L’Atelier Bakhita chez vous !

Les Captifs ont créé l’Atelier Bakhita pour permettre à des femmes en situation d’exclusion de réapprendre un métier et de retrouver leur dignité par le travail. Elles créent sacs, maniques, tabliers… La vente de ces objets permet de leur verser un pécule. Aujourd’hui nous vous proposons de faire connaître autour de vous l’Atelier en vendant ces créations chez vous !

Les confinements successifs ont limité les réunions et les retrouvailles, et ils ont également limité les ventes et l’activité de l’Atelier Bakhita. Ainsi l’arrivée de l’été et du déconfinement peut être l’occasion de se réunir autour d’un projet qui a du sens. Nous vous proposons donc de faire d’une pierre deux coups et d’inviter vos proches chez vous, pour leur faire découvrir les réalisations de l’Atelier.

« Rassemblez votre entourage pour un projet qui a du sens ! »

L’Atelier Bakhita accueille six femmes qui, formées et guidées par une couturière, réalisent des objets et des commandes sur-mesure à partir de tissus qui nous sont donnés. Ainsi les femmes apprennent les techniques de la couture ainsi que le vivre ensemble et le cadre d’une ambiance de travail. Cela leur donne une perspective vers une régularisation, une formation et/ou un emploi. Soutenez ce projet vertueux en vendant leurs créations !

Comment faire pour organiser une vente chez moi ?

Vous choisissez la date et le lieu, et nous vous donnons le kit d’organisation d’une vente : le stock, le carnet de suivi des ventes, la caisse, le catalogue, les flyers et invitations…

Nous préparons ensemble votre événement jusqu’à sa réalisation puis nous en faisons le bilan ensemble.

Voici une belle occasion pour se retrouver à l’approche des beaux jours, qu’en pensez-vous ?

Si l’idée vous plait, vous pouvez contacter Florence de Driésen – f.dedriesen@captifs.fr – 06 30 28 53 08. V

Suivez-nous sur Facebook et Instagram !

Merci à tous ceux qui financent ce projet : Fondation Suez / Fonds Ayudar / Mutualité Française Île-de-France / Fonds Chœur à l’Ouvrage / Crédit Agricole CIB / Fonds Agir sa Vie / Fondation Véolia / Fondation Notre Dame / Etude Cheuvreux / Fondation Mutuelle Saint Martin

Mémoires de bénévole : aux côtés de Patrick Giros

Florence Bladier devient bénévole de l’association dès 1998. Autrefois médecin et maintenant à la retraite, elle s’engagera au fil de ces 23 années en précarité et en prostitution. Dans ce témoignage, elle évoque pour nous ses « mémoires » de Patrick Giros, fondateur des Captifs qu’elle a bien connu.

Son engagement commence à l’antenne Lazare, où là-bas elle accompagne de jeunes garçons qui ont approximativement l’âge de ses enfants. Plus tard, l’antenne de Paris Centre cherchera un médecin, Florence sera alors salariée des Captifs une journée par semaine pendant quelques années. Après cela, elle redeviendra bénévole pour s’engager à nouveau en tournées-rue et en permanences d’accueil dans plusieurs antennes. 

Florence se souvient de Patrick comme d’une « assez grande gueule » qui ne prenait pas de gants avec les gens : « Si on n’était pas content, on s’en allait. ». En effet, l’association était comme son enfant et il avait d’ailleurs beaucoup de casquettes à la fois : fondateur, père spirituel, collecteur de fonds …

« Mon église est vide alors que la rue est pleine de monde, il faut que j’aille les voir ! »

– Patrick Giros

Pour Florence, l’héritage important que nous avons de Patrick, ce sont les tournées-rue. Effectivement, c’est lui le premier qui a initié cette démarche « d’aller vers », car dans les années 80, aucune association ne faisait de maraudes. Elle le cite : « Mon église est vide alors que la rue est pleine de monde, il faut que j’aille les voir ! ».

