’ai régulièrement travaillé avec les équipes des Captifs. 

Dans le cadre de votre travail de formatrice vous avez rencontré certains « Captifs » de l’association. Qu’en retenez-vous ? 

Mon premier contact avec l’association a eu lieu 2 ans après la mort soudaine du Patrick Giros. J’ai alors rencontré une association traversant une zone de turbulence qui aurait pu être fatale, car elle n’était pas du tout préparée à vivre la période qui a suivi le décès du fondateur. Petit à petit, cette association a su ajouter à des fondements solides au niveau spirituel un sens des pratiques et un savoir-faire qui ont permis de forger une identité et d’aller de l’avant. Je retiens surtout l’aspect de la simple présence, la rencontre « les mains nues », et le courage d’afficher l’identité catholique. J’ai grandi et vécu proche des pays derrière le rideau de fer. La rencontre avec mes pairs de l’autre côté du rideau m’a toujours fait penser que la pire des pauvretés était la privation de Dieu et de la dignité qui découle du fait que nous sommes à son image. Quant à la présence, elle dit quelque chose de notre commune humanité, de notre commune dignité. Elle est ce geste non-violent par excellence par lequel l’autre – et surtout la personne violentée – peut venir à l’existence, le geste qui crée cet autre en nous que nous espérons tous tant. Sans cette présence à la fois existentielle et spirituelle, tout corpus de pratiques ne serait « du cuivre qui résonne ». 

Dans l’accompagnement des personnes ayant connu un ou plusieurs traumatismes dans leur vie, faire mémoire du trauma est-il une bonne ou une mauvaise idée ? Pourquoi ? 

De toute façon, le trauma, conscient ou enfoui, est là et agit. Si la personne est consciente, tant qu’à faire, il vaut mieux mettre des mots qui soignent les maux.  Dans l’écoute des personnes traumatisées, je pense souvent aux paroles du Concile Vatican II : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. … La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. ». Ces paroles se traduisent par le geste qu’est la présence et le geste devient à son tour parole et message : tu as encore ta place dans la famille humaine, tu es unique. Encore faut-il vouloir écouter en quoi elle est unique, au risque d’entendre l’insupportable, au risque de partager des moments où nous nous sentons dans l’impuissance de faire, tout en étant convoqués dans notre capacité d’être.  

Alors comment faire ? 

Mettre les recettes (bonnes pratiques etc.) à leur juste place : elles sont des aides, souvent indispensables, mais elles ne sont que cela. Pour le reste, si nous voulons révéler l’humain en chacun, au sens noble et plénier, devenons humain, au sens noble et plénier. Au début de ma vie professionnelle, j’ai eu entre les mains un livre d’un grand pédagogue suisse, Paul Moor, intitulé : Mûrir, croire, oser. A vrai dire, je n’ai lu que le titre de ce livre. N’empêche que ces trois verbes m’accompagnent depuis 45 ans. Il y a des mémoires qui s’écrivent en vivant, et personne ne le fera à notre place. 

/ /

Prostitution : de l’art pour se reconstituer

Laure Callies-Vuillier lors d’un atelier d’art thérapie

Aux Captifs, nous proposons tout au long de l’année des ateliers de dynamisation aux personnes accueillies. Ces ateliers, souvent sous forme d’art thérapie, sont ouverts à tous de façon inconditionnelle. L’objectif des ateliers est de faciliter et permettre un éveil en profondeur de la personne; ils font partie intégrante de nos propositions de dynamisation de la personne. Immersion au sein de notre atelier d’art thérapie qui a lieu toutes les semaines dans notre antenne de Sainte Rita Bakhita.

Jess est victime de réseaux de prostitution, pourtant, pendant les ateliers d’art thérapie proposés par son antenne, elle est en confiance et rit de bon cœur. Pour elle, ces ateliers sont un moteur de reconstruction. Durant les ateliers, il n’y a pas de distinction entre les membres de l’association et les personnes accueillie précise Laure Callies-Vuillier, art-thérapeute qui anime cet atelier depuis 2017 : « Ici, on ne parle pas d’élèves et de maître ». Elle ajoute, « Ce n’est pas un cours de dessin, il n’y a pas de questions esthétiques, j’encourage surtout leur autonomie créatrice. ».

