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Un Tour de France en auto-stop solidaire !

Voici l’histoire d’un jeune homme bien déterminé à réaliser un projet un peu fou : faire le tour de France en auto-stop. Et au travers de la découverte de nos régions, il n’en oublie pas les valeurs de générosité et de fraternité.

Théo, 22 ans, est originaire de Chemillé-en-Anjou, près d’Angers. Fin août 2021, il entreprend de boucler un sac de 17 kilos et de partir à la découverte des recoins de l’Hexagone. Avec une particularité : il s’agit d’un tour de France en auto-stop, en suivant les limites géographiques de la métropole. Ce sont donc plus de 6000 kilomètres qui attendent notre jeune courageux.

Arrivé sur les côtes Normandes, Théo contacte les Captifs. Il se dit que son périple pourrait très bien aider une « bonne cause ».

« Au début, je voulais partir pour découvrir la France que je ne connaissais pas bien » assure-t-il. « Mais des personnes que je rencontrais en stop ou qui m’ont proposé un hébergement me demandaient si je faisais ça pour soutenir une cause. J’ai donc cherché une association et je me suis rapproché des Captifs qui favorisent la rencontre avec les personnes précaires ».

La rencontre, c’est le quotidien de Théo. Entre les parcours en auto-stop et les nuitées chez l’habitant, Théo s’enrichit des rencontres qu’il tisse.

Les choses ne sont en revanche pas toujours simples : Théo est parfois obligé de marcher de longues heures quand aucune voiture ne veut le prendre. Et bien souvent, faute d’hébergement proposé, il est amené à planter sa tante dans les coins d’herbe en ville ou en milieu rural pour passer la nuit.

Après 30 jours, il a déjà parcouru 4200 km, dont 500 à pied !

Nous à souhaitons à Théo une bonne route et de belles rencontres en chemin.

Vous souhaitez soutenir Théo dans son parcours et participer à sa collecte pour les Captifs ?

Retrouvez le parcours de Théo sur les réseaux sociaux :

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Prostitution à Paris : des victimes de traite des êtres humains au cœur des rencontres

Au sein de notre association – Aux captifs, la libération – nous rencontrons et accompagnons des personnes en situation de prostitution « forcée ». Aujourd’hui, cette forme de prostitution se répand dans le cadre de la Traite des êtres humains (TEH), forme d’esclavage moderne, qui tend à supplanter la prostitution dite « traditionnelle ». 

Cet esclavage moderne implique le recrutement au-delà des frontières, le transport, ainsi que le logement des victimes à des fins sexuelles (dans 92% des cas). En Europe, 98% des femmes et jeunes filles victimes de cette traite humaine sont des Nigérianes. Contraintes au silence par leur proxénète, leur seule échappatoire consiste à rompre la promesse faite au « Ju-Ju » (rite vaudou) avant le voyage et à se rapprocher des structures associatives, capables de leur venir en aide. Explications de Solonika Lee, travailleuse sociale aux Captifs.

La prostitution forcée comme monnaie d’échange

La promesse d’un emploi, quelques mots doux et le tour est joué pour la Madam, médiatrice des proxénètes. Elle-même victime de ces derniers, elle recrute d’autres femmes et les accueille en Europe afin de régler plus rapidement sa propre dette.

Au cours d’un rite, la Madam et la fille fabriquent un « Ju-Ju », objet spirituel venant d’Afrique de l’Ouest souvent associé à la poupée vaudou, qui deviendra le symbole du contrat liant l’engagement de la fille à la Mama. La tradition veut que si une quelconque rébellion de la part des victimes naît, si elles ne règlent pas leurs dettes, si elles ne rapportent pas assez d’argent, si elles refusent de travailler ou tentent de s’émanciper, l’esprit malin du « Ju-Ju » les poursuivra tout au long de leur vie, les menant à la maladie, à la folie et parfois à la mort.

Pour ces femmes victimes de traite, c’est une fois arrivées en Libye que le calvaire commence ; « Elles sont violées mais elles ne se rendent pas compte encore qu’elles vont devoir se prostituer. Elles se disent que c’est un mauvais moment à passer et voilà. » explique Solonika. Ensuite, après un énième changement de passeur, les victimes arrivent en Europe où 35 000 € leur sont demandés. C’est à ce moment-là que la Madam rappelle la promesse faite au « Ju-Ju » et le risque qu’encourt leurs familles restées au Nigéria. La seule manière d’y échapper est de se prostituer afin de rembourser cette dette.