Le Père Giros lui avait dit un jour : « Il faut consentir à son impuissance. ». C’est ce qu’il avait compris au fil des années et ce qui est le plus difficile à comprendre pour les salariés et bénévoles encore aujourd’hui. « Au début on se retrousse les manches et on se dit que ça va marcher, ça va bouger et puis ça ne bouge jamais comme on voudrait, ça ne va jamais vers les chemins vers lesquels on passerait nous. C’est toujours déconcertant. » témoigne Florence. Ainsi, c’est en partie lorsque l’on comprend cela que l’on peut tenir son engagement le plus longtemps possible. La preuve en est avec Florence et ses 23 années d’engagement aux Captifs.

L’importance de la mémoire chez les personnes en situation de précarité

Laury Lesueur est psychologue clinicienne, chargée de mission en addictologie depuis 2016 aux Captifs. Elle intervient sur le pôle précarité de l’association. Particulièrement exposée à la question de la mémoire avec les personnes accueillies, elle nous explique comment les accompagner dans une démarche résiliente.

Son travail s’articule autour de 4 missions. La première est la rencontre des personnes sur les temps d’accueil, pouvant être ensuite prolongée par un accompagnement individuel pour celles qui le souhaitent. La deuxième est le développement du partenariat avec les structures médicosociales spécialisées en addictologie. La troisième est l’accompagnement des bénévoles référents alcool. Et enfin, la quatrième mission de Laury est la formation des partenaires et des équipes internes aux questions d’addictions, de précarité et de santé mentale.

Les personnes rencontrées ont connu des expériences les ayant exposées à la violence psychologique et physique, à des accidents de vie, à des abandons et à des ruptures qui les ont fragilisées sur plusieurs aspects de leur identité et ont entamé leurs ressources à y faire face. Ces expériences ont généré une souffrance psychologique, pouvant aller jusqu’au développement de troubles psychiatriques.

Les traumatismes liés à ces expériences amènent les individus à mettre en place des défenses psychiques, plus ou moins opérantes. La mémoire qui se veut structurante, permettant de s’ancrer et d’écrire son histoire peut devenir source de souffrance et de troubles.

A la rue, 30% des personnes ont été confiées à l’Aide Sociale à l’Enfance… Comme nous l’explique Laury, « c’est le début d’une vie compliquée psychiquement à un moment où l’on construit des ressources pour faire face au monde ». Elles se construisent donc avec déjà des vulnérabilités. Certaines personnes arrivent à y faire face, d’autres non. Elles vont accumuler des accidents de vie, des problèmes d’insertion sociale et professionnelle. Cette accumulation d’épreuves met à mal l’individu et génère une souffrance supplémentaire liée à la violence d’origine sociale (la disqualification sociale).

« Stimuler la mémoire pour rechercher des ressources d’espoir et d’avenir »

« Notre rôle est d’aider la personne à expérimenter des relations dans lesquelles elle est reconnue en tant que sujet et respectée dans toute sa dimension. Ainsi, pourra-t-elle se réapproprier et /ou acquérir une confiance en elle, puis mobiliser ses ressources afin de se mettre en mouvement et amorcer une démarche résiliente. » 

 « On va stimuler cette mémoire pour chercher des sources d’espoir et d’avenir permettant d’écrire une nouvelle page de leur histoire » nous raconte Laury. L’idée est de puiser dans ce qu’elles peuvent mobiliser pour aller de l’avant et ne pas être condamnées à être enfermées dans un ici et maintenant, sans perspective, condamnées à la survie qu’impose la vie à la rue. Il s’agit de la mémoire vivante, celle qui permet d’accueillir de nouvelles expériences, d’être dans une posture résiliente. Et cela est possible, en partie grâce à l’altérité que l’on va proposer dans les rencontres, mais également grâce à la fidélité et à la gratuité de cette présence. Dans ces rencontres, « l’individu est sujet et quand je suis sujet, je peux désirer, je peux être acteur » conclut Laury.

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Qui est Sainte Joséphine Bakhita ?

Explications de Sophie Baché-Cougnon, Directrice du Pôle Développement pour l’association

L’Atelier couture Bakhita

L’Atelier couture Bakhita est ouvert à des personnes en situation de grande précarité. Pour la large majorité, il s’agit de femmes ayant vécu des parcours d’exil complexes, dont certaines ont pu être victime de traite. Leur parcours peut générer la stigmatisation et l’isolement. La plupart des couturières ont été rencontrées en tournées rues, puis ont fréquenté les permanences et ont participé aux activités de dynamisation jusqu’à ce qu’un projet d’insertion personnalisé soit travaillé.