« Au fur et à mesure, ces femmes se redécouvrent elles-mêmes. Elles ne sont plus objets de leur vie mais sujets. »

À l’atelier, Laure reçoit les personnes accueillies rencontrées à Pigalle ou au bois de Vincennes lors des tournées-rue. Ces personnes sont souvent originaires du Nigéria. Chacune est libre de venir ou non à ces ateliers de l’antenne : « Je peux avoir 3, 5, 10 participantes… Je n’en accueille jamais le même nombre. ». En revanche, ce qui est constant « C’est le travail intérieur qui se joue dans l’ombre, analyse Laure. Un processus d’affirmation de soi : oser dire ce que l’on aime, savoir refuser. Le processus de création est un processus de transformation… à partir du moment où l’on crée, on se met en marche ! Au fur et à mesure, ces femmes se redécouvrent elles-mêmes. Elles ne sont plus objets de leur vie mais sujets. ». L’art-thérapeute ajoute : « Elles redécouvrent aussi la confiance en l’autre, qui a été détruite au cœur de parcours douloureux. Où qu’elles en soient, premières venues, ou déjà en réinsertion, on leur donne ce sas de liberté qui leur permet d’oser prendre leur vie en main. De persévérer aussi dans l’accomplissement d’une tâche, d’en voir le résultat, d’en être fières. ».

« Elles redécouvrent aussi la confiance en l’autre, qui a été détruite au cœur de parcours douloureux. »

Merci à Paris Notre Dame pour ce beau reportage à lire en entier ici.

Crédit photo : Marine Clerc

3 questions à Elina Dumont

Anciennement sans-abri, Elina a connu l’enfer. Enfant de la DDASS (Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales), pendant une bonne partie de son enfance, elle est victime de viols à répétition dans le village normand de sa famille d’accueil. A 19 ans, Elina arrive à Paris où elle rêve de faire des études, c’est malheureusement pour elle le début de 15 longues années à la rue. Aujourd’hui très engagée dans la lutte contre le sans-abritisme, comédienne et membre des Grandes Gueules sur RMC, Elina nous raconte son passé et son engagement actuel.

Après 15 ans à la rue, vous l’avez quittée définitivement, comment ?

Pendant 15 ans, je ne savais jamais où j’allais dormir, je faisais des ménages, je dormais dans des squats ou chez des hommes que je draguais. Effectivement, mon enfance a laissé des traces et vous imaginez bien qu’après tant d’années abusée sexuellement, je n’étais pas à ça près. L’important c’était que je me nourrisse et que je dorme sous un toit. C’est triste à dire, mais c’est presque comme-ci ces personnes qui avaient abusé de moi m’avaient préparée à la rue.

Après des années de galère, c’est la rencontre avec l’écrivaine Marie Desplechin qui va changer ma vie. Cette femme m’a confié la garde de ses enfants en échange d’une chambre de bonne. C’est elle qui m’a sauvée, grâce à elle, j’ai compris que je n’étais pas un objet sexuel.

Par la suite, j’ai écrit ma pièce de théâtre, c’est le début de mon combat.

En effet, votre pièce, « Des Quais à la Scène », mais aussi votre livre, « Longtemps, j’ai habité dehors » sont des témoignages poignants des épreuves de votre vie. A qui s’adressent-ils et pourquoi ?

Je m’adresse principalement aux « inclus », dont je fais aujourd’hui partie, c’est-à-dire à monsieur et madame tout le monde. Je les invite à changer de regard, à moins juger et être plus bienveillants. Je les invite à écouter les exclus et à être solidaires.

Je m’adresse aussi au gouvernement, car mon combat aujourd’hui est de lutter contre l’exclusion et la grande précarité qui sévissent à Paris. Dans mon combat, j’aide particulièrement les femmes sans abris. Qu’elles n’aient plus à coucher pour avoir un toit.

Vous êtes engagée dans le réseau Entourage ainsi que dans d’autres association et vous intervenez régulièrement dans les Grandes Gueules d’RMC sur les questions sociales. Quel message y portez-vous ?

Je suis vice-présidente du comité de la rue pour Entourage, missionnée par la Région Ile-de-France pour lutter contre le sans-abrisme des femmes et marraine de beaucoup d’associations. Mais aussi membre des Grandes Gueules sur RMC comme intervenante sociale. Tous cela, me permet de dénoncer la pauvreté et les conditions de vie déplorables des sans-abris. Sachant qu’étant passée par là, je suis plutôt bien placée pour les connaitre et donc les dénoncer.

