3 questions à Elina Dumont

Anciennement sans-abri, Elina a connu l’enfer. Enfant de la DDASS (Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales), pendant une bonne partie de son enfance, elle est victime de viols à répétition dans le village normand de sa famille d’accueil. A 19 ans, Elina arrive à Paris où elle rêve de faire des études, c’est malheureusement pour elle le début de 15 longues années à la rue. Aujourd’hui très engagée dans la lutte contre le sans-abritisme, comédienne et membre des Grandes Gueules sur RMC, Elina nous raconte son passé et son engagement actuel.

Après 15 ans à la rue, vous l’avez quittée définitivement, comment ?

Pendant 15 ans, je ne savais jamais où j’allais dormir, je faisais des ménages, je dormais dans des squats ou chez des hommes que je draguais. Effectivement, mon enfance a laissé des traces et vous imaginez bien qu’après tant d’années abusée sexuellement, je n’étais pas à ça près. L’important c’était que je me nourrisse et que je dorme sous un toit. C’est triste à dire, mais c’est presque comme-ci ces personnes qui avaient abusé de moi m’avaient préparée à la rue.

Après des années de galère, c’est la rencontre avec l’écrivaine Marie Desplechin qui va changer ma vie. Cette femme m’a confié la garde de ses enfants en échange d’une chambre de bonne. C’est elle qui m’a sauvée, grâce à elle, j’ai compris que je n’étais pas un objet sexuel.

Par la suite, j’ai écrit ma pièce de théâtre, c’est le début de mon combat.

En effet, votre pièce, « Des Quais à la Scène », mais aussi votre livre, « Longtemps, j’ai habité dehors » sont des témoignages poignants des épreuves de votre vie. A qui s’adressent-ils et pourquoi ?

Je m’adresse principalement aux « inclus », dont je fais aujourd’hui partie, c’est-à-dire à monsieur et madame tout le monde. Je les invite à changer de regard, à moins juger et être plus bienveillants. Je les invite à écouter les exclus et à être solidaires.

Je m’adresse aussi au gouvernement, car mon combat aujourd’hui est de lutter contre l’exclusion et la grande précarité qui sévissent à Paris. Dans mon combat, j’aide particulièrement les femmes sans abris. Qu’elles n’aient plus à coucher pour avoir un toit.

Vous êtes engagée dans le réseau Entourage ainsi que dans d’autres association et vous intervenez régulièrement dans les Grandes Gueules d’RMC sur les questions sociales. Quel message y portez-vous ?

Je suis vice-présidente du comité de la rue pour Entourage, missionnée par la Région Ile-de-France pour lutter contre le sans-abrisme des femmes et marraine de beaucoup d’associations. Mais aussi membre des Grandes Gueules sur RMC comme intervenante sociale. Tous cela, me permet de dénoncer la pauvreté et les conditions de vie déplorables des sans-abris. Sachant qu’étant passée par là, je suis plutôt bien placée pour les connaitre et donc les dénoncer.

Paroles de Captifs : partez à la rencontre de nos bénévoles !

Aux Captifs, nous devons beaucoup à nos bénévoles qui s’engagent aux cotés des travailleurs sociaux. Deux d’entre eux ont accepté de témoigner de leur engagement et de nous donner leur point de vue sur « l’aller-vers ». Rencontre avec Cécile, bénévole en tournée-rue (maraude) et Vincent, résident bénévole à Valgiros notre colocation solidaire.

Cécile, 28 ans, travaille dans une agence de communication. Depuis plus de deux ans et demi, elle tourne toutes les semaines avec l’équipe de notre antenne du 10ième arrondissement ; Saint Vincent de Paul. Au fil des années et des tournées-rue, Cécile a tissé des liens avec les personnes qu’elle rencontre et c’est avec hâte qu’elle les retrouve chaque semaine : « Aux Captifs, on rencontre gratuitement et dans la fidélité, alors chaque semaine, on est toujours réellement contents de se retrouver ».