L’accompagnement des Captifs

Solonika Lee est travailleuse sociale à l’association Aux captifs, la libération depuis bientôt 4 ans et travaille principalement sur le secteur des maréchaux au Nord de Paris, allant de Porte de Clichy à Porte de la Chapelle en passant par Château Rouge. Son travail consiste à faire des tournées-rue (maraudes), pour rencontrer les personnes en situation de prostitution. Mais également à accompagner ces personnes et leur proposer si elles le souhaitent des activités et un suivi social au sein de l’antenne située à Sainte-Rita (Paris 9e). Parmi les activités, les femmes ont l’embarras du choix : de la simple permanence d’accueil à l’atelier d’art-thérapie, en passant par des sorties culturelles ou des cours de Français.  

Dans le cadre de leur accompagnement social, ces femmes ont la possibilité de suivre un parcours de sortie de prostitution (PSP) qui leur donne accès à des droits spécifiques : autorisation de séjour temporaire avec permis de travail, allocation financière spécifique, priorité pour les demandes d’hébergement. Sachant qu’Aux captifs, la libération est une des seules associations où les victimes n’ont pas à dénoncer les trafiquants, les femmes accueillies s’y sentent particulièrement en confiance.

Merci à Re-création by LOBA pour le recueil de ce témoignage à lire en entier ici.

Et merci à l’ARS Île-de-France, à la Fondation Sanofi Espoir, à la Fondation Notre Dame et à la Fondation Gratitude de financer ce projet.

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Reportage sur France 3 : campagne de vaccination pour les personnes de la rue

Vaccination à l’ESI « Chez Monsieur Vincent » – Aux captifs, la libération

Depuis quelques semaines, notre antenne et Espace d’Insertion Solidarité (ESI) du 10ième arrondissement de Paris a lancé une campagne de vaccination contre la Covid-19 destinée à nos personnes accueillies.

Cet ESI « Chez Monsieur Vincent », installé à quelques pas de la Gare du Nord accueille une quarantaine de personnes par jour. Cette semaine, l’association proposait aux personnes accueillies primo-vaccinées de réaliser leur seconde dose de vaccin. Pour Vincent Clos-Rousselle, responsable de l’ESI, ce type de circuit en parallèle est une manière pour les personnes SDF de surmonter « les nombreux obstacles qui les éloignent de la vaccination ».

Il explique également que « Donner accès au vaccin aux sans-abris permet d’atténuer leur sentiment de marginalisation de la société, ces personnes à la rue sont complétement exclues des lieux d’institution médicale traditionnels. Pour certaines, cela fait très longtemps qu’elles n’ont pas consulté un médecin ! ». Dans ce contexte, les Captifs sont un véritable relais entre ces personnes SDF et le corps médical.

Merci à France 3 île de France de s’être rendu sur place pour réaliser ce reportage.

« Ces personnes sans-abris sont exclues des lieux d’institution médicale traditionnels. »

A propos de l’Espace Solidarité Insertion (ESI) « Chez Monsieur Vincent » :

L’ESI est un accueil de jour. Situé au 10 rue de Rocroy (Paris 10ième), l’ESI est ouvert tous les jours de la semaine sauf les samedis et dimanches pour accueillir toutes les personnes en situation de précarité et de très grande exclusion.

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Prostitution : de l’art pour se reconstituer

Laure Callies-Vuillier lors d’un atelier d’art thérapie

Aux Captifs, nous proposons tout au long de l’année des ateliers de dynamisation aux personnes accueillies. Ces ateliers, souvent sous forme d’art thérapie, sont ouverts à tous de façon inconditionnelle. L’objectif des ateliers est de faciliter et permettre un éveil en profondeur de la personne; ils font partie intégrante de nos propositions de dynamisation de la personne. Immersion au sein de notre atelier d’art thérapie qui a lieu toutes les semaines dans notre antenne de Sainte Rita Bakhita.

Jess est victime de réseaux de prostitution, pourtant, pendant les ateliers d’art thérapie proposés par son antenne, elle est en confiance et rit de bon cœur. Pour elle, ces ateliers sont un moteur de reconstruction. Durant les ateliers, il n’y a pas de distinction entre les membres de l’association et les personnes accueillie précise Laure Callies-Vuillier, art-thérapeute qui anime cet atelier depuis 2017 : « Ici, on ne parle pas d’élèves et de maître ». Elle ajoute, « Ce n’est pas un cours de dessin, il n’y a pas de questions esthétiques, j’encourage surtout leur autonomie créatrice. ».