Paroles de Captifs : partez à la rencontre de nos bénévoles !

Aux Captifs, nous devons beaucoup à nos bénévoles qui s’engagent aux cotés des travailleurs sociaux. Deux d’entre eux ont accepté de témoigner de leur engagement et de nous donner leur point de vue sur « l’aller-vers ». Rencontre avec Cécile, bénévole en tournée-rue (maraude) et Vincent, résident bénévole à Valgiros notre colocation solidaire.

Cécile, 28 ans, travaille dans une agence de communication. Depuis plus de deux ans et demi, elle tourne toutes les semaines avec l’équipe de notre antenne du 10ième arrondissement ; Saint Vincent de Paul. Au fil des années et des tournées-rue, Cécile a tissé des liens avec les personnes qu’elle rencontre et c’est avec hâte qu’elle les retrouve chaque semaine : « Aux Captifs, on rencontre gratuitement et dans la fidélité, alors chaque semaine, on est toujours réellement contents de se retrouver ».

L’« aller-vers » lui fait penser à l’appel du Pape François qui nous pousse à aller au-delà de nos petits cercles habituels. Elle raconte : « On croise beaucoup de sans-abris à Paris, ils font partie de nos quotidiens, on les croise au coin de la rue, à la sortie du métro, et malheureusement on ne prend pas forcément le temps de les regarder et de s’arrêter à cause de nos vies bien souvent trop chargées. L’« aller-vers » implique de casser ces habitudes, de prendre le temps de la rencontre et de se risquer à rencontrer des personnes à cotés desquelles on passe habituellement très vite. ».

« Aux Captifs, on rencontre gratuitement et dans la fidélité, alors chaque semaine, on est toujours réellement contents de se retrouver ».

Cécile

Vincent, 23 ans, tout juste diplômé d’école d’ingénieur, est depuis quelque mois en année de fondation spirituelle au séminaire de Paris. En 2020, il a quitté Valgiros, notre Centre d’Hébergement de Stabilisation (CHS) après un an de bénévolat. « Ma mission au sein de la colocation solidaire était simplement d’être présent, un peu comme Dieu est présent à chacun de nous. J’étais là pour vivre avec d’autres colocataires et pour partager une vie commune. » nous explique-t-il.  A Valgiros, chacun apprend à s’édifier en vivant les uns avec les autres.

Pour lui, l’« aller-vers » c’est sortir de soi-même, de son confort et décider par exemple d’aller vivre un engagement concret plutôt que se mettre en colocation avec des copains de son âge. Pourtant, à Valgiros Vincent a vécu la vie fraternelle, comme avec des frères et sœurs : « Un peu comme dans une famille, on ne s’est pas choisi mais on choisit de s’aimer. ».

« Ma mission au sein de la colocation solidaire était simplement d’être présent, un peu comme Dieu est présent à chacun de nous. J’étais là pour vivre avec d’autres colocataires et pour partager une vie commune. »

Vincent

Être bénévole c’est partager des moments uniques, créer des liens forts, apporter une présence bienveillante et vivre une expérience enrichissante ! Les Captifs ont besoin de vous pour continuer à écrire cette belle aventure et assurer une présence fondamentale auprès des personnes en situation de précarité ou de prostitution.

Alors envie de rejoindre l’aventure Captifs ? N’attendez plus et envoyez votre candidature à : t.debeauregard@captifs.fr

/

La danse comme thérapie, un chemin de libération du corps

Au-delà des besoins concrets, exprimés par les personnes, auxquels nos actions tentent aussi de répondre, l’association souhaite avant tout que chaque personne retrouve sa dignité. Les programmes de dynamisation permettent d’éveiller en profondeur cette dignité. Ils ont une place fondamentale dans notre accompagnement.

Dans le cadre de ces programmes de dynamisation, l’antenne Sainte Rita Bakhita propose 2 fois par mois aux personnes accueillies de participer à des ateliers de « danse comme thérapie ». Ces ateliers sont proposés par l’association Loba, dans le cadre de l’accompagnement des Captifs. Témoignages d’Héloïse Onumba-Bessonnet, thérapeute de l’association Loba, et de Lydia, personne accueillie qui participe à ces ateliers.

