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Qui est Sainte Joséphine Bakhita ?

Explications de Sophie Baché-Cougnon, Directrice du Pôle Développement pour l’association

L’Atelier couture Bakhita

L’Atelier couture Bakhita est ouvert à des personnes en situation de grande précarité. Pour la large majorité, il s’agit de femmes ayant vécu des parcours d’exil complexes, dont certaines ont pu être victime de traite. Leur parcours peut générer la stigmatisation et l’isolement. La plupart des couturières ont été rencontrées en tournées rues, puis ont fréquenté les permanences et ont participé aux activités de dynamisation jusqu’à ce qu’un projet d’insertion personnalisé soit travaillé.

L’atelier permet de faire tomber les barrières qui entravent le processus d’insertion sociale : rupture de l’isolement, apprentissage de la langue, compétence métier, mais aussi valorisation de l’estime de soi par le travail.

L’agrément OACAS (« Organisme d’Accueil Communautaire et d’Activité Solidaire ») permet de proposer une activité économique aux couturières accompagnées, éloignées de l’emploi. Ainsi les personnes de l’atelier reçoivent un pécule, ce qui leur permet de se projeter dans une activité rémunératrice hors de la rue.

Envie de se faire plaisir tout en faisant une bonne action ? Retrouvez notre catalogue 2021 ici.

Témoignage d’Emmanuel, personne accueillie de Paris Centre

Emmanuel et Aude, sa travailleuse sociale

Dans ce témoignage, Emmanuel nous raconte les événements marquants de sa vie. De ses années de rue, à sa vie actuelle, en passant par les retrouvailles avec son fils ; il nous livre son histoire à cœur ouvert.

Emmanuel a aujourd’hui 41 ans, il vit dans un appartement partagé entre volontaires et personnes sans-abris grâce à l’Association pour l’Amitié (APA) et il suit une formation de paysagiste grâce au dispositif Ateliers et Chantiers d’Insertion (ACI). Sa vie actuelle est stable et confortable, mais cela n’a pas toujours été le cas. Emmanuel sort de quatre longues années à la rue. 

Il a vécu ce que l’on appelle un « burn out », c’est-à-dire un état d’épuisement physique, émotionnel et mental. A l’époque, une accumulation d’événements vont le vider intégralement ; perte d’emploi, divorce, mauvaises rencontres … Il nous confie, « Du jour au lendemain, tu n’as plus envie de rien, tu ne manges plus, tu ne penses plus, alors tu abandonnes. Un matin, j’ai fait mon déménagement sur le trottoir, j’ai laissé tout ce que j’avais de matériel et je suis parti avec juste un sac et quelques photos. ».

Entre 2015 et 2019, Emmanuel passera ses nuits à marcher dans les rues de Paris, indéfiniment, sans s’arrêter et se réfugiera le jour dans un petit coin caché de l’église Saint-Gervais, pour se reposer à l’abri de l’agression permanente de la rue.

Pendant ces années de solitude, il a beaucoup de temps pour se plonger dans ses pensées et réfléchir à ses années de vie « normale » et une des choses qui lui fait particulièrement mal est de se dire que même s’il avait une famille et des amis, « le jour où tu disparais, personne ne te cherche, tu n’existes plus ».

« Mon fils va avoir 18 ans et la dernière fois que je l’ai vu il en avait 14, je dois rattraper le temps perdu tant qu’il en est encore temps !»

– Emmanuel

Un jour, Emmanuel a un déclic : il doit retrouver son fils. Il pensait à lui tous les jours et un jour il s’est dit qu’il fallait absolument qu’il le revoit, « Mon fils va avoir 18 ans et la dernière fois que je l’ai vu il en avait 14, je dois rattraper le temps perdu tant qu’il en est encore temps !».

Dès qu’il a eu son déclic, tout s’est enchainé très vite pour Emmanuel qui avec sa volonté de fer et l’accompagnement de sa travailleuse sociale Aude, a accompli un beau travail de réinsertion en à peine 1 an : une domiciliation, une formation, un travail et un logement.