« Au fur et à mesure, ces femmes se redécouvrent elles-mêmes. Elles ne sont plus objets de leur vie mais sujets. »

À l’atelier, Laure reçoit les personnes accueillies rencontrées à Pigalle ou au bois de Vincennes lors des tournées-rue. Ces personnes sont souvent originaires du Nigéria. Chacune est libre de venir ou non à ces ateliers de l’antenne : « Je peux avoir 3, 5, 10 participantes… Je n’en accueille jamais le même nombre. ». En revanche, ce qui est constant « C’est le travail intérieur qui se joue dans l’ombre, analyse Laure. Un processus d’affirmation de soi : oser dire ce que l’on aime, savoir refuser. Le processus de création est un processus de transformation… à partir du moment où l’on crée, on se met en marche ! Au fur et à mesure, ces femmes se redécouvrent elles-mêmes. Elles ne sont plus objets de leur vie mais sujets. ». L’art-thérapeute ajoute : « Elles redécouvrent aussi la confiance en l’autre, qui a été détruite au cœur de parcours douloureux. Où qu’elles en soient, premières venues, ou déjà en réinsertion, on leur donne ce sas de liberté qui leur permet d’oser prendre leur vie en main. De persévérer aussi dans l’accomplissement d’une tâche, d’en voir le résultat, d’en être fières. ».

« Elles redécouvrent aussi la confiance en l’autre, qui a été détruite au cœur de parcours douloureux. »

Merci à Paris Notre Dame pour ce beau reportage à lire en entier ici.

Crédit photo : Marine Clerc

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La danse comme thérapie, un chemin de libération du corps

Au-delà des besoins concrets, exprimés par les personnes, auxquels nos actions tentent aussi de répondre, l’association souhaite avant tout que chaque personne retrouve sa dignité. Les programmes de dynamisation permettent d’éveiller en profondeur cette dignité. Ils ont une place fondamentale dans notre accompagnement.

Dans le cadre de ces programmes de dynamisation, l’antenne Sainte Rita Bakhita propose 2 fois par mois aux personnes accueillies de participer à des ateliers de « danse comme thérapie ». Ces ateliers sont proposés par l’association Loba, dans le cadre de l’accompagnement des Captifs. Témoignages d’Héloïse Onumba-Bessonnet, thérapeute de l’association Loba, et de Lydia, personne accueillie qui participe à ces ateliers.

L’association Loba (“Exprime toi” en lingala) ; créée en 2016 le projet Re-Création by Loba qui met l’Art au service de la Santé. Le but de ce projet est de venir en aide aux femmes victimes de violences sexuelles mais aussi de sensibiliser le grand public sur les violences sexistes et sexuelles. Pour cela, l’association Loba propose dans le cadre de ce projet des ateliers de « danse comme thérapie ».

Effectivement, la danse est un outil d’émancipation et un moyen d’expression permettant aux personnes ayant subi des violences d’extérioriser leurs traumatismes et de se libérer.

Le modèle de Re-Création by Loba est basé sur la complémentarité d’un binôme entre un danseur et un thérapeute afin de permettre aux femmes de se réapproprier leur corps et de faire un pas vers leur reconstruction.

Héloïse, thérapeute pendant les ateliers de « danse comme thérapie » nous explique comment ces derniers se déroulent : « Les ateliers sont en 2 temps, un temps de groupe de parole et un temps dansé avec un spécialiste dans son domaine pour animer chacun des temps. Ainsi, je m’occupe d’animer le premier temps sous forme de groupe de parole, et ma collègue, danseuse professionnelle anime le temps dansé. Cette complémentarité est un chemin de libération pour ces femmes. En effet, quoi qu’on en dise, les violences sexuelles ont un impact aussi bien psychique que corporel. Elles créent une rupture qui déconnecte ces femmes de leurs corps. Grâce à la parole et au mouvement du corps provoqué par la danse elles reprennent le contrôle. Elles retrouvent une estime d’elles-mêmes. Pour la plupart, il est impossible de guérir de telles blessures, mais au moins, en partie grâce aux ateliers elles arrivent à vivre avec. ».