L’« aller-vers » lui fait penser à l’appel du Pape François qui nous pousse à aller au-delà de nos petits cercles habituels. Elle raconte : « On croise beaucoup de sans-abris à Paris, ils font partie de nos quotidiens, on les croise au coin de la rue, à la sortie du métro, et malheureusement on ne prend pas forcément le temps de les regarder et de s’arrêter à cause de nos vies bien souvent trop chargées. L’« aller-vers » implique de casser ces habitudes, de prendre le temps de la rencontre et de se risquer à rencontrer des personnes à cotés desquelles on passe habituellement très vite. ».

« Aux Captifs, on rencontre gratuitement et dans la fidélité, alors chaque semaine, on est toujours réellement contents de se retrouver ».

Cécile

Vincent, 23 ans, tout juste diplômé d’école d’ingénieur, est depuis quelque mois en année de fondation spirituelle au séminaire de Paris. En 2020, il a quitté Valgiros, notre Centre d’Hébergement de Stabilisation (CHS) après un an de bénévolat. « Ma mission au sein de la colocation solidaire était simplement d’être présent, un peu comme Dieu est présent à chacun de nous. J’étais là pour vivre avec d’autres colocataires et pour partager une vie commune. » nous explique-t-il.  A Valgiros, chacun apprend à s’édifier en vivant les uns avec les autres.

Pour lui, l’« aller-vers » c’est sortir de soi-même, de son confort et décider par exemple d’aller vivre un engagement concret plutôt que se mettre en colocation avec des copains de son âge. Pourtant, à Valgiros Vincent a vécu la vie fraternelle, comme avec des frères et sœurs : « Un peu comme dans une famille, on ne s’est pas choisi mais on choisit de s’aimer. ».

« Ma mission au sein de la colocation solidaire était simplement d’être présent, un peu comme Dieu est présent à chacun de nous. J’étais là pour vivre avec d’autres colocataires et pour partager une vie commune. »

Vincent

Être bénévole c’est partager des moments uniques, créer des liens forts, apporter une présence bienveillante et vivre une expérience enrichissante ! Les Captifs ont besoin de vous pour continuer à écrire cette belle aventure et assurer une présence fondamentale auprès des personnes en situation de précarité ou de prostitution.

Alors envie de rejoindre l’aventure Captifs ? N’attendez plus et envoyez votre candidature à : t.debeauregard@captifs.fr

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La danse comme thérapie, un chemin de libération du corps

Au-delà des besoins concrets, exprimés par les personnes, auxquels nos actions tentent aussi de répondre, l’association souhaite avant tout que chaque personne retrouve sa dignité. Les programmes de dynamisation permettent d’éveiller en profondeur cette dignité. Ils ont une place fondamentale dans notre accompagnement.

Dans le cadre de ces programmes de dynamisation, l’antenne Sainte Rita Bakhita propose 2 fois par mois aux personnes accueillies de participer à des ateliers de « danse comme thérapie ». Ces ateliers sont proposés par l’association Loba, dans le cadre de l’accompagnement des Captifs. Témoignages d’Héloïse Onumba-Bessonnet, thérapeute de l’association Loba, et de Lydia, personne accueillie qui participe à ces ateliers.

L’association Loba (“Exprime toi” en lingala) ; créée en 2016 le projet Re-Création by Loba qui met l’Art au service de la Santé. Le but de ce projet est de venir en aide aux femmes victimes de violences sexuelles mais aussi de sensibiliser le grand public sur les violences sexistes et sexuelles. Pour cela, l’association Loba propose dans le cadre de ce projet des ateliers de « danse comme thérapie ».

Effectivement, la danse est un outil d’émancipation et un moyen d’expression permettant aux personnes ayant subi des violences d’extérioriser leurs traumatismes et de se libérer.

Le modèle de Re-Création by Loba est basé sur la complémentarité d’un binôme entre un danseur et un thérapeute afin de permettre aux femmes de se réapproprier leur corps et de faire un pas vers leur reconstruction.

