Témoignage de travailleur social

Les travailleurs sociaux sont essentiels dans l’accompagnement des personnes accueillies et sont cœur de notre action. Découvrez le témoignage d’Amel, travailleuse sociale depuis presque 4 ans aux Captifs.

Amel est salariée de l‘association depuis avril 2018. Elle est travailleuse sociale et coordinatrice des tournées-rue sur le secteur du bois de Vincennes.

« C’est-à-dire aller sur le terrain pour rencontrer les femmes qui sont en situation de prostitution au bois de Vincennes, présenter ce que l’association fait. Et une fois que ces femmes sont venues à l’antenne Sainte Rita (boulevard de Clichy à Paris), on commence l’accompagnement global : suivi administratif, juridique, ouverture des droits à la santé. C’est mon rôle de travailleuse sociale. 

Nos moments marquants, ce sont avec les parcours de sortie de prostitution. On annonce que la commission est passée et que le dossier a été accepté (ce qui veut dire que la personne peut rentrer en parcours de sortie de prostitution). Là c’est vraiment une explosion de joie. Elles comprennent que c’est le début de leur vie légale en France. Elles vont pouvoir travailler etc. C’est très fort en émotion pour elles et pour nous aussi !

Pour finir, ce qui est assez propre aux Captifs, c’est le côté famille qu’on ne retrouve pas dans les autres structures. On ne met pas de limite très cadrée, on va dans l’accompagnement global. On va être avec elles dans tous les moments de leur vie en fait.»

L’association recrute !

Vous aussi, vous souhaitez mettre vos compétences professionnelles au service d’une cause qui vous touche? Rejoignez Aux captifs, la libération et participez à une aventure unique et humaine !

Vous avez une formation de travailleur social (éducateur spécialisé, assistant social…) ou une expérience du travail social, et savez accompagner les personnes rencontrées dans une approche globale. Vous aimez le travail en équipe.

Vous savez créer un lien de confiance avec les personnes de la rue grâce à votre sens de l’écoute, votre adaptabilité. Vous partagez les valeurs et le projet de l’association.

N’hésitez plus et postulez en adressant votre CV et votre lettre de motivation à rh@captifs.fr

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La coloc’ solidaire de Valgiros rénove ses cuisines

Dix ans après l’inauguration de la colocation solidaire Valgiros, l’association Aux captifs, la libération a rénové les cuisines partagées du bâtiment, situé rue de Vaugirard (Paris 15ème). Un coup de neuf bienvenu pour ces espaces de vie, au cœur des échanges de cette colocation pas tout à fait ordinaire, financé grâce à la générosité des mécènes.

À Valgiros, tout se passe en cuisine. En effet, dans cette maison qui héberge à la fois des personnes ayant connu la grande exclusion et de jeunes actifs, chaque lundi soir dans les différents étages, le repas partagé – préparé par l’un des résidents – est le point culminant de la vie commune entre les colocataires. Après dix ans d’utilisation, ces cuisines avaient bien besoin d’être rénovées et grâce à la générosité des donateurs et des partenaires financiers, le chantier a pu être mené à bien.

Au printemps 2021, une campagne de financement participatif a été lancé sur la plateforme Les Petites Pierres – dont la fondation abonde les montants récoltés afin de soutenir l’habitat en faveur des personnes les plus exclues : 7 500€ ont ainsi pu être acquis. C’est ensuite la Fondation Saint Gobain, en septembre, qui a choisi de s’engager aux côtés des Captifs pour financer les travaux et l’achat de nouveaux meubles et d’équipements pour compléter le budget. Fin 2021, les travaux ont donc été menés dans les cuisines des 2ème et 3ème étages.

La maison est donc désormais fin prête pour accueillir les futurs repas et échanges. Pour rappel, Valgiros est un centre d’hébergement original qui a vu le jour en 2010, sous forme d’une colocation au cœur du 15ème arrondissement de Paris. Au total, 21 personnes, hommes et femmes, passées par la rue ou la prostitution et 9 bénévoles, jeunes actifs, y vivent ensemble au quotidien, répartis sur 4 étages.