« Après l’atelier on se sent libérée, légère. On se sent heureuse, bien dans notre peau. »

Lydia

Pour Lydia, nigériane de 22 ans arrivée en France en 2018, aller aux ateliers Loba est une fête : « J’adore y aller, à chaque fois c’est un bonheur de retrouver l’équipe de Loba, mais aussi de partager ces moments avec mes amies. J’aime leur façon de nous parler, de nous écouter, mais aussi de nous pousser à partager entre nous. On danse, on rit, on se confie, on oublie nos problèmes, ces moments sont précieux. ».

Non seulement c’est une fête, mais c’est aussi une thérapie pour Lydia : « Ces ateliers nous permettent de nous exprimer, à la fois avec ce temps de parole mais aussi avec ce temps de danse. Après l’atelier on se sent libérée, légère. On se sent heureuse, bien dans notre peau. Ça nous fait tellement de bien, merci, merci à vous ! ».

Merci à tous ceux qui soutiennent ce projet : Fondation Sanofi Espoir, Fondation Notre Dame, Fondation Gratitude, et Fonds Après-Demain.

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À la découverte des tournées-rue, les maraudes des Captifs

Aux Captifs, les tournées-rue sont partie intégrante de notre ADN. Mais au fait, c’est quoi une tournée-rue ? Explications de l’antenne Sainte-Jeanne-de-Chantal, notre antenne du 16ième arrondissement de Paris pour le journal Paris Seize le mois dernier.

Il est 19 h. Les commerces ont déjà baissé leurs rideaux, couvre-feu oblige. Dans la rue, des passants et des voitures se pressent encore pour rentrer chez eux. Tout dans Paris va s’arrêter, comme depuis trop longtemps déjà. Tout ? Peut-être pas. La misère, elle, continue discrètement d’occuper les rues. Les Captifs restent donc mobilisés pour aider toutes ces personnes abîmées par la vie.

La tournée-rue : un engagement hebdomadaire pour tisser du lien

L’objectif de ces rencontres est simple mais profond : aller vers les personnes de la rue, « les mains nues » et dans la fidélité. La rencontre. C’est ce qui définit l’ADN de notre association, plus encore lors des tournées-rues, plus communément appelées maraudes, où tout repose sur la relation humaine. Pendant environ deux heures, chaque soir, un binôme fixe, à pied et qui suit toujours le même itinéraire, va à la rencontre de ceux qui dorment dans la rue, pour parler ou simplement échanger quelques gestes et regards quand la barrière de la langue est trop forte. Ni nourriture, ni vêtement, ni quelconque matériel à donner, seulement de la chaleur humaine.

Des rencontres pour discuter et rire, en toute simplicité

Ce soir-là, Clarisse et Marion, se retrouvent pour leur tournée-rue hebdomadaire. Clarisse a rejoint les Captifs en juin 2020 comme travailleuse sociale. Le jour, elle accueille tous ceux qui franchissent la porte de la première antenne de l’association située porte de Saint-Cloud. Son objectif consiste à faire de l’accompagnement social et éducatif pour rendre les accueillis autonomes et leur permettre de prendre leur envol. Mais là encore, c’est la rencontre qui compte avant tout.

Après quelques minutes de marche, les premiers « gars de la rue », comme nous disons affectueusement, sont en vue. Ils sont trois, bien connus. Les checks remplacent les traditionnelles poignées de mains : les consignes sanitaires sont bien respectées. Quelques canettes de bière aidant, l’ambiance est très joyeuse. Clarisse et Marion engagent la conversation. « On prend des nouvelles et on rigole ! ».

Entre confinement et couvre-feu, la misère ne doit pas être oubliée

Le binôme continue son itinéraire en s’arrêtant auprès de chaque personne rencontrée. Quand c’est possible, l’échange bascule même en langue étrangère. Ce soir, Marion démontre son excellente maîtrise de l’espagnol. Marion a rejoint les Captifs il y a un an comme bénévole. Elle avait envie d’une première expérience associative à côté de son travail dans une grande entreprise agroalimentaire. Elle aussi place cet engagement avant tout sous le sceau de la relation humaine. « En tournée, on n’a rien de matériel à donner et tout repose sur le lien. On ne peut pas occuper le temps en donnant quelque chose. ».