Mais Emmanuel a surtout repris contact avec son fils et c’est tout ce qui compte. Il est très content de dormir au chaud, d’avoir un nouveau métier qui lui plait, mais le plus important c’est qu’il a retrouvé son fils, « Là demain, il peut m’arriver n’importe quoi, ce n’est pas grave j’ai retrouvé mon fils, je suis serein. »

L’accompagnement des Captifs qu’il considère comme sa famille d’adoption et l’envie de renouer avec son fils ont été un véritable moteur pour Emmanuel qui mène aujourd’hui une vie heureuse.

Et maintenant ? 7 vertus pour la crise

Les éditions de l’Emmanuel ont fait le pari de prendre du recul sur la période de pandémie que nous traversons en demandant à 7 auteurs, théologien, philosophe, économiste, acteur associatif, essayiste, évêque, laïc, consacré, de relire les temps que nous traversons à l’aune des 3 vertus théologales, foi, espérance et charité, et des 4 vertus cardinales, prudence, justice, tempérance, force. Cela nous sort de l’actualité anxiogène, apporte de l’oxygène à nos neurones et des pistes pour nous convertir en profondeur dans le quotidien de nos vies. Thierry des Lauriers, directeur général de notre association, a rédigé le chapitre relatif à la vertu de la charité : « Pour que circule l’amour » ; il y témoigne entre autres de l’action des Captifs pendant le confinement du printemps 2020. Chaque chapitre est rédigé dans un style et une sensibilité propre à l’auteur. Une lecture à ne pas manquer en ce printemps 2021 !

N’attendez-plus et passez commande ici !

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Témoignage de Nadia, accueillie de Saint-Gilles-Saint-Leu

L’association propose tout au long de l’année des ateliers de dynamisation aux personnes accompagnées. Ces ateliers sont ouverts à tous et de manière inconditionnelle. L’objectif des ateliers est toujours de faciliter et permettre un éveil en profondeur de la personne. Parmi ces ateliers on retrouve « l’art-thérapie ». Témoignage de Nadia Skandrani, 51 ans, accueillie par notre antenne Saint-Gilles-Saint-Leu qui suit l’atelier d’art-thérapie.

« Je me reconstruis grâce à l’art-thérapie »

« Après un accident de la vie, j’ai pu rebondir grâce à l’association Aux captifs, la libération. Depuis six ans, je fréquente chaque mardi matin l’atelier d’art-thérapie qu’elle organise sur la paroisse Saint-Leu-Saint-Gilles, à Paris. Très vite, Laure, son animatrice, m’a mise en confiance. Alors qu’une mauvaise orientation scolaire m’avait coupé les ailes, j’ai retrouvé le goût d’une vocation artistique en m’initiant à un large éventail de techniques : collage, aquarelle, modelage, masque, sculpture à partir d’objets de récupération… J’en sors à chaque fois épanouie et en osmose avec moi-même, voire plus reposée qu’après mon atelier relaxation. Il m’arrive d’exposer mes œuvres, comme au Collège des Bernardins, un site magnifique. Je les présente aussi sur Facebook et Instagram. J’en ai vendu une mais j’aimerais me séparer de beaucoup d’autres ! Je me fixe pour horizon de devenir un jour art-thérapeute : quand une personne découvre l’atelier de Laure, je l’y accueille au mieux tant je peux témoigner du bien qu’il me procure. »

Merci à l’hebdomadaire Le Pèlerin pour cet article à lire en entier ici.

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Témoignage de Pierre-Emmanuel, service civique à Valgiros

Retrouvez Pierre-Emmanuel, service civique et Romain, personne accueillie dans la vie quotidienne de Valgiros, la colocation solidaire de l’association.

Un reportage de KTO dans le cadre du challenge #AimerAider de la Fondation Notre Dame.

Vous aussi rejoignez l’aventure Captifs et devenez service civique

Parmi les différentes missions proposées par l’association « Aux captifs, la libération », un engagement de 6 mois auprès des personnes de la rue en tant que service civique est possible. L’association reçoit une aide de l’Etat pour ces missions reconnues comme participant aux dispositifs mis en place auprès des plus exclus à Paris.

Au sein de la structure, la mission du volontaire en service civique est d’assurer le premier accueil des personnes et de faciliter leur orientation vers les différents services proposés dans une relation d’aide et de service. Il va aussi à leur rencontre dans la rue et participe à des tournées-rue. Il peut être amené à accompagner certaines personnes accueillies dans des démarches simples, suite à leurs entretiens avec les travailleurs sociaux de la structure (mairie, préfecture, médecin,…), et à rendre visite à des personnes en soins à l’hôpital.