Héloïse, thérapeute pendant les ateliers de « danse comme thérapie » nous explique comment ces derniers se déroulent : « Les ateliers sont en 2 temps, un temps de groupe de parole et un temps dansé avec un spécialiste dans son domaine pour animer chacun des temps. Ainsi, je m’occupe d’animer le premier temps sous forme de groupe de parole, et ma collègue, danseuse professionnelle anime le temps dansé. Cette complémentarité est un chemin de libération pour ces femmes. En effet, quoi qu’on en dise, les violences sexuelles ont un impact aussi bien psychique que corporel. Elles créent une rupture qui déconnecte ces femmes de leurs corps. Grâce à la parole et au mouvement du corps provoqué par la danse elles reprennent le contrôle. Elles retrouvent une estime d’elles-mêmes. Pour la plupart, il est impossible de guérir de telles blessures, mais au moins, en partie grâce aux ateliers elles arrivent à vivre avec. ».

« Après l’atelier on se sent libérée, légère. On se sent heureuse, bien dans notre peau. »

Lydia

Pour Lydia, nigériane de 22 ans arrivée en France en 2018, aller aux ateliers Loba est une fête : « J’adore y aller, à chaque fois c’est un bonheur de retrouver l’équipe de Loba, mais aussi de partager ces moments avec mes amies. J’aime leur façon de nous parler, de nous écouter, mais aussi de nous pousser à partager entre nous. On danse, on rit, on se confie, on oublie nos problèmes, ces moments sont précieux. ».

Non seulement c’est une fête, mais c’est aussi une thérapie pour Lydia : « Ces ateliers nous permettent de nous exprimer, à la fois avec ce temps de parole mais aussi avec ce temps de danse. Après l’atelier on se sent libérée, légère. On se sent heureuse, bien dans notre peau. Ça nous fait tellement de bien, merci, merci à vous ! ».

Merci à tous ceux qui soutiennent ce projet : Fondation Sanofi Espoir, Fondation Notre Dame, Fondation Gratitude, et Fonds Après-Demain.

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À la découverte des tournées-rue, les maraudes des Captifs

Aux Captifs, les tournées-rue sont partie intégrante de notre ADN. Mais au fait, c’est quoi une tournée-rue ? Explications de l’antenne Sainte-Jeanne-de-Chantal, notre antenne du 16ième arrondissement de Paris pour le journal Paris Seize le mois dernier.

Il est 19 h. Les commerces ont déjà baissé leurs rideaux, couvre-feu oblige. Dans la rue, des passants et des voitures se pressent encore pour rentrer chez eux. Tout dans Paris va s’arrêter, comme depuis trop longtemps déjà. Tout ? Peut-être pas. La misère, elle, continue discrètement d’occuper les rues. Les Captifs restent donc mobilisés pour aider toutes ces personnes abîmées par la vie.

La tournée-rue : un engagement hebdomadaire pour tisser du lien

L’objectif de ces rencontres est simple mais profond : aller vers les personnes de la rue, « les mains nues » et dans la fidélité. La rencontre. C’est ce qui définit l’ADN de notre association, plus encore lors des tournées-rues, plus communément appelées maraudes, où tout repose sur la relation humaine. Pendant environ deux heures, chaque soir, un binôme fixe, à pied et qui suit toujours le même itinéraire, va à la rencontre de ceux qui dorment dans la rue, pour parler ou simplement échanger quelques gestes et regards quand la barrière de la langue est trop forte. Ni nourriture, ni vêtement, ni quelconque matériel à donner, seulement de la chaleur humaine.

Des rencontres pour discuter et rire, en toute simplicité

Ce soir-là, Clarisse et Marion, se retrouvent pour leur tournée-rue hebdomadaire. Clarisse a rejoint les Captifs en juin 2020 comme travailleuse sociale. Le jour, elle accueille tous ceux qui franchissent la porte de la première antenne de l’association située porte de Saint-Cloud. Son objectif consiste à faire de l’accompagnement social et éducatif pour rendre les accueillis autonomes et leur permettre de prendre leur envol. Mais là encore, c’est la rencontre qui compte avant tout.