« Eux ils sont captifs, mais nous aussi ! »

La tournée-rue continue maintenant avenue Victor-Hugo. Le contraste entre la très huppée artère où se succèdent des boutiques renommées et les quelques campements de fortune s’abritant comme ils peuvent sous des porches est marquant. Les gens d’Europe de l’Est sont ici plus nombreux, souvent en couple d’ailleurs, limitant par la force des choses les échanges verbaux. Mais Clarisse et Marion n’en connaissent pas moins parfaitement tous les prénoms et sont capables de dire quelques mots sur chacun. La rencontre, toujours et encore. Pour elles, « il y a un vrai bonheur à voir ces personnes toutes les semaines. C’est important de montrer à ces gens qu’ils ont de la valeur. Avec le couvre-feu, certains se couchent très tôt désormais. On ne peut plus leur parler et ça nous attriste. Puis avec ces rencontres, on prend conscience de quelque chose, eux ils sont captifs, mais nous aussi. ».

Dans ces rencontres, il faut aussi savoir donner du temps au temps. Une réinsertion ne se décrète pas. Parfois, il faut plusieurs années avant qu’un sans-abri, régulièrement rencontré lors des tournées, finisse par accepter de devenir un « accueilli » en franchissant la porte d’une antenne de l’association. Ensuite, il faut que la demande de réinsertion vienne d’eux. Envisager une domiciliation, se bancariser ou créer un compte à la sécurité sociale ne peuvent pas être des actes durables sans un accompagnement humain.

Merci à Paris Seize pour ce bel article !

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Le programme Marcel Olivier : une approche innovante d’accompagnement des personnes sans-abri alcoolodépendantes

Espace Marcel Olivier

Créé il y a 6 ans par l’association, le programme Marcel Olivier développe un modèle d’accompagnement des personnes consommatrices d’alcool visant à réduire les risques qui découlent de leur consommation dans leur quotidien – notamment pour leur santé. L’objectif n’est pas forcément le sevrage et l’abstinence mais d’abord une amélioration de leur qualité de vie. Interview de François Bregou, directeur opérationnel en charge du Pôle précarité et Léo Cloarec, responsable de l’Espace Marcel Olivier, situé dans le 9ème arrondissement de Paris.

La consommation d’alcool est une problématique récurrente et très importante pour les personnes de la rue. Selon vous, quelles en sont les conséquences ? Mais également quel constat faites-vous de la manière dont cet enjeu est pris en compte par les acteurs du médico-social en général ?

Léo Cloarec : L’addiction à l’alcool, qui a un impact sur leur santé mais aussi sur leur vie au global, additionnée à la condition de ceux qui vivent à la rue, entraîne une stigmatisation et des inégalités d’accès aux dispositifs d’accompagnement. Effectivement, il existe très peu de lieux d’accueil et d’hébergement qui soient pleinement adaptés aux personnes alcoolodépendantes. Généralement, quand on leur demande de laisser leur addiction à la porte, ce qui leur rend l’accès plus difficile. Car pour certains, le niveau de dépendance est tel que cela leur est impossible. Ces personnes finissent par ne plus bénéficier d’aucune aide.

François Bregou : Ces patients font peur et il y a une grande méfiance vis-à-vis d’eux car les personnels de santé connaissent mal leurs problématiques et leurs enjeux. En effet, il est souvent très compliqué pour ces alcoolodépendants d’attendre patiemment dans une salle d’attente. Ils ont alors tendance à s’autoexclure du système de soin.

Comment et pourquoi est né le programme Marcel Olivier ?

François Bregou : Au départ, l’Espace Marcel Olivier avait été créé pour accompagner les sans-abris après un parcours de soin. L’idée étant qu’ils aient un lieu où ils puissent continuer de parler. Mais cela laissait de côté les personnes toujours dépendantes à l’alcool.  Nous avons alors décidé de faire évoluer l’espace pour accueillir les personnes en leur autorisant la consommation d’alcool sur place. Plus largement, le programme Marcel Oliver accompagne les personnes qui consomment de l’alcool pour leur permettre d’améliorer leur qualité de vie, notamment sur le plan de la santé. Il faut comprendre les mécaniques psychiques, les conséquences somatiques, etc… L’alcool est souvent une béquille pour ces personnes. Elles subissent des souffrances psychiques terribles qui les conduisent à l’auto-exclusion et l’alcool est là parfois pour atténuer ces souffrances et faire face aux difficultés quotidiennes.