En binôme avec un travailleur social de l’association, il va ainsi à la rencontre des personnes de la rue, sur leurs lieux de vie, pour nouer avec elles, dans la durée, une relation de confiance, de manière à faciliter leur venue sur les antennes et mieux les accueillir. Enfin, le jeune en service civique, suivant ses capacités et son degré d’autonomie, peut être intégré à l’animation d’ateliers artistiques et/ou culturels, qui visent à dynamiser les personnes accueillies vers une sortie de rue progressive.

Dans le cadre du service civique, l’association propose gratuitement à ses volontaires de participer à des formations internes et à celles de nos partenaires, allant au-delà de ce qui est demandé par l’Etat (Formation civique et citoyenne ; Formation aux premiers secours).

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Le programme Marcel Olivier : une approche innovante d’accompagnement des personnes sans-abri alcoolodépendantes

Espace Marcel Olivier

Créé il y a 6 ans par l’association, le programme Marcel Olivier développe un modèle d’accompagnement des personnes consommatrices d’alcool visant à réduire les risques qui découlent de leur consommation dans leur quotidien – notamment pour leur santé. L’objectif n’est pas forcément le sevrage et l’abstinence mais d’abord une amélioration de leur qualité de vie. Interview de François Bregou, directeur opérationnel en charge du Pôle précarité et Léo Cloarec, responsable de l’Espace Marcel Olivier, situé dans le 9ème arrondissement de Paris.

La consommation d’alcool est une problématique récurrente et très importante pour les personnes de la rue. Selon vous, quelles en sont les conséquences ? Mais également quel constat faites-vous de la manière dont cet enjeu est pris en compte par les acteurs du médico-social en général ?

Léo Cloarec : L’addiction à l’alcool, qui a un impact sur leur santé mais aussi sur leur vie au global, additionnée à la condition de ceux qui vivent à la rue, entraîne une stigmatisation et des inégalités d’accès aux dispositifs d’accompagnement. Effectivement, il existe très peu de lieux d’accueil et d’hébergement qui soient pleinement adaptés aux personnes alcoolodépendantes. Généralement, quand on leur demande de laisser leur addiction à la porte, ce qui leur rend l’accès plus difficile. Car pour certains, le niveau de dépendance est tel que cela leur est impossible. Ces personnes finissent par ne plus bénéficier d’aucune aide.

François Bregou : Ces patients font peur et il y a une grande méfiance vis-à-vis d’eux car les personnels de santé connaissent mal leurs problématiques et leurs enjeux. En effet, il est souvent très compliqué pour ces alcoolodépendants d’attendre patiemment dans une salle d’attente. Ils ont alors tendance à s’autoexclure du système de soin.

Comment et pourquoi est né le programme Marcel Olivier ?

François Bregou : Au départ, l’Espace Marcel Olivier avait été créé pour accompagner les sans-abris après un parcours de soin. L’idée étant qu’ils aient un lieu où ils puissent continuer de parler. Mais cela laissait de côté les personnes toujours dépendantes à l’alcool.  Nous avons alors décidé de faire évoluer l’espace pour accueillir les personnes en leur autorisant la consommation d’alcool sur place. Plus largement, le programme Marcel Oliver accompagne les personnes qui consomment de l’alcool pour leur permettre d’améliorer leur qualité de vie, notamment sur le plan de la santé. Il faut comprendre les mécaniques psychiques, les conséquences somatiques, etc… L’alcool est souvent une béquille pour ces personnes. Elles subissent des souffrances psychiques terribles qui les conduisent à l’auto-exclusion et l’alcool est là parfois pour atténuer ces souffrances et faire face aux difficultés quotidiennes.

Léo Cloarec : Selon les statistiques, sur l’ensemble de la population, 90 % des personnes dépendantes à l’alcool rechutent dans les 6 mois après une cure. En ce qui concerne les sans-abris, nous n’avons pas de chiffres mais je n’ose même pas imaginer le taux de rechute compte-tenu de leurs circonstances atténuantes. On voit les limites d’une approche uniquement basée sur l’abstinence. L’échec crée un sentiment de fatalité chez ces personnes avec un renoncement au soin.