À Valgiros, les résidents – qui sont orientés par le 115 – s’engagent dans une vie commune avec des bénévoles étudiants ou en activité professionnelle désireux de vivre la proximité avec les personnes de la rue. En parallèle des activités de rencontre, d’accueil et d’accompagnement de l’association Aux captifs, la libération, l’objectif est de proposer un habitat adapté aux personnes ayant connu la grande exclusion sociale et de permettre la reconstruction des repères fondamentaux grâce à une prise en charge globale : hébergement en colocation, accompagnement social, accès aux soins et activités de remobilisation.

Comme dans toute colocation, c’est la cuisine qui cristallise la convivialité, vecteur d’insertion pour ces personnes qui se reconstruisent. Les repas sont l’occasion d’échanges informels, souvent bien loin des suivis d’ouverture de droits et des démarches administratives. Au contact de jeunes bénévoles dynamiques, ces femmes et ces hommes isolés ayant connu de grandes difficultés, réapprennent le partage d’une simple vie en commun, avec ses exigences et ses joies, ses moments de fraternité et ses tensions. Le repas est le lieu de toutes les rigolades, des histoires de chacun et des confidences autour d’un verre. C’est le lieu où l’on passe, où l’on se retrouve en fin de journée ou au petit matin. Le tableau des tâches qui y trône définit les contours et les règles de ce mélange improbable de parcours de vie.

Dans le but d’offrir un habitat digne et convivial que les résidents puissent s’approprier, il était urgent de remettre à neuf ces espaces de vie afin qu’ils soient propices à de tels échanges.

Belle coïncidence, c’est l’équipe de l’atelier d’insertion « OACAS* Bâtiment », également portée par l’association, qui a mené les travaux. Les six « compagnons » ont réalisé, d’octobre à novembre, la réfection complète des deux cuisines et du couloir du premier étage. Enduit, peinture, rebouchage, dépose des meubles de cuisines : trois semaines ont suffi à toute l’équipe pour assurer un cadre convivial aux résidents, sous la direction d’un chef de chantier.

Fin des travaux le 8 novembre 2021. Un immense MERCI à la Fondation Saint Gobain, à la plateforme de financement participatif Les Petites Pierres, ainsi qu’aux particuliers qui nous ont soutenu à travers cette dernière dans ce projet.

*Organisme d’Accueil Communautaire et d’Activités Solidaires : statut de l’atelier permettant d’engager des personnes précaires et sans papiers dans une démarche de réinsertion professionnelle

« Youri c’est l’histoire d’un trésor caché, enfoui »

Lettre lue par Hélène – éducatrice aux Captifs – à Youri, un ancien de la rue, accompagné par les Captifs, lors de ses obsèques le 21 octobre 2021. Youri avait reçu le baptême en 2019 et il avait choisi Hélène, travailleuse sociale à Valgiros où il résidait, comme marraine.

Cher Youri,

Quand Véronique* m’a téléphoné il y a quelques semaines pour me dire que ça allait mal, je me suis dit Youri c’est un guerrier, ce n’est peut-être qu’un mauvais moment à passer. Puis, quand je t’ai eu au téléphone, ta voix était faible, fatiguée. Déjà lointaine. Tu m’as dit : ce n’est pas grave de mourir, je vais ressusciter. Alors mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai compris que c’était sans doute ton dernier combat.