Léo Cloarec : Selon les statistiques, sur l’ensemble de la population, 90 % des personnes dépendantes à l’alcool rechutent dans les 6 mois après une cure. En ce qui concerne les sans-abris, nous n’avons pas de chiffres mais je n’ose même pas imaginer le taux de rechute compte-tenu de leurs circonstances atténuantes. On voit les limites d’une approche uniquement basée sur l’abstinence. L’échec crée un sentiment de fatalité chez ces personnes avec un renoncement au soin.

Vous avez choisi pour cela d’appliquer le principe de la Réduction des Risques (RDR). Quelles sont les spécificités de cette approche ?

François Bregou : Avec l’intervention d’une psychologue-addictologue et de travailleurs sociaux, on aide ces personnes à exprimer leurs ressentis. On les accompagne dans la prise de conscience de leur rapport à l’alcool et de leurs conséquences. Ainsi nous les aidons à réduire par eux-mêmes les risques liés à leur consommation, même lorsqu’elles ne veulent pas ou ne peuvent pas arrêter totalement. En permettant la consommation, on ne juge pas et on peut alors plus facilement parler de l’alcool en toute transparence.

Léo Cloarec : C’est une démarche pragmatique et globale. On ne nie pas les bénéfices que recherche la personne à travers l’alcool. Ce n’est pas en opposition avec l’approche qui vise l’abstinence, c’est complémentaire. Pour commencer, avant d’engager une réflexion avec la personne accompagnée, on l’écoute, on fait en sorte qu’elle parvienne à exprimer ce qui la lie à l’alcool, grâce à des ateliers thérapeutiques et des groupes d’expression encadrés par une psychologue et une art-thérapeute. On cherche aussi en priorité à sécuriser la personne avant de viser le changement de ses pratiques. Cela signifie, dans un premier temps, offrir des espaces dans lesquels les personnes peuvent consommer en sécurité et accompagner les personnes qui subissent des sevrages non désirés (par exemple lorsqu’elles sont dans l’impossibilité de se procurer de l’alcool). Car un sevrage brutal peut être très dangereux, il peut mener au delirium tremens (1) voire à la mort. Une fois que la personne est engagée dans cette démarche de réduction des risques, alors elle peut décider ce qu’elle veut faire, en fonction de ses aspirations et de ses capacités.

(1) Complication du sevrage alcoolique. Il se caractérise par une hyperactivité du système nerveux autonome associée à une confusion, une désorientation, un délire hallucinatoire et, dans certains cas, la survenue de crises convulsives.

Merci à CareNews pour cette interview. L’intégralité est à lire ici.

©Beax

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Témoignage d’Armance, bénévole aux Captifs depuis deux ans

Armance, bénévole en tournées-rue (maraudes) dans le Bois de Vincennes nous parle de la rencontre à « Mains Nues », fondement de la mission des Captifs.

La rencontre à « Mains Nues »

« L’association Aux captifs, la libération nous invite à aller à la rencontre de l’autre les « mains nues ». C’est pour moi un des piliers les plus important de l’association car c’est une mise en mouvement, vers les plus fragiles et vers ma propre fragilité. Cet appel m’a conduite à m’interroger sur le sens du don et sur ce que je peux apporter au monde.

Comment accueillir l’autre ?

Comment être accueillie ?

Suis-je capable de l’écouter ?

Qu’est-ce que je peux bien partager ?

Après deux ans de tournées auprès des prostituées du bois de Vincennes, je n’ai pas l’impression d’avoir fait le tour de ces questions, car elles requièrent une relecture après chaque soirée.

Nos conversations avec les femmes sont très variées : échanges de renseignements, distractions ou réconforts au cours de leurs longues soirées, dialogues à cœur ouvert et parfois prières. Elles ont cependant en commun qu’elles nécessitent un abandon à la grâce que Dieu met dans nos cœurs. L’absence de prestation nous rappelle que le message le plus essentiel est le partage de l’Amour de Dieu. Cet amour inconditionnel et universel nous remet humblement à nos places d’enfants bien-aimés du Père. »

Nous avons besoin de votre aide !

Les Captifs ont besoin de vous pour continuer à écrire cette belle aventure et assurer une présence fondamentale auprès des personnes en situation de précarité ou de prostitution. Comme Armance, rejoignez la famille des Captifs !