Après quelques minutes de marche, les premiers « gars de la rue », comme nous disons affectueusement, sont en vue. Ils sont trois, bien connus. Les checks remplacent les traditionnelles poignées de mains : les consignes sanitaires sont bien respectées. Quelques canettes de bière aidant, l’ambiance est très joyeuse. Clarisse et Marion engagent la conversation. « On prend des nouvelles et on rigole ! ».

Entre confinement et couvre-feu, la misère ne doit pas être oubliée

Le binôme continue son itinéraire en s’arrêtant auprès de chaque personne rencontrée. Quand c’est possible, l’échange bascule même en langue étrangère. Ce soir, Marion démontre son excellente maîtrise de l’espagnol. Marion a rejoint les Captifs il y a un an comme bénévole. Elle avait envie d’une première expérience associative à côté de son travail dans une grande entreprise agroalimentaire. Elle aussi place cet engagement avant tout sous le sceau de la relation humaine. « En tournée, on n’a rien de matériel à donner et tout repose sur le lien. On ne peut pas occuper le temps en donnant quelque chose. ».

« Eux ils sont captifs, mais nous aussi ! »

La tournée-rue continue maintenant avenue Victor-Hugo. Le contraste entre la très huppée artère où se succèdent des boutiques renommées et les quelques campements de fortune s’abritant comme ils peuvent sous des porches est marquant. Les gens d’Europe de l’Est sont ici plus nombreux, souvent en couple d’ailleurs, limitant par la force des choses les échanges verbaux. Mais Clarisse et Marion n’en connaissent pas moins parfaitement tous les prénoms et sont capables de dire quelques mots sur chacun. La rencontre, toujours et encore. Pour elles, « il y a un vrai bonheur à voir ces personnes toutes les semaines. C’est important de montrer à ces gens qu’ils ont de la valeur. Avec le couvre-feu, certains se couchent très tôt désormais. On ne peut plus leur parler et ça nous attriste. Puis avec ces rencontres, on prend conscience de quelque chose, eux ils sont captifs, mais nous aussi. ».

Dans ces rencontres, il faut aussi savoir donner du temps au temps. Une réinsertion ne se décrète pas. Parfois, il faut plusieurs années avant qu’un sans-abri, régulièrement rencontré lors des tournées, finisse par accepter de devenir un « accueilli » en franchissant la porte d’une antenne de l’association. Ensuite, il faut que la demande de réinsertion vienne d’eux. Envisager une domiciliation, se bancariser ou créer un compte à la sécurité sociale ne peuvent pas être des actes durables sans un accompagnement humain.

Merci à Paris Seize pour ce bel article !

Evènement au Collège des Bernardins

Le samedi 29 mai à 15h se tiendra l’événement Art, Fragilité, Liberté au Collège des Bernardins. Mêlant musique, théâtre, danse, peintures, chant et poésie, ce spectacle réunira des artistes dont la plupart sont confrontés à des situations de fragilité, témoignant des liens entre art, dignité et liberté.

Dans l’isolement des prisons, dans la violence de la rue, dans la douleur de l’hôpital, dans l’enfermement du handicap, des artistes se révèlent et expriment ce que les autres ne peuvent imaginer. Que de chants, de poèmes, de peintures, de partitions peuvent nous partager ceux que la société maintient dans l’exclusion, le silence, l’absence ! Leur offrir une scène, leur inviter un public, c’est ce que, en lien avec nombre d’associations, propose de faire le Collège des Bernardins.

« Les Bernardins offrent une scène aux plus fragiles pour qu’ils manifestent aux yeux de tous combien l’expression artistique contribue à la restauration des corps, à la communion des cœurs, à la manifestation de l’inaliénable dignité de l’homme ouvert à la beauté. « Quand je suis faible c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 10). Que ce paradoxe de l’apôtre Paul nous donne à méditer et soutienne notre espérance. »

Mrg Michel Aupetit, Archevêque de Paris

Les Captifs sont partenaires de l’évènement, alors n’attendez plus et réservez vos places ici !

L’Atelier Bakhita chez vous !

Les Captifs ont créé l’Atelier Bakhita pour permettre à des femmes en situation d’exclusion de réapprendre un métier et de retrouver leur dignité par le travail. Elles créent sacs, maniques, tabliers… La vente de ces objets permet de leur verser un pécule. Aujourd’hui nous vous proposons de faire connaître autour de vous l’Atelier en vendant ces créations chez vous !