Vous avez choisi pour cela d’appliquer le principe de la Réduction des Risques (RDR). Quelles sont les spécificités de cette approche ?

François Bregou : Avec l’intervention d’une psychologue-addictologue et de travailleurs sociaux, on aide ces personnes à exprimer leurs ressentis. On les accompagne dans la prise de conscience de leur rapport à l’alcool et de leurs conséquences. Ainsi nous les aidons à réduire par eux-mêmes les risques liés à leur consommation, même lorsqu’elles ne veulent pas ou ne peuvent pas arrêter totalement. En permettant la consommation, on ne juge pas et on peut alors plus facilement parler de l’alcool en toute transparence.

Léo Cloarec : C’est une démarche pragmatique et globale. On ne nie pas les bénéfices que recherche la personne à travers l’alcool. Ce n’est pas en opposition avec l’approche qui vise l’abstinence, c’est complémentaire. Pour commencer, avant d’engager une réflexion avec la personne accompagnée, on l’écoute, on fait en sorte qu’elle parvienne à exprimer ce qui la lie à l’alcool, grâce à des ateliers thérapeutiques et des groupes d’expression encadrés par une psychologue et une art-thérapeute. On cherche aussi en priorité à sécuriser la personne avant de viser le changement de ses pratiques. Cela signifie, dans un premier temps, offrir des espaces dans lesquels les personnes peuvent consommer en sécurité et accompagner les personnes qui subissent des sevrages non désirés (par exemple lorsqu’elles sont dans l’impossibilité de se procurer de l’alcool). Car un sevrage brutal peut être très dangereux, il peut mener au delirium tremens (1) voire à la mort. Une fois que la personne est engagée dans cette démarche de réduction des risques, alors elle peut décider ce qu’elle veut faire, en fonction de ses aspirations et de ses capacités.

(1) Complication du sevrage alcoolique. Il se caractérise par une hyperactivité du système nerveux autonome associée à une confusion, une désorientation, un délire hallucinatoire et, dans certains cas, la survenue de crises convulsives.

Merci à CareNews pour cette interview. L’intégralité est à lire ici.

©Beax

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Témoignage d’Armance, bénévole aux Captifs depuis deux ans

Armance, bénévole en tournées-rue (maraudes) dans le Bois de Vincennes nous parle de la rencontre à « Mains Nues », fondement de la mission des Captifs.

La rencontre à « Mains Nues »

« L’association Aux captifs, la libération nous invite à aller à la rencontre de l’autre les « mains nues ». C’est pour moi un des piliers les plus important de l’association car c’est une mise en mouvement, vers les plus fragiles et vers ma propre fragilité. Cet appel m’a conduite à m’interroger sur le sens du don et sur ce que je peux apporter au monde.

Comment accueillir l’autre ?

Comment être accueillie ?

Suis-je capable de l’écouter ?

Qu’est-ce que je peux bien partager ?

Après deux ans de tournées auprès des prostituées du bois de Vincennes, je n’ai pas l’impression d’avoir fait le tour de ces questions, car elles requièrent une relecture après chaque soirée.

Nos conversations avec les femmes sont très variées : échanges de renseignements, distractions ou réconforts au cours de leurs longues soirées, dialogues à cœur ouvert et parfois prières. Elles ont cependant en commun qu’elles nécessitent un abandon à la grâce que Dieu met dans nos cœurs. L’absence de prestation nous rappelle que le message le plus essentiel est le partage de l’Amour de Dieu. Cet amour inconditionnel et universel nous remet humblement à nos places d’enfants bien-aimés du Père. »

Nous avons besoin de votre aide !

Les Captifs ont besoin de vous pour continuer à écrire cette belle aventure et assurer une présence fondamentale auprès des personnes en situation de précarité ou de prostitution. Comme Armance, rejoignez la famille des Captifs !

Pourquoi faire du bénévolat aux Captifs ? Pour vivre une rencontre porteuse d’espérance. Devenir bénévole chez nous, c’est aller vers les personnes dans la rue ou les accueillir dans nos antennes ; c’est faire un chemin avec elle, les accompagner. Nous recherchons également des personnes qui souhaitent partager des talents particuliers avec elles (bricolage, informatique, jardinage, peinture, chant, partage d’évangile…) ou mettre leurs compétences au service de l’association (collecte de fonds, photos, juriste, comptabilité, recrutement…).