Quand je suis arrivée à Valgiros, tu y étais déjà depuis au moins un an, grâce aux bons soins de M et Madame Lebreton et de Pierre Jamet, à l’époque directeur. Tu avais 45 ans je crois. Je me souviens d’un homme brun avec de grands yeux bleus, le regard un peu perdu, qui prenait des cuites apocalyptiques, provocateur mais drôle, qui fumait des JPS et avait une collection de cartes postales qui en disait long sur l’attachement que tu inspirais. Tu étais une vraie anguille lors de nos entretiens et tu bottais souvent en touche face à mes questions. Alors j’apprenais à composer et à négocier… Eh oui, toi et moi ça a commencé comme ça. Une rencontre ordinaire, au travail, qui devient une amitié si spéciale. Puis tu as pris ta place à Valgiros. Tu es allé aux séjours, aux repas, aux entretiens, aux réunions. Tu vivais ta vie. Et une vie pleine d’instants de bonheur. Il y en a eu tellement que chacun, ici, je pense, a une anecdote sur toi qu’il pourrait raconter. Que ce soit sur ton humour, ta capacité à bouleverser tout autant qu’à agacer, tes DVD, Maître Gims, la pêche et que sais-je encore… Pour ma part je ne sais pas pourquoi mais je t’entends encore me dire, d’un air taquin lors de mon tour des étages le lundi matin, que l’équipe sociale ne fiche rien et qu’on devrait être au boulot à 8h et pas à 10h… Sauf qu’à 10 heures, tu m’attendais toujours. Et que j’aimerais bien que tu sois encore là pour me reprocher ça.

Puis vint cette première annonce de ton cancer pour lequel tu te fis opérer. Tu vécus une courte rémission avant de rechuter, ayant des métastases. Commencèrent alors les chimios avec ses effets secondaires, une fatigue terrible, des troubles alimentaires, un nouveau rapport aux autres et à la vie, à ta famille dont tu commencé à me parler souvent et à laquelle je pense particulièrement aujourd’hui. À la Foi en Dieu. Tu traversais des périodes d’abîmes, de souffrances du corps et de l’âme que tu affrontais courageusement, comme tu pouvais. Et parfois, quand vouloir ne te suffisait plus à tenir, sans plus pouvoir. Et ce n’est pas grave ne plus pouvoir.

Le basculement se fit aussi lors de ton séjour à Fratello, avec le pape, à Rome. Tu t’y inscris et tu reçus le sacrement des malades avec le Cardinal Barbarin. À ton retour à Paris, tu commenças à me parler de ton désir d’être baptisé et que je sois ta marraine. Encore une fois je ne savais pas trop où j’allais, mais j’y allais avec toi et à la grâce de Dieu. Puis vint le jour de ton baptême que je n’oublierai jamais.

Youri c’est l’histoire d’un trésor caché, enfoui. La beauté d’une âme qui demande d’aller voir au-delà des apparences pour créer une amitié et se laisser faire sans comprendre, pour lui donner une chance d’exister. Et pour trouver un trésor, il faut creuser, longtemps. Il faut choisir les bons outils. Il faut enlever les mauvaises herbes, puis les pierres et la terre. Mettre de l’eau pour qu’il soit plus meuble. Creuser encore. Parfois on creuse tellement qu’on a mal aux mains, on saigne, on pleure parce qu’on trouve des choses qui nous plaisent moins, des bêtes qui nous piquent et nous mordent. Alors on se demande où est le trésor qu’on avait cru voir. Il faut alors retrousser ses manches, être patient, veiller sur deux cœurs en même temps, le sien et l’autre. Il faut trouver des lumières pour s’éclairer quand on ne voit plus comment avancer et se reposer pour ne pas faiblir. Ne rien lâcher. Et un jour, quand on ne s’y attend pas, on trouve le trésor. Ou c’est lui qui vous trouve et vous choisit pour vous emmener là où vous ne savez pas.

Youri, ton départ me cause un chagrin immense tout autant qu’il m’apaise puisque tu es délivré de tes maux. Et j’ai une pensée reconnaissante pour tout ceux qui ont adoucit tes derniers instants. Pour les absents qui, d’une manière ou d’une autre, forment avec nous une assemblée qui te rend un dernier hommage.

Et puis je voulais te dire merci. Pour ta confiance, ton courage et la joie que tu nous as procurés ! Merci de m’avoir montré que l’amitié est sacrée. Qu’elle est une rencontre merveilleuse, avec ses hauts et ses bas et un risque à prendre qui en vaut la peine. Que les plus belle d’entre elles sont celles qui nous élèvent et nous libèrent. Celles enfin qui nous rendent vulnérables jusqu’à en pleurer un jour, quand l’ami s’en va. Et on sait qu’il ne reviendra pas. La mort est une séparation qui nous laisse sans mot pour exprimer notre chagrin. Alors ces mots qui restent en nous, s’en vont hurler au fond de nos âmes et deviennent des prières.