Les confinements successifs ont limité les réunions et les retrouvailles, et ils ont également limité les ventes et l’activité de l’Atelier Bakhita. Ainsi l’arrivée de l’été et du déconfinement peut être l’occasion de se réunir autour d’un projet qui a du sens. Nous vous proposons donc de faire d’une pierre deux coups et d’inviter vos proches chez vous, pour leur faire découvrir les réalisations de l’Atelier.

« Rassemblez votre entourage pour un projet qui a du sens ! »

L’Atelier Bakhita accueille six femmes qui, formées et guidées par une couturière, réalisent des objets et des commandes sur-mesure à partir de tissus qui nous sont donnés. Ainsi les femmes apprennent les techniques de la couture ainsi que le vivre ensemble et le cadre d’une ambiance de travail. Cela leur donne une perspective vers une régularisation, une formation et/ou un emploi. Soutenez ce projet vertueux en vendant leurs créations !

Comment faire pour organiser une vente chez moi ?

Vous choisissez la date et le lieu, et nous vous donnons le kit d’organisation d’une vente : le stock, le carnet de suivi des ventes, la caisse, le catalogue, les flyers et invitations…

Nous préparons ensemble votre événement jusqu’à sa réalisation puis nous en faisons le bilan ensemble.

Voici une belle occasion pour se retrouver à l’approche des beaux jours, qu’en pensez-vous ?

Si l’idée vous plait, vous pouvez contacter Florence de Driésen – f.dedriesen@captifs.fr – 06 30 28 53 08. V

Suivez-nous sur Facebook et Instagram !

Merci à tous ceux qui financent ce projet : Fondation Suez / Fonds Ayudar / Mutualité Française Île-de-France / Fonds Chœur à l’Ouvrage / Crédit Agricole CIB / Fonds Agir sa Vie / Fondation Véolia / Fondation Notre Dame / Etude Cheuvreux / Fondation Mutuelle Saint Martin

Mémoires de bénévole : aux côtés de Patrick Giros

Florence Bladier devient bénévole de l’association dès 1998. Autrefois médecin et maintenant à la retraite, elle s’engagera au fil de ces 23 années en précarité et en prostitution. Dans ce témoignage, elle évoque pour nous ses « mémoires » de Patrick Giros, fondateur des Captifs qu’elle a bien connu.

Son engagement commence à l’antenne Lazare, où là-bas elle accompagne de jeunes garçons qui ont approximativement l’âge de ses enfants. Plus tard, l’antenne de Paris Centre cherchera un médecin, Florence sera alors salariée des Captifs une journée par semaine pendant quelques années. Après cela, elle redeviendra bénévole pour s’engager à nouveau en tournées-rue et en permanences d’accueil dans plusieurs antennes. 

Florence se souvient de Patrick comme d’une « assez grande gueule » qui ne prenait pas de gants avec les gens : « Si on n’était pas content, on s’en allait. ». En effet, l’association était comme son enfant et il avait d’ailleurs beaucoup de casquettes à la fois : fondateur, père spirituel, collecteur de fonds …

« Mon église est vide alors que la rue est pleine de monde, il faut que j’aille les voir ! »

– Patrick Giros

Pour Florence, l’héritage important que nous avons de Patrick, ce sont les tournées-rue. Effectivement, c’est lui le premier qui a initié cette démarche « d’aller vers », car dans les années 80, aucune association ne faisait de maraudes. Elle le cite : « Mon église est vide alors que la rue est pleine de monde, il faut que j’aille les voir ! ».

Le Père Giros lui avait dit un jour : « Il faut consentir à son impuissance. ». C’est ce qu’il avait compris au fil des années et ce qui est le plus difficile à comprendre pour les salariés et bénévoles encore aujourd’hui. « Au début on se retrousse les manches et on se dit que ça va marcher, ça va bouger et puis ça ne bouge jamais comme on voudrait, ça ne va jamais vers les chemins vers lesquels on passerait nous. C’est toujours déconcertant. » témoigne Florence. Ainsi, c’est en partie lorsque l’on comprend cela que l’on peut tenir son engagement le plus longtemps possible. La preuve en est avec Florence et ses 23 années d’engagement aux Captifs.