L’association Loba (“Exprime toi” en lingala) ; créée en 2016 le projet Re-Création by Loba qui met l’Art au service de la Santé. Le but de ce projet est de venir en aide aux femmes victimes de violences sexuelles mais aussi de sensibiliser le grand public sur les violences sexistes et sexuelles. Pour cela, l’association Loba propose dans le cadre de ce projet des ateliers de « danse comme thérapie ».

Effectivement, la danse est un outil d’émancipation et un moyen d’expression permettant aux personnes ayant subi des violences d’extérioriser leurs traumatismes et de se libérer.

Le modèle de Re-Création by Loba est basé sur la complémentarité d’un binôme entre un danseur et un thérapeute afin de permettre aux femmes de se réapproprier leur corps et de faire un pas vers leur reconstruction.

Héloïse, thérapeute pendant les ateliers de « danse comme thérapie » nous explique comment ces derniers se déroulent : « Les ateliers sont en 2 temps, un temps de groupe de parole et un temps dansé avec un spécialiste dans son domaine pour animer chacun des temps. Ainsi, je m’occupe d’animer le premier temps sous forme de groupe de parole, et ma collègue, danseuse professionnelle anime le temps dansé. Cette complémentarité est un chemin de libération pour ces femmes. En effet, quoi qu’on en dise, les violences sexuelles ont un impact aussi bien psychique que corporel. Elles créent une rupture qui déconnecte ces femmes de leurs corps. Grâce à la parole et au mouvement du corps provoqué par la danse elles reprennent le contrôle. Elles retrouvent une estime d’elles-mêmes. Pour la plupart, il est impossible de guérir de telles blessures, mais au moins, en partie grâce aux ateliers elles arrivent à vivre avec. ».

« Après l’atelier on se sent libérée, légère. On se sent heureuse, bien dans notre peau. »

Lydia

Pour Lydia, nigériane de 22 ans arrivée en France en 2018, aller aux ateliers Loba est une fête : « J’adore y aller, à chaque fois c’est un bonheur de retrouver l’équipe de Loba, mais aussi de partager ces moments avec mes amies. J’aime leur façon de nous parler, de nous écouter, mais aussi de nous pousser à partager entre nous. On danse, on rit, on se confie, on oublie nos problèmes, ces moments sont précieux. ».

Non seulement c’est une fête, mais c’est aussi une thérapie pour Lydia : « Ces ateliers nous permettent de nous exprimer, à la fois avec ce temps de parole mais aussi avec ce temps de danse. Après l’atelier on se sent libérée, légère. On se sent heureuse, bien dans notre peau. Ça nous fait tellement de bien, merci, merci à vous ! ».

Merci à tous ceux qui soutiennent ce projet : Fondation Sanofi Espoir, Fondation Notre Dame, Fondation Gratitude, et Fonds Après-Demain.

/

À la découverte des tournées-rue, les maraudes des Captifs

Aux Captifs, les tournées-rue sont partie intégrante de notre ADN. Mais au fait, c’est quoi une tournée-rue ? Explications de l’antenne Sainte-Jeanne-de-Chantal, notre antenne du 16ième arrondissement de Paris pour le journal Paris Seize le mois dernier.

Il est 19 h. Les commerces ont déjà baissé leurs rideaux, couvre-feu oblige. Dans la rue, des passants et des voitures se pressent encore pour rentrer chez eux. Tout dans Paris va s’arrêter, comme depuis trop longtemps déjà. Tout ? Peut-être pas. La misère, elle, continue discrètement d’occuper les rues. Les Captifs restent donc mobilisés pour aider toutes ces personnes abîmées par la vie.

La tournée-rue : un engagement hebdomadaire pour tisser du lien

L’objectif de ces rencontres est simple mais profond : aller vers les personnes de la rue, « les mains nues » et dans la fidélité. La rencontre. C’est ce qui définit l’ADN de notre association, plus encore lors des tournées-rues, plus communément appelées maraudes, où tout repose sur la relation humaine. Pendant environ deux heures, chaque soir, un binôme fixe, à pied et qui suit toujours le même itinéraire, va à la rencontre de ceux qui dorment dans la rue, pour parler ou simplement échanger quelques gestes et regards quand la barrière de la langue est trop forte. Ni nourriture, ni vêtement, ni quelconque matériel à donner, seulement de la chaleur humaine.