Jésus aussi est mort. Il a fait le premier pas vers l’homme et lui a donné sa vie pour que son amitié soit avec lui possible, pour que l’homme puisse toujours Le rencontrer, même au crépuscule de sa vie. Toi, tu as choisi ce risque de la rencontre avec ce qu’elle implique. Et la plus belle rencontre, celle avec Dieu, tu viens de le faire.

Alors sois en paix, avec Mimo et Maurice qui t’ont précédé et que tu as rejoints. Et puisque tu es vivant et tout près de Dieu, demande-lui pour nous qu’Il nous dise lui-même ce qu’Il veut que nous soyons pour Lui et pour nos frères.

*Véronique est la directrice de la Maison Valgiros, colocation solidaire, dans laquelle Youri a vécu ses derniers jours.

« Grâce à vous je suis en paix »

Sandra est une personne transgenre : née dans un corps d’homme, elle se sent pleinement femme et souhaite être considérée comme telle. Sur sa route mouvementée, du Pérou à la France, en passant par les années sombres de la prostitution en Italie, Sandra a croisé la route des Captifs. Aujourd’hui, dans la confiance et comme un cadeau, elle nous partage son histoire à cœur ouvert.

Auxiliaire de vie auprès des personnes âgées en région parisienne, Sandra souhaite qu’on l’appelle par le prénom qu’elle s’est choisi. Son histoire a démarré au Pérou au sein d’une famille nombreuse catholique particulièrement croyante. Née dans un corps de garçon, à 6 ans, ce sont les robes de sa sœur qui l’attirent. Ses frères, qui surprennent ses séances de déguisements, vont commencer à l’humilier et l’insulter de façon quasi permanente : le début d’années de calvaire. Ses attitudes féminines et son orientation sexuelle dérangent. Sandra, très croyante, confiera sans cesse dans ses prières cette question : « Seigneur, pourquoi m’as-tu faite ainsi si personne ne m’accepte telle que je suis ?  Suis-je venue au monde pour souffrir ? ». A 16 ans, c’en est trop, sa décision est prise :  quitter le foyer familial pour une vie meilleure.

Pendant quelques années Sandra travaille dans un salon de coiffure, fait des ménages puis se forme à la coiffure. Ce métier lui plait, mais l’appel de l’eldorado européen est plus fort. Même si Sandra sait que c’est probablement la prostitution qui l’attend, la motivation de l’argent domine notamment dans l’espoir d’envoyer de l’argent à sa famille, tant aimée malgré tout.  

En 2006, Sandra arrive en Italie et découvre « le trottoir ». Trois ans, là encore, d’humiliations et d’insultes, auxquelles s’ajoutent des agressions à répétition. « La prostitution peut être très violente… Ce n’était pas une vie et j’ai donc décidé de quitter l’Italie pour la France ». L’espoir de repartir à zéro, de tout recommencer.

En France, Sandra rencontre l’association Arcat qui la forme à langue française et au métier d’auxiliaire de vie. Six mois plus tard, juste après sa formation, Sandra décroche un CDI, et ce malgré sa transidentité. La fierté inonde son visage : « Tout mon entourage me disait que je n’avais aucune chance de trouver un métier, que personne ne voudrait employer quelqu’un comme moi, et bien j’ai prouvé le contraire ! ».

« Les Captifs, vous êtes mon libérateur ! C’est grâce à vous que j’ai trouvé la paix. ».

Sandra

Il y a 5 ans, Sandra rencontre les Captifs grâce à une amie, elle-même accompagnée par l’association ouverte aux parcours comme le sien. « Les Captifs, vous êtes mon libérateur ! Même si je n’oublierai jamais le travail qu’à fait Arcat pour moi, c’est grâce à vous que j’ai trouvé la paix, vous êtes mon soutien spirituel. » nous révèle Sandra.  