Pourquoi faire du bénévolat aux Captifs ? Pour vivre une rencontre porteuse d’espérance. Devenir bénévole chez nous, c’est aller vers les personnes dans la rue ou les accueillir dans nos antennes ; c’est faire un chemin avec elle, les accompagner. Nous recherchons également des personnes qui souhaitent partager des talents particuliers avec elles (bricolage, informatique, jardinage, peinture, chant, partage d’évangile…) ou mettre leurs compétences au service de l’association (collecte de fonds, photos, juriste, comptabilité, recrutement…).

Un parcours de formations est proposé pour débuter et continue tout au long de votre engagement bénévole.

 

Merci à Armance pour son témoignage et son engagement à nos côtés.  

© Marine Clerc

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Témoignage de Joy, accueillie de Sainte Rita Bakhita

Dans ce témoignage, Joy nous raconte les événements marquants de sa vie. De son enfance au Nigéria, à sa vie actuelle accompagnée par les Captifs, en passant par les sombres années au Bois de Vincennes ; Joy nous livre son histoire à cœur ouvert.

Joy a aujourd’hui 30 ans et vit en région parisienne. Petite elle vivait à Lagos au Nigeria. Avec une enfance paisible, l’école et même des études de droits.  Mais un jour, elle tombe enceinte et doit arrêter ses études. Après la naissance de son fils, la vie se complique, elle doit se débrouiller seule pour élever l’enfant, et surtout elle doit absolument gagner de l’argent. Elle trouve alors un travail dans un bar. C’est là qu’elle fait une rencontre qui va changer sa vie, du moins c’est ce qu’elle croit. L’homme lui propose de l’aider à voyager en Europe « là-bas tu pourras gagner beaucoup plus d’argent pour ton fils » lui dit-il. Même si elle a conscience du danger que cela peut représenter, elle part.

En novembre 2016, elle arrive à Paris et se retrouve Gare de Lyon. Pendant 3 jours, elle dort dehors près de la gare sans vraiment savoir quoi faire. Le troisième jour, elle entend une nigériane parler au téléphone, sans hésiter elle lui dit « ma sœur, je suis nigériane moi aussi, je viens d’arriver, je ne connais personne, aide-moi s’il te plait ». Grâce à cette femme, elle trouve un toit mais très vite on lui explique qu’elle ne va pas pouvoir vivre ici gracieusement, elle va devoir travailler comme les autres.

Trouver du travail sans papiers n’est pas chose facile et est souvent synonyme de « street work » pour les nigérianes. La prostitution dans le Bois de Vincennes commence pour Joy.

Pendant ces quelques années au bois, Joy déteste ce qu’elle fait et n’y va que si elle a vraiment besoin d’argent. « A chaque fois que j’allais au bois je me faisais frapper, parfois voler mon argent et il y avait toujours des hommes vraiment mauvais qui rodaient, j’étais terrifiée » nous raconte -t-elle.  

Joy rencontre les Captifs pour la première fois en août 2017 lors d’une tournée-rue dans le bois. Déjà elle est touchée par l’approche des Captifs qui la considère comme une personne à part entière et non comme une prostituée. Elle voulait se rendre à l’antenne, mais en plein mois d’août l’antenne est fermée.

En 2018, deux ans après son arrivée en France, Joy croise à nouveau le chemin des Captifs. Elle rencontre Amel qui deviendra sa travailleuse sociale. De nouveau Joy est touchée par l’approche d’Amel, elle lui fait confiance et lui promet qu’elle viendra à l’antenne. Quelques jours plus tard Joy est allé comme promis à l’antenne Sainte Rita Bakhita et depuis c’est sa « famille de France », elle y vit des moments de bonheur avec les autres personnes accueillies et avec l’équipe de bénévoles et salariés. Joy nous raconte : « avant d’être aux Captifs je ne riais plus, je ne faisais que pleurer et subir ma vie ».

Avec l’antenne, Joy quitte parfois Paris pour se rendre au Mont Saint Michel ou à Lourdes. A Lourdes, Joy a même vécu la guérison de son pied. Cela faisait des mois que son pied était très enflé et aucun médecin ne savait comment le guérir. Grâce au sacrement des malades son pied est re devenu normal au bout de 2 heures et n’a jamais réenflé.

Joy est aussi très reconnaissante de tout ce que les Captifs ont fait pour elle pendant le confinement « ils m’ont appelée tous les jours pour savoir si j’allais bien et si je ne manquais de rien ».