L’atelier permet de faire tomber les barrières qui entravent le processus d’insertion sociale : rupture de l’isolement, apprentissage de la langue, compétence métier, mais aussi valorisation de l’estime de soi par le travail.

L’agrément OACAS (« Organisme d’Accueil Communautaire et d’Activité Solidaire ») permet de proposer une activité économique aux couturières accompagnées, éloignées de l’emploi. Ainsi les personnes de l’atelier reçoivent un pécule, ce qui leur permet de se projeter dans une activité rémunératrice hors de la rue.

Envie de se faire plaisir tout en faisant une bonne action ? Retrouvez notre catalogue 2021 ici.

Témoignage d’Emmanuel, personne accueillie de Paris Centre

Emmanuel et Aude, sa travailleuse sociale

Dans ce témoignage, Emmanuel nous raconte les événements marquants de sa vie. De ses années de rue, à sa vie actuelle, en passant par les retrouvailles avec son fils ; il nous livre son histoire à cœur ouvert.

Emmanuel a aujourd’hui 41 ans, il vit dans un appartement partagé entre volontaires et personnes sans-abris grâce à l’Association pour l’Amitié (APA) et il suit une formation de paysagiste grâce au dispositif Ateliers et Chantiers d’Insertion (ACI). Sa vie actuelle est stable et confortable, mais cela n’a pas toujours été le cas. Emmanuel sort de quatre longues années à la rue. 

Il a vécu ce que l’on appelle un « burn out », c’est-à-dire un état d’épuisement physique, émotionnel et mental. A l’époque, une accumulation d’événements vont le vider intégralement ; perte d’emploi, divorce, mauvaises rencontres … Il nous confie, « Du jour au lendemain, tu n’as plus envie de rien, tu ne manges plus, tu ne penses plus, alors tu abandonnes. Un matin, j’ai fait mon déménagement sur le trottoir, j’ai laissé tout ce que j’avais de matériel et je suis parti avec juste un sac et quelques photos. ».

Entre 2015 et 2019, Emmanuel passera ses nuits à marcher dans les rues de Paris, indéfiniment, sans s’arrêter et se réfugiera le jour dans un petit coin caché de l’église Saint-Gervais, pour se reposer à l’abri de l’agression permanente de la rue.

Pendant ces années de solitude, il a beaucoup de temps pour se plonger dans ses pensées et réfléchir à ses années de vie « normale » et une des choses qui lui fait particulièrement mal est de se dire que même s’il avait une famille et des amis, « le jour où tu disparais, personne ne te cherche, tu n’existes plus ».

« Mon fils va avoir 18 ans et la dernière fois que je l’ai vu il en avait 14, je dois rattraper le temps perdu tant qu’il en est encore temps !»

– Emmanuel

Un jour, Emmanuel a un déclic : il doit retrouver son fils. Il pensait à lui tous les jours et un jour il s’est dit qu’il fallait absolument qu’il le revoit, « Mon fils va avoir 18 ans et la dernière fois que je l’ai vu il en avait 14, je dois rattraper le temps perdu tant qu’il en est encore temps !».

Dès qu’il a eu son déclic, tout s’est enchainé très vite pour Emmanuel qui avec sa volonté de fer et l’accompagnement de sa travailleuse sociale Aude, a accompli un beau travail de réinsertion en à peine 1 an : une domiciliation, une formation, un travail et un logement.

Mais Emmanuel a surtout repris contact avec son fils et c’est tout ce qui compte. Il est très content de dormir au chaud, d’avoir un nouveau métier qui lui plait, mais le plus important c’est qu’il a retrouvé son fils, « Là demain, il peut m’arriver n’importe quoi, ce n’est pas grave j’ai retrouvé mon fils, je suis serein. »

L’accompagnement des Captifs qu’il considère comme sa famille d’adoption et l’envie de renouer avec son fils ont été un véritable moteur pour Emmanuel qui mène aujourd’hui une vie heureuse.