L’importance de la mémoire chez les personnes en situation de précarité

Laury Lesueur est psychologue clinicienne, chargée de mission en addictologie depuis 2016 aux Captifs. Elle intervient sur le pôle précarité de l’association. Particulièrement exposée à la question de la mémoire avec les personnes accueillies, elle nous explique comment les accompagner dans une démarche résiliente.

Son travail s’articule autour de 4 missions. La première est la rencontre des personnes sur les temps d’accueil, pouvant être ensuite prolongée par un accompagnement individuel pour celles qui le souhaitent. La deuxième est le développement du partenariat avec les structures médicosociales spécialisées en addictologie. La troisième est l’accompagnement des bénévoles référents alcool. Et enfin, la quatrième mission de Laury est la formation des partenaires et des équipes internes aux questions d’addictions, de précarité et de santé mentale.

Les personnes rencontrées ont connu des expériences les ayant exposées à la violence psychologique et physique, à des accidents de vie, à des abandons et à des ruptures qui les ont fragilisées sur plusieurs aspects de leur identité et ont entamé leurs ressources à y faire face. Ces expériences ont généré une souffrance psychologique, pouvant aller jusqu’au développement de troubles psychiatriques.

Les traumatismes liés à ces expériences amènent les individus à mettre en place des défenses psychiques, plus ou moins opérantes. La mémoire qui se veut structurante, permettant de s’ancrer et d’écrire son histoire peut devenir source de souffrance et de troubles.

A la rue, 30% des personnes ont été confiées à l’Aide Sociale à l’Enfance… Comme nous l’explique Laury, « c’est le début d’une vie compliquée psychiquement à un moment où l’on construit des ressources pour faire face au monde ». Elles se construisent donc avec déjà des vulnérabilités. Certaines personnes arrivent à y faire face, d’autres non. Elles vont accumuler des accidents de vie, des problèmes d’insertion sociale et professionnelle. Cette accumulation d’épreuves met à mal l’individu et génère une souffrance supplémentaire liée à la violence d’origine sociale (la disqualification sociale).

« Stimuler la mémoire pour rechercher des ressources d’espoir et d’avenir »

« Notre rôle est d’aider la personne à expérimenter des relations dans lesquelles elle est reconnue en tant que sujet et respectée dans toute sa dimension. Ainsi, pourra-t-elle se réapproprier et /ou acquérir une confiance en elle, puis mobiliser ses ressources afin de se mettre en mouvement et amorcer une démarche résiliente. » 

 « On va stimuler cette mémoire pour chercher des sources d’espoir et d’avenir permettant d’écrire une nouvelle page de leur histoire » nous raconte Laury. L’idée est de puiser dans ce qu’elles peuvent mobiliser pour aller de l’avant et ne pas être condamnées à être enfermées dans un ici et maintenant, sans perspective, condamnées à la survie qu’impose la vie à la rue. Il s’agit de la mémoire vivante, celle qui permet d’accueillir de nouvelles expériences, d’être dans une posture résiliente. Et cela est possible, en partie grâce à l’altérité que l’on va proposer dans les rencontres, mais également grâce à la fidélité et à la gratuité de cette présence. Dans ces rencontres, « l’individu est sujet et quand je suis sujet, je peux désirer, je peux être acteur » conclut Laury.

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Qui est Sainte Joséphine Bakhita ?

Explications de Sophie Baché-Cougnon, Directrice du Pôle Développement pour l’association

L’Atelier couture Bakhita

L’Atelier couture Bakhita est ouvert à des personnes en situation de grande précarité. Pour la large majorité, il s’agit de femmes ayant vécu des parcours d’exil complexes, dont certaines ont pu être victime de traite. Leur parcours peut générer la stigmatisation et l’isolement. La plupart des couturières ont été rencontrées en tournées rues, puis ont fréquenté les permanences et ont participé aux activités de dynamisation jusqu’à ce qu’un projet d’insertion personnalisé soit travaillé.