Des rencontres pour discuter et rire, en toute simplicité

Ce soir-là, Clarisse et Marion, se retrouvent pour leur tournée-rue hebdomadaire. Clarisse a rejoint les Captifs en juin 2020 comme travailleuse sociale. Le jour, elle accueille tous ceux qui franchissent la porte de la première antenne de l’association située porte de Saint-Cloud. Son objectif consiste à faire de l’accompagnement social et éducatif pour rendre les accueillis autonomes et leur permettre de prendre leur envol. Mais là encore, c’est la rencontre qui compte avant tout.

Après quelques minutes de marche, les premiers « gars de la rue », comme nous disons affectueusement, sont en vue. Ils sont trois, bien connus. Les checks remplacent les traditionnelles poignées de mains : les consignes sanitaires sont bien respectées. Quelques canettes de bière aidant, l’ambiance est très joyeuse. Clarisse et Marion engagent la conversation. « On prend des nouvelles et on rigole ! ».

Entre confinement et couvre-feu, la misère ne doit pas être oubliée

Le binôme continue son itinéraire en s’arrêtant auprès de chaque personne rencontrée. Quand c’est possible, l’échange bascule même en langue étrangère. Ce soir, Marion démontre son excellente maîtrise de l’espagnol. Marion a rejoint les Captifs il y a un an comme bénévole. Elle avait envie d’une première expérience associative à côté de son travail dans une grande entreprise agroalimentaire. Elle aussi place cet engagement avant tout sous le sceau de la relation humaine. « En tournée, on n’a rien de matériel à donner et tout repose sur le lien. On ne peut pas occuper le temps en donnant quelque chose. ».

« Eux ils sont captifs, mais nous aussi ! »

La tournée-rue continue maintenant avenue Victor-Hugo. Le contraste entre la très huppée artère où se succèdent des boutiques renommées et les quelques campements de fortune s’abritant comme ils peuvent sous des porches est marquant. Les gens d’Europe de l’Est sont ici plus nombreux, souvent en couple d’ailleurs, limitant par la force des choses les échanges verbaux. Mais Clarisse et Marion n’en connaissent pas moins parfaitement tous les prénoms et sont capables de dire quelques mots sur chacun. La rencontre, toujours et encore. Pour elles, « il y a un vrai bonheur à voir ces personnes toutes les semaines. C’est important de montrer à ces gens qu’ils ont de la valeur. Avec le couvre-feu, certains se couchent très tôt désormais. On ne peut plus leur parler et ça nous attriste. Puis avec ces rencontres, on prend conscience de quelque chose, eux ils sont captifs, mais nous aussi. ».

Dans ces rencontres, il faut aussi savoir donner du temps au temps. Une réinsertion ne se décrète pas. Parfois, il faut plusieurs années avant qu’un sans-abri, régulièrement rencontré lors des tournées, finisse par accepter de devenir un « accueilli » en franchissant la porte d’une antenne de l’association. Ensuite, il faut que la demande de réinsertion vienne d’eux. Envisager une domiciliation, se bancariser ou créer un compte à la sécurité sociale ne peuvent pas être des actes durables sans un accompagnement humain.

Merci à Paris Seize pour ce bel article !

Evènement au Collège des Bernardins

Le samedi 29 mai à 15h se tiendra l’événement Art, Fragilité, Liberté au Collège des Bernardins. Mêlant musique, théâtre, danse, peintures, chant et poésie, ce spectacle réunira des artistes dont la plupart sont confrontés à des situations de fragilité, témoignant des liens entre art, dignité et liberté.

Dans l’isolement des prisons, dans la violence de la rue, dans la douleur de l’hôpital, dans l’enfermement du handicap, des artistes se révèlent et expriment ce que les autres ne peuvent imaginer. Que de chants, de poèmes, de peintures, de partitions peuvent nous partager ceux que la société maintient dans l’exclusion, le silence, l’absence ! Leur offrir une scène, leur inviter un public, c’est ce que, en lien avec nombre d’associations, propose de faire le Collège des Bernardins.

« Les Bernardins offrent une scène aux plus fragiles pour qu’ils manifestent aux yeux de tous combien l’expression artistique contribue à la restauration des corps, à la communion des cœurs, à la manifestation de l’inaliénable dignité de l’homme ouvert à la beauté. « Quand je suis faible c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 10). Que ce paradoxe de l’apôtre Paul nous donne à méditer et soutienne notre espérance. »

Mrg Michel Aupetit, Archevêque de Paris

Les Captifs sont partenaires de l’évènement, alors n’attendez plus et réservez vos places ici !