Et maintenant ? 7 vertus pour la crise

Les éditions de l’Emmanuel ont fait le pari de prendre du recul sur la période de pandémie que nous traversons en demandant à 7 auteurs, théologien, philosophe, économiste, acteur associatif, essayiste, évêque, laïc, consacré, de relire les temps que nous traversons à l’aune des 3 vertus théologales, foi, espérance et charité, et des 4 vertus cardinales, prudence, justice, tempérance, force. Cela nous sort de l’actualité anxiogène, apporte de l’oxygène à nos neurones et des pistes pour nous convertir en profondeur dans le quotidien de nos vies. Thierry des Lauriers, directeur général de notre association, a rédigé le chapitre relatif à la vertu de la charité : « Pour que circule l’amour » ; il y témoigne entre autres de l’action des Captifs pendant le confinement du printemps 2020. Chaque chapitre est rédigé dans un style et une sensibilité propre à l’auteur. Une lecture à ne pas manquer en ce printemps 2021 !

N’attendez-plus et passez commande ici !

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Témoignage de Nadia, accueillie de Saint-Gilles-Saint-Leu

L’association propose tout au long de l’année des ateliers de dynamisation aux personnes accompagnées. Ces ateliers sont ouverts à tous et de manière inconditionnelle. L’objectif des ateliers est toujours de faciliter et permettre un éveil en profondeur de la personne. Parmi ces ateliers on retrouve « l’art-thérapie ». Témoignage de Nadia Skandrani, 51 ans, accueillie par notre antenne Saint-Gilles-Saint-Leu qui suit l’atelier d’art-thérapie.

« Je me reconstruis grâce à l’art-thérapie »

« Après un accident de la vie, j’ai pu rebondir grâce à l’association Aux captifs, la libération. Depuis six ans, je fréquente chaque mardi matin l’atelier d’art-thérapie qu’elle organise sur la paroisse Saint-Leu-Saint-Gilles, à Paris. Très vite, Laure, son animatrice, m’a mise en confiance. Alors qu’une mauvaise orientation scolaire m’avait coupé les ailes, j’ai retrouvé le goût d’une vocation artistique en m’initiant à un large éventail de techniques : collage, aquarelle, modelage, masque, sculpture à partir d’objets de récupération… J’en sors à chaque fois épanouie et en osmose avec moi-même, voire plus reposée qu’après mon atelier relaxation. Il m’arrive d’exposer mes œuvres, comme au Collège des Bernardins, un site magnifique. Je les présente aussi sur Facebook et Instagram. J’en ai vendu une mais j’aimerais me séparer de beaucoup d’autres ! Je me fixe pour horizon de devenir un jour art-thérapeute : quand une personne découvre l’atelier de Laure, je l’y accueille au mieux tant je peux témoigner du bien qu’il me procure. »

Merci à l’hebdomadaire Le Pèlerin pour cet article à lire en entier ici.

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Témoignage de Pierre-Emmanuel, service civique à Valgiros

Retrouvez Pierre-Emmanuel, service civique et Romain, personne accueillie dans la vie quotidienne de Valgiros, la colocation solidaire de l’association.

Un reportage de KTO dans le cadre du challenge #AimerAider de la Fondation Notre Dame.

Vous aussi rejoignez l’aventure Captifs et devenez service civique

Parmi les différentes missions proposées par l’association « Aux captifs, la libération », un engagement de 6 mois auprès des personnes de la rue en tant que service civique est possible. L’association reçoit une aide de l’Etat pour ces missions reconnues comme participant aux dispositifs mis en place auprès des plus exclus à Paris.

Au sein de la structure, la mission du volontaire en service civique est d’assurer le premier accueil des personnes et de faciliter leur orientation vers les différents services proposés dans une relation d’aide et de service. Il va aussi à leur rencontre dans la rue et participe à des tournées-rue. Il peut être amené à accompagner certaines personnes accueillies dans des démarches simples, suite à leurs entretiens avec les travailleurs sociaux de la structure (mairie, préfecture, médecin,…), et à rendre visite à des personnes en soins à l’hôpital.

En binôme avec un travailleur social de l’association, il va ainsi à la rencontre des personnes de la rue, sur leurs lieux de vie, pour nouer avec elles, dans la durée, une relation de confiance, de manière à faciliter leur venue sur les antennes et mieux les accueillir. Enfin, le jeune en service civique, suivant ses capacités et son degré d’autonomie, peut être intégré à l’animation d’ateliers artistiques et/ou culturels, qui visent à dynamiser les personnes accueillies vers une sortie de rue progressive.