Un parcours de formations est proposé pour débuter et continue tout au long de votre engagement bénévole.

 

Merci à Armance pour son témoignage et son engagement à nos côtés.  

© Marine Clerc

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Témoignage de Joy, accueillie de Sainte Rita Bakhita

Dans ce témoignage, Joy nous raconte les événements marquants de sa vie. De son enfance au Nigéria, à sa vie actuelle accompagnée par les Captifs, en passant par les sombres années au Bois de Vincennes ; Joy nous livre son histoire à cœur ouvert.

Joy a aujourd’hui 30 ans et vit en région parisienne. Petite elle vivait à Lagos au Nigeria. Avec une enfance paisible, l’école et même des études de droits.  Mais un jour, elle tombe enceinte et doit arrêter ses études. Après la naissance de son fils, la vie se complique, elle doit se débrouiller seule pour élever l’enfant, et surtout elle doit absolument gagner de l’argent. Elle trouve alors un travail dans un bar. C’est là qu’elle fait une rencontre qui va changer sa vie, du moins c’est ce qu’elle croit. L’homme lui propose de l’aider à voyager en Europe « là-bas tu pourras gagner beaucoup plus d’argent pour ton fils » lui dit-il. Même si elle a conscience du danger que cela peut représenter, elle part.

En novembre 2016, elle arrive à Paris et se retrouve Gare de Lyon. Pendant 3 jours, elle dort dehors près de la gare sans vraiment savoir quoi faire. Le troisième jour, elle entend une nigériane parler au téléphone, sans hésiter elle lui dit « ma sœur, je suis nigériane moi aussi, je viens d’arriver, je ne connais personne, aide-moi s’il te plait ». Grâce à cette femme, elle trouve un toit mais très vite on lui explique qu’elle ne va pas pouvoir vivre ici gracieusement, elle va devoir travailler comme les autres.

Trouver du travail sans papiers n’est pas chose facile et est souvent synonyme de « street work » pour les nigérianes. La prostitution dans le Bois de Vincennes commence pour Joy.

Pendant ces quelques années au bois, Joy déteste ce qu’elle fait et n’y va que si elle a vraiment besoin d’argent. « A chaque fois que j’allais au bois je me faisais frapper, parfois voler mon argent et il y avait toujours des hommes vraiment mauvais qui rodaient, j’étais terrifiée » nous raconte -t-elle.  

Joy rencontre les Captifs pour la première fois en août 2017 lors d’une tournée-rue dans le bois. Déjà elle est touchée par l’approche des Captifs qui la considère comme une personne à part entière et non comme une prostituée. Elle voulait se rendre à l’antenne, mais en plein mois d’août l’antenne est fermée.

En 2018, deux ans après son arrivée en France, Joy croise à nouveau le chemin des Captifs. Elle rencontre Amel qui deviendra sa travailleuse sociale. De nouveau Joy est touchée par l’approche d’Amel, elle lui fait confiance et lui promet qu’elle viendra à l’antenne. Quelques jours plus tard Joy est allé comme promis à l’antenne Sainte Rita Bakhita et depuis c’est sa « famille de France », elle y vit des moments de bonheur avec les autres personnes accueillies et avec l’équipe de bénévoles et salariés. Joy nous raconte : « avant d’être aux Captifs je ne riais plus, je ne faisais que pleurer et subir ma vie ».

Avec l’antenne, Joy quitte parfois Paris pour se rendre au Mont Saint Michel ou à Lourdes. A Lourdes, Joy a même vécu la guérison de son pied. Cela faisait des mois que son pied était très enflé et aucun médecin ne savait comment le guérir. Grâce au sacrement des malades son pied est re devenu normal au bout de 2 heures et n’a jamais réenflé.

Joy est aussi très reconnaissante de tout ce que les Captifs ont fait pour elle pendant le confinement « ils m’ont appelée tous les jours pour savoir si j’allais bien et si je ne manquais de rien ».

Aujourd’hui elle suit le parcours de sortie de prostitution qui lui donnera accès à des droits spécifiques : autorisation de séjour temporaire avec permis de travail, allocation financière spécifique, priorité pour les demandes d’hébergement.