Aujourd’hui elle suit le parcours de sortie de prostitution qui lui donnera accès à des droits spécifiques : autorisation de séjour temporaire avec permis de travail, allocation financière spécifique, priorité pour les demandes d’hébergement.

« Sans les Captifs, je serais encore au bois et peut être morte tant la violence y est extrême ».

©Beax

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Amélie, bénévole, parle de son engagement aux Captifs

Aux captifs, nous ne sommes rien sans l’aide de nos bénévoles. Chaque année, nous en accueillons quelques 50 nouveaux . Des personnes de tous les âges s’engagent, en journée ou en soirée, dans tous les secteurs. Tournée-rue (maraudes), permanences d’accueil, sorties et ateliers, soutien administratif … les missions sont possibles et variées !

Voici le témoignage d’Amélie, bénévole tournée-rue sur les maréchaux Nords.

« Cela fait maintenant quelques mois que j’ai rejoint l’association Aux captifs, la libération en m’engageant à participer à des tournées de rues dans les quartiers nord de Paris. Voici en quelques mots ce que je souhaiterais partager de cette expérience.

Lors de la formation initiale, on m’avait mise en garde contre le risque de se sentir impuissant. Impuissant devant la dureté de la vie des femmes que nous rencontrions, impuissant face à leur nombre, impuissant à leur proposer des solutions. Parée à faire face à ce sentiment, je me suis surprise à me demander avant tout si j’étais vraiment utile. Les tournées de rentrée ayant été annulées faute de bénévoles hommes disponibles, je me suis d’abord dit que ce n’était sans doute pas ma place, qu’on n’avait peut-être pas besoin de moi ici.

« Par leur spontanéité, par leur regard souriant à notre arrivée, elles m’ont fait prendre conscience de la mystérieuse utilité du temps partagé sans autre finalité. »

Et puis les bénévoles hommes sont arrivés et j’ai commencé mes premières tournées. Mes réflexes d’ingénieur se sont activés et presque malgré moi je me suis vite demandé comment optimiser nos trajets. L’objectif me semblait simple : rendre visite à un maximum de femmes sous contrainte de temps limité et sans disposer de moyen de transport motorisé. Ce petit problème posé j’ai imaginé tout un tas d’options : bifurquer ici ou là, éviter ce long pan éclairé sur lequel nous ne rencontrons personne, ou encore s’équiper de vélo. J’ai néanmoins préféré taire ces quelques suggestions par timidité et méconnaissance des habitudes de l’association. Et bien m’en a pris.

Bien m’en a pris parce que les deux femmes qui se tiennent chaque fois tout au bout de ce long tronçon vide nous accueillent avec une joie évidente et m’ont fait comprendre que l’objectif n’était pas cette maximisation mathématique mais précisément le temps passé pour chacune d’entre elles en particulier. Et de semaine en semaine j’ai été surprise et touchée par leur chaleur à notre égard, riant de nos maigres rudiments d’espagnol, nous suggérant une application de traduction pour mieux dialoguer, notant avec intérêt les coordonnées de l’association pour prendre des cours de français ou se rendre à des messes en espagnol. Nous racontant leurs vies tout simplement, leur quotidien et celui des femmes qu’elles connaissent.

Par leur spontanéité, par leur regard souriant à notre arrivée, elles m’ont fait prendre conscience de la mystérieuse utilité du temps partagé sans autre finalité. »

Nous avons besoin de votre aide !

Les Captifs ont besoin de vous pour continuer à écrire cette belle aventure et assurer une présence fondamentale auprès des personnes en situation de précarité ou de prostitution. Comme Amélie, rejoignez la famille des Captifs !

Pourquoi faire du bénévolat aux Captifs ? Pour vivre une rencontre porteuse d’espérance. Devenir bénévole chez nous, c’est aller vers les personnes dans la rue ou les accueillir dans nos antennes ; c’est faire un chemin avec elle, les accompagner. Nous recherchons également des personnes qui souhaitent partager des talents particuliers avec elles (bricolage, informatique, jardinage, peinture, chant, partage d’évangile…) ou mettre leurs compétences au service de l’association (collecte de fonds, photos, juriste, comptabilité, recrutement…).

Un parcours de formations est proposé pour débuter et continue tout au long de votre engagement bénévole.

Merci à Amélie pour son témoignage et son engagement à nos côtés.  

© Marine Clerc