Dans le cadre du service civique, l’association propose gratuitement à ses volontaires de participer à des formations internes et à celles de nos partenaires, allant au-delà de ce qui est demandé par l’Etat (Formation civique et citoyenne ; Formation aux premiers secours).

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Le programme Marcel Olivier : une approche innovante d’accompagnement des personnes sans-abri alcoolodépendantes

Espace Marcel Olivier

Créé il y a 6 ans par l’association, le programme Marcel Olivier développe un modèle d’accompagnement des personnes consommatrices d’alcool visant à réduire les risques qui découlent de leur consommation dans leur quotidien – notamment pour leur santé. L’objectif n’est pas forcément le sevrage et l’abstinence mais d’abord une amélioration de leur qualité de vie. Interview de François Bregou, directeur opérationnel en charge du Pôle précarité et Léo Cloarec, responsable de l’Espace Marcel Olivier, situé dans le 9ème arrondissement de Paris.

La consommation d’alcool est une problématique récurrente et très importante pour les personnes de la rue. Selon vous, quelles en sont les conséquences ? Mais également quel constat faites-vous de la manière dont cet enjeu est pris en compte par les acteurs du médico-social en général ?

Léo Cloarec : L’addiction à l’alcool, qui a un impact sur leur santé mais aussi sur leur vie au global, additionnée à la condition de ceux qui vivent à la rue, entraîne une stigmatisation et des inégalités d’accès aux dispositifs d’accompagnement. Effectivement, il existe très peu de lieux d’accueil et d’hébergement qui soient pleinement adaptés aux personnes alcoolodépendantes. Généralement, quand on leur demande de laisser leur addiction à la porte, ce qui leur rend l’accès plus difficile. Car pour certains, le niveau de dépendance est tel que cela leur est impossible. Ces personnes finissent par ne plus bénéficier d’aucune aide.

François Bregou : Ces patients font peur et il y a une grande méfiance vis-à-vis d’eux car les personnels de santé connaissent mal leurs problématiques et leurs enjeux. En effet, il est souvent très compliqué pour ces alcoolodépendants d’attendre patiemment dans une salle d’attente. Ils ont alors tendance à s’autoexclure du système de soin.

Comment et pourquoi est né le programme Marcel Olivier ?

François Bregou : Au départ, l’Espace Marcel Olivier avait été créé pour accompagner les sans-abris après un parcours de soin. L’idée étant qu’ils aient un lieu où ils puissent continuer de parler. Mais cela laissait de côté les personnes toujours dépendantes à l’alcool.  Nous avons alors décidé de faire évoluer l’espace pour accueillir les personnes en leur autorisant la consommation d’alcool sur place. Plus largement, le programme Marcel Oliver accompagne les personnes qui consomment de l’alcool pour leur permettre d’améliorer leur qualité de vie, notamment sur le plan de la santé. Il faut comprendre les mécaniques psychiques, les conséquences somatiques, etc… L’alcool est souvent une béquille pour ces personnes. Elles subissent des souffrances psychiques terribles qui les conduisent à l’auto-exclusion et l’alcool est là parfois pour atténuer ces souffrances et faire face aux difficultés quotidiennes.

Léo Cloarec : Selon les statistiques, sur l’ensemble de la population, 90 % des personnes dépendantes à l’alcool rechutent dans les 6 mois après une cure. En ce qui concerne les sans-abris, nous n’avons pas de chiffres mais je n’ose même pas imaginer le taux de rechute compte-tenu de leurs circonstances atténuantes. On voit les limites d’une approche uniquement basée sur l’abstinence. L’échec crée un sentiment de fatalité chez ces personnes avec un renoncement au soin.

Vous avez choisi pour cela d’appliquer le principe de la Réduction des Risques (RDR). Quelles sont les spécificités de cette approche ?