L’atelier permet de faire tomber les barrières qui entravent le processus d’insertion sociale : rupture de l’isolement, apprentissage de la langue, compétence métier, mais aussi valorisation de l’estime de soi par le travail.

L’agrément OACAS (« Organisme d’Accueil Communautaire et d’Activité Solidaire ») permet de proposer une activité économique aux couturières accompagnées, éloignées de l’emploi. Ainsi les personnes de l’atelier reçoivent un pécule, ce qui leur permet de se projeter dans une activité rémunératrice hors de la rue.

Envie de se faire plaisir tout en faisant une bonne action ? Retrouvez notre catalogue 2021 ici.

Témoignage d’Emmanuel, personne accueillie de Paris Centre

Emmanuel et Aude, sa travailleuse sociale

Dans ce témoignage, Emmanuel nous raconte les événements marquants de sa vie. De ses années de rue, à sa vie actuelle, en passant par les retrouvailles avec son fils ; il nous livre son histoire à cœur ouvert.

Emmanuel a aujourd’hui 41 ans, il vit dans un appartement partagé entre volontaires et personnes sans-abris grâce à l’Association pour l’Amitié (APA) et il suit une formation de paysagiste grâce au dispositif Ateliers et Chantiers d’Insertion (ACI). Sa vie actuelle est stable et confortable, mais cela n’a pas toujours été le cas. Emmanuel sort de quatre longues années à la rue. 

Il a vécu ce que l’on appelle un « burn out », c’est-à-dire un état d’épuisement physique, émotionnel et mental. A l’époque, une accumulation d’événements vont le vider intégralement ; perte d’emploi, divorce, mauvaises rencontres … Il nous confie, « Du jour au lendemain, tu n’as plus envie de rien, tu ne manges plus, tu ne penses plus, alors tu abandonnes. Un matin, j’ai fait mon déménagement sur le trottoir, j’ai laissé tout ce que j’avais de matériel et je suis parti avec juste un sac et quelques photos. ».

Entre 2015 et 2019, Emmanuel passera ses nuits à marcher dans les rues de Paris, indéfiniment, sans s’arrêter et se réfugiera le jour dans un petit coin caché de l’église Saint-Gervais, pour se reposer à l’abri de l’agression permanente de la rue.

Pendant ces années de solitude, il a beaucoup de temps pour se plonger dans ses pensées et réfléchir à ses années de vie « normale » et une des choses qui lui fait particulièrement mal est de se dire que même s’il avait une famille et des amis, « le jour où tu disparais, personne ne te cherche, tu n’existes plus ».

« Mon fils va avoir 18 ans et la dernière fois que je l’ai vu il en avait 14, je dois rattraper le temps perdu tant qu’il en est encore temps !»

– Emmanuel

Un jour, Emmanuel a un déclic : il doit retrouver son fils. Il pensait à lui tous les jours et un jour il s’est dit qu’il fallait absolument qu’il le revoit, « Mon fils va avoir 18 ans et la dernière fois que je l’ai vu il en avait 14, je dois rattraper le temps perdu tant qu’il en est encore temps !».

Dès qu’il a eu son déclic, tout s’est enchainé très vite pour Emmanuel qui avec sa volonté de fer et l’accompagnement de sa travailleuse sociale Aude, a accompli un beau travail de réinsertion en à peine 1 an : une domiciliation, une formation, un travail et un logement.

Mais Emmanuel a surtout repris contact avec son fils et c’est tout ce qui compte. Il est très content de dormir au chaud, d’avoir un nouveau métier qui lui plait, mais le plus important c’est qu’il a retrouvé son fils, « Là demain, il peut m’arriver n’importe quoi, ce n’est pas grave j’ai retrouvé mon fils, je suis serein. »

L’accompagnement des Captifs qu’il considère comme sa famille d’adoption et l’envie de renouer avec son fils ont été un véritable moteur pour Emmanuel qui mène aujourd’hui une vie heureuse.