« Sans les Captifs, je serais encore au bois et peut être morte tant la violence y est extrême ».

©Beax

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Amélie, bénévole, parle de son engagement aux Captifs

Aux captifs, nous ne sommes rien sans l’aide de nos bénévoles. Chaque année, nous en accueillons quelques 50 nouveaux . Des personnes de tous les âges s’engagent, en journée ou en soirée, dans tous les secteurs. Tournée-rue (maraudes), permanences d’accueil, sorties et ateliers, soutien administratif … les missions sont possibles et variées !

Voici le témoignage d’Amélie, bénévole tournée-rue sur les maréchaux Nords.

« Cela fait maintenant quelques mois que j’ai rejoint l’association Aux captifs, la libération en m’engageant à participer à des tournées de rues dans les quartiers nord de Paris. Voici en quelques mots ce que je souhaiterais partager de cette expérience.

Lors de la formation initiale, on m’avait mise en garde contre le risque de se sentir impuissant. Impuissant devant la dureté de la vie des femmes que nous rencontrions, impuissant face à leur nombre, impuissant à leur proposer des solutions. Parée à faire face à ce sentiment, je me suis surprise à me demander avant tout si j’étais vraiment utile. Les tournées de rentrée ayant été annulées faute de bénévoles hommes disponibles, je me suis d’abord dit que ce n’était sans doute pas ma place, qu’on n’avait peut-être pas besoin de moi ici.

« Par leur spontanéité, par leur regard souriant à notre arrivée, elles m’ont fait prendre conscience de la mystérieuse utilité du temps partagé sans autre finalité. »

Et puis les bénévoles hommes sont arrivés et j’ai commencé mes premières tournées. Mes réflexes d’ingénieur se sont activés et presque malgré moi je me suis vite demandé comment optimiser nos trajets. L’objectif me semblait simple : rendre visite à un maximum de femmes sous contrainte de temps limité et sans disposer de moyen de transport motorisé. Ce petit problème posé j’ai imaginé tout un tas d’options : bifurquer ici ou là, éviter ce long pan éclairé sur lequel nous ne rencontrons personne, ou encore s’équiper de vélo. J’ai néanmoins préféré taire ces quelques suggestions par timidité et méconnaissance des habitudes de l’association. Et bien m’en a pris.

Bien m’en a pris parce que les deux femmes qui se tiennent chaque fois tout au bout de ce long tronçon vide nous accueillent avec une joie évidente et m’ont fait comprendre que l’objectif n’était pas cette maximisation mathématique mais précisément le temps passé pour chacune d’entre elles en particulier. Et de semaine en semaine j’ai été surprise et touchée par leur chaleur à notre égard, riant de nos maigres rudiments d’espagnol, nous suggérant une application de traduction pour mieux dialoguer, notant avec intérêt les coordonnées de l’association pour prendre des cours de français ou se rendre à des messes en espagnol. Nous racontant leurs vies tout simplement, leur quotidien et celui des femmes qu’elles connaissent.

Par leur spontanéité, par leur regard souriant à notre arrivée, elles m’ont fait prendre conscience de la mystérieuse utilité du temps partagé sans autre finalité. »

Nous avons besoin de votre aide !

Les Captifs ont besoin de vous pour continuer à écrire cette belle aventure et assurer une présence fondamentale auprès des personnes en situation de précarité ou de prostitution. Comme Amélie, rejoignez la famille des Captifs !

Pourquoi faire du bénévolat aux Captifs ? Pour vivre une rencontre porteuse d’espérance. Devenir bénévole chez nous, c’est aller vers les personnes dans la rue ou les accueillir dans nos antennes ; c’est faire un chemin avec elle, les accompagner. Nous recherchons également des personnes qui souhaitent partager des talents particuliers avec elles (bricolage, informatique, jardinage, peinture, chant, partage d’évangile…) ou mettre leurs compétences au service de l’association (collecte de fonds, photos, juriste, comptabilité, recrutement…).

Un parcours de formations est proposé pour débuter et continue tout au long de votre engagement bénévole.

Merci à Amélie pour son témoignage et son engagement à nos côtés.  