François Bregou : Avec l’intervention d’une psychologue-addictologue et de travailleurs sociaux, on aide ces personnes à exprimer leurs ressentis. On les accompagne dans la prise de conscience de leur rapport à l’alcool et de leurs conséquences. Ainsi nous les aidons à réduire par eux-mêmes les risques liés à leur consommation, même lorsqu’elles ne veulent pas ou ne peuvent pas arrêter totalement. En permettant la consommation, on ne juge pas et on peut alors plus facilement parler de l’alcool en toute transparence.

Léo Cloarec : C’est une démarche pragmatique et globale. On ne nie pas les bénéfices que recherche la personne à travers l’alcool. Ce n’est pas en opposition avec l’approche qui vise l’abstinence, c’est complémentaire. Pour commencer, avant d’engager une réflexion avec la personne accompagnée, on l’écoute, on fait en sorte qu’elle parvienne à exprimer ce qui la lie à l’alcool, grâce à des ateliers thérapeutiques et des groupes d’expression encadrés par une psychologue et une art-thérapeute. On cherche aussi en priorité à sécuriser la personne avant de viser le changement de ses pratiques. Cela signifie, dans un premier temps, offrir des espaces dans lesquels les personnes peuvent consommer en sécurité et accompagner les personnes qui subissent des sevrages non désirés (par exemple lorsqu’elles sont dans l’impossibilité de se procurer de l’alcool). Car un sevrage brutal peut être très dangereux, il peut mener au delirium tremens (1) voire à la mort. Une fois que la personne est engagée dans cette démarche de réduction des risques, alors elle peut décider ce qu’elle veut faire, en fonction de ses aspirations et de ses capacités.

(1) Complication du sevrage alcoolique. Il se caractérise par une hyperactivité du système nerveux autonome associée à une confusion, une désorientation, un délire hallucinatoire et, dans certains cas, la survenue de crises convulsives.

Merci à CareNews pour cette interview. L’intégralité est à lire ici.

©Beax

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Témoignage d’Armance, bénévole aux Captifs depuis deux ans

Armance, bénévole en tournées-rue (maraudes) dans le Bois de Vincennes nous parle de la rencontre à « Mains Nues », fondement de la mission des Captifs.

La rencontre à « Mains Nues »

« L’association Aux captifs, la libération nous invite à aller à la rencontre de l’autre les « mains nues ». C’est pour moi un des piliers les plus important de l’association car c’est une mise en mouvement, vers les plus fragiles et vers ma propre fragilité. Cet appel m’a conduite à m’interroger sur le sens du don et sur ce que je peux apporter au monde.

Comment accueillir l’autre ?

Comment être accueillie ?

Suis-je capable de l’écouter ?

Qu’est-ce que je peux bien partager ?

Après deux ans de tournées auprès des prostituées du bois de Vincennes, je n’ai pas l’impression d’avoir fait le tour de ces questions, car elles requièrent une relecture après chaque soirée.

Nos conversations avec les femmes sont très variées : échanges de renseignements, distractions ou réconforts au cours de leurs longues soirées, dialogues à cœur ouvert et parfois prières. Elles ont cependant en commun qu’elles nécessitent un abandon à la grâce que Dieu met dans nos cœurs. L’absence de prestation nous rappelle que le message le plus essentiel est le partage de l’Amour de Dieu. Cet amour inconditionnel et universel nous remet humblement à nos places d’enfants bien-aimés du Père. »

Nous avons besoin de votre aide !

Les Captifs ont besoin de vous pour continuer à écrire cette belle aventure et assurer une présence fondamentale auprès des personnes en situation de précarité ou de prostitution. Comme Armance, rejoignez la famille des Captifs !

Pourquoi faire du bénévolat aux Captifs ? Pour vivre une rencontre porteuse d’espérance. Devenir bénévole chez nous, c’est aller vers les personnes dans la rue ou les accueillir dans nos antennes ; c’est faire un chemin avec elle, les accompagner. Nous recherchons également des personnes qui souhaitent partager des talents particuliers avec elles (bricolage, informatique, jardinage, peinture, chant, partage d’évangile…) ou mettre leurs compétences au service de l’association (collecte de fonds, photos, juriste, comptabilité, recrutement…).

Un parcours de formations est proposé pour débuter et continue tout au long de votre engagement bénévole.

 

Merci à Armance pour son témoignage et son engagement à nos côtés.  

© Marine Clerc