Les Captifs dans le débat

L’association reconnait que les 3 positions traditionnelles dans les débats sur la question de la prostitution (prohibitionniste, règlementariste et abolitionniste), mettent en lumière des points importants. Elle a développé toutefois une approche qui, selon elle, prend davantage en compte la personne dans sa globalité et sa complexité.

 

3 approches: 3 accents particuliers 

Les règlementaristes nous rappellent l’ambigüité du système juridique et administratif français relatif aux personnes en situation de prostitution. Ils mettent en valeur la distinction entre prostitution forcée (proxénétisme et réseaux de traite) et dite libre.

Les abolitionnistes nous rappellent que la prostitution est contraire à la dignité de la personne humaine  et qu’elle ne doit pas être encouragée et acceptée comme un « fait nécessaire au bon ordre social ».

Les prohibitionnistes nous rappellent que la prostitution est un fléau social dont tous sont acteurs : proxénètes, intermédiaires, clients, personnes prostituées.

 

La dignité de la personne

Le règlementarisme revendique le fait que, au nom de la liberté sexuelle, le corps et/ou la sexualité puissent avoir une valeur marchande et faire l’objet d’un contrat, celui de la prostitution. C’est-à-dire une société dans laquelle l’argent peut régir jusqu’à notre intimité même et la sexualité être dissociée de la vie intérieure de la personne. Cette position est pour nous contraire à l’aspiration qui habite profondément chacun à l’unification intérieure et l’affranchissement de ce qui fait obstacle à notre épanouissement profond. De même, nous comprenons que parler de « choix de se prostituer » permet de rester –en apparence au moins- dans le respect et la dignité de la personne qui le revendique et que parler du « métier de la prostitution » confère une reconnaissance/existence sociale. Cependant, nous faisons le constat au fil des rencontres que la prostitution engendre de la souffrance et est un élément destructeur pour la personne. C’est pourquoi nous ne pouvons pas entendre le « choix de se prostituer » comme un choix libre qui mette la volonté  en œuvre vers la recherche d’un surcroît de vie. Il ferait intrinsèquement obstacle à la recherche de l’épanouissement intérieur et de l’affranchissement de ce qui y fait obstacle. On ne peut pas tout accepter au nom de l’autonomie. Par ailleurs, l’expérience d’autres pays européens ayant légalisé la prostitution montre aujourd’hui que la légalisation n’empêche ni ne freine la poursuite de la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle.

 

Le prohibitionnisme refuse de reconnaître la souffrance dans laquelle peut être la personne en situation de prostitution ainsi que les violences de toute sorte qu’elle peut subir. Plutôt que d’être à son écoute et de l’accompagner vers un mieux-être, le prohibitionnisme la rejette de la société et lui inflige une violence supplémentaire en la pénalisant. La condamnation de l’acte prostitutionnel ne peut être une réponse/la solution, et ce même si l’individu est sanctionné parce que la prostitution, en plus d’être un fléau social, n’est pas bonne pour lui : ce serait lui refuser la possibilité de choisir pour lui-même et donc lui ôter une part de sa liberté.  

 

A nos yeux, l’abolitionnisme contemporain, même s’il parle de « personne prostituée », réduit – dans son discours et ses propositions – la personne à l’état de « victime du système prostituteur » qui les exploite, et nie ainsi la capacité de liberté et de volonté de toute personne même en situation de contrainte forte. Il privilégie une approche systémique de la prostitution qui se décentre de la personne, qui doit rester le cœur des préoccupations. De plus, l’ancrage de la pensée féministe tient peu compte de la situation des hommes et des personnes transgenres en situation de prostitution.

 

 

L’association refuse ainsi une vision de la personne comme victime », « travailleur du sexe » ou « criminel »; ces statuts sont réducteurs et ne suffisent pas à considérer la personne dans sa globalité et sa complexité. C’est pourquoi elle cherche à construire une réponse spécifique à partir de son expérience, de ses liens avec les personnes en situation de prostitution et à la lumière de l’anthropologie chrétienne sur laquelle elle fonde ses valeurs.

 

Lire le document « Regard d’Aux captifs, la libération sur une réalité complexe : la prostitution et les personnes en situation de prostitution »

 

Pour en savoir sur les débats de sociétés autour de la prostitution :