© Marine Clerc

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Un chemin de libération pour les victimes de traite à des fins d’exploitation sexuelle

Depuis 5 ans, des parcours de sortie de prostitution permettent aux personnes victimes de traite des êtres humains de s’extraire de l’exploitation sexuelle pour s’insérer dans la société. Aux captifs, la libération, nous accompagnons depuis 3 ans des personnes victimes de traite à des fins d’exploitation sexuelle dans ces parcours, explications.

Toutes les semaines, les Captifs effectuent des maraudes (tournées-rue) à destination des personnes en situation d’exploitation sexuelle ou de prostitution, parfois victimes de traite des êtres humains. Notre mission est d’aller à la rencontre des personnes sur leur lieu de vie et ou d’exploitation pour les aider à construire un projet de vie, pouvant aller jusqu’à la sortie de la prostitution. Nous proposons aussi des permanences d’accueil et un accompagnement global à travers un accompagnement social, l’accès aux soins et aux droits. Enfin, les Captifs mettent en place des activités de dynamisation et des séjours de rupture pour favoriser plus encore la reconstruction de ces personnes.

L’identification des victimes de traite aux fins d’exploitation sexuelle est une des priorités de l’association. Tout comme la sensibilisation des pouvoirs publics et de la société aux problématiques liées à la traite. Ainsi, depuis 3 ans, les Captifs sont agréés par l’Etat pour accompagner des parcours de sortie de traite à des fins d’exploitation sexuelle et de prostitution.

Comment se déroule ce parcours ?

Pendant le temps du parcours, les personnes bénéficient d’une allocation et d’une autorisation provisoire de séjour renouvelée tous les 6 mois qui leur permettent de ne plus dépendre des exploiteurs pour vivre. Le dispositif prévoit un accompagnement social, des formations et des cours de français en vue de leur reconstruction et de la réalisation de leur projet professionnel. Au bout de 2 ans, sous réserve de l’obtention d’un contrat de travail, elles obtiennent un titre de séjour de 10 ans.

Le lien social comme élément déclencheur

Ces personnes victimes d’exploitation sexuelle ont vécu des parcours d’exil et doivent combattre de nombreuses difficultés avant d’imaginer pouvoir refaire leur vie. Maltraitées et déconsidérées pendant des années, elles ont été privées de liberté et leur existence a été bafouée. A cela s’ajoute les traumatismes de l’exploitation sexuelle. Enfin, l’emprise des exploiteurs les place dans une situation de crainte et d’isolement par rapport au monde extérieur.

Ainsi, toute seule, une personne victime d’exploitation sexuelle n’a que très peu de chance de sortir de l’exploitation. D’autre part, la personne a généralement besoin de temps pour effectuer un véritable cheminement intérieur avant de se projeter dans une démarche d’insertion sociale. Il faut en moyenne 19 mois d’accompagnement pour entrer dans un parcours de sortie de prostitution. Pour ces personnes habituées aux relations tarifées, tisser des liens de confiance gratuits est l’élément déclencheur pour leur permettre d’exister en dehors de leur statut de personne exploitée et de découvrir la possibilité d’une autre vie.

Ainsi, la première étape est de reconstruire des liens sociaux naturels et positifs en dehors des réseaux de traite. C’est pourquoi les maraudes (tournées-rue), les dynamisations (activités sportives, ludiques et artistiques), les permanences, les cours de français, les sorties et les séjours sont primordiaux.

Un projet d’insertion exigeant

La prochaine étape est l’investissement régulier dans des activités plus exigeantes comme l’atelier couture. L’Atelier Bakhita Paris, proposé par l’association permet aux personnes de tester leur capacité à s’engager dans un projet et de travailler leur autonomie.

Un chemin de libération

Les personnes qui ont vécu l’exploitation ont été véritablement privées de liberté. Pendant l’accompagnement, il est très important qu’elles puissent pleinement exercer leur liberté et redevenir actrices de leur propre vie. Leur reconstruction personnelle passe par là. De cette façon, elles peuvent envisager un nouvel avenir de façon durable.

D’autre part, l’insertion professionnelle et sociale dans un nouvel univers peut devenir angoissant et source de pression pour ces personnes. Si ce choix de nouvelle vie ne vient pas d’elles-mêmes, elles abandonneront le projet.

Article écrit en collaboration avec Adeline Chastenet, travailleuse sociale et Louise de Carrere, responsable d’antenne. A retrouver en entier sur Contre la traite des êtres humains.