Avec les Captifs, deux moments particulièrement forts restent gravés dans son cœur. Tout d’abord à Lourdes, en 2019, où Sandra nous confie y avoir été « libérée et réparée » de ses années de prostitution. Là-bas, le sanctuaire propose aux pèlerins d’être baignés dans l’eau de la source en provenance de la grotte des apparitions. Après un bain dans une des « piscines », Sandra s’est sentie comme nettoyée de toutes les agressions et insultes subies qui la rendaient « sale », selon son expression.

L’année suivante, c’est en sortie à Disneyland que Sandra se sentira à nouveau « libérée et réparée ». Là-bas, en l’espace d’une journée, la sensation d’avoir rattrapé toutes les années de souffrance de son enfance l’envahit. Une enfance qu’elle dit volée : « Un enfant doit rire, s’épanouir, s’amuser et non pas pleurer toute la journée et se détester comme je le faisais. A Disney j’étais comme une gamine, épanouie, bien dans sa peau et pleine de joie ! Alors merci les Captifs, grâce à vous je suis en paix. ».

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Un Tour de France en auto-stop solidaire !

Voici l’histoire d’un jeune homme bien déterminé à réaliser un projet un peu fou : faire le tour de France en auto-stop. Et au travers de la découverte de nos régions, il n’en oublie pas les valeurs de générosité et de fraternité.

Théo, 22 ans, est originaire de Chemillé-en-Anjou, près d’Angers. Fin août 2021, il entreprend de boucler un sac de 17 kilos et de partir à la découverte des recoins de l’Hexagone. Avec une particularité : il s’agit d’un tour de France en auto-stop, en suivant les limites géographiques de la métropole. Ce sont donc plus de 6000 kilomètres qui attendent notre jeune courageux.

Arrivé sur les côtes Normandes, Théo contacte les Captifs. Il se dit que son périple pourrait très bien aider une « bonne cause ».

« Au début, je voulais partir pour découvrir la France que je ne connaissais pas bien » assure-t-il. « Mais des personnes que je rencontrais en stop ou qui m’ont proposé un hébergement me demandaient si je faisais ça pour soutenir une cause. J’ai donc cherché une association et je me suis rapproché des Captifs qui favorisent la rencontre avec les personnes précaires ».

La rencontre, c’est le quotidien de Théo. Entre les parcours en auto-stop et les nuitées chez l’habitant, Théo s’enrichit des rencontres qu’il tisse.

Les choses ne sont en revanche pas toujours simples : Théo est parfois obligé de marcher de longues heures quand aucune voiture ne veut le prendre. Et bien souvent, faute d’hébergement proposé, il est amené à planter sa tante dans les coins d’herbe en ville ou en milieu rural pour passer la nuit.

Après 30 jours, il a déjà parcouru 4200 km, dont 500 à pied !

Nous à souhaitons à Théo une bonne route et de belles rencontres en chemin.

Vous souhaitez soutenir Théo dans son parcours et participer à sa collecte pour les Captifs ?

Retrouvez le parcours de Théo sur les réseaux sociaux :

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A Paris, une maison dédiée à l’accueil des migrants

La Maison Bakhita (Paris, 18e arr.) ouvre ses portes à tous pour son inauguration le samedi 25 septembre, à l’occasion de la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2021. La Maison Bakhita est un projet du diocèse de Paris dont la vocation est d’accompagner et de soutenir les personnes migrantes et tous ceux qui s’engagent à leurs côtés. Parmi les acteurs du projet, une partie de l’équipe des Captifs ! Les ouvriers de l’atelier bâtiment, qui ont réalisé les peintures, et les membres de l’Atelier de couture Bakhita qui vient de s’y installer. Visite guidée.

 « Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer toute personne migrante (…) un devoir de justice, de civilisation et de solidarité ». En 2017, le Pape François lançait un appel à tous. Quatre ans plus tard, son message a pris forme, à Paris, au sein des murs de la Maison Bakhita, au 5ter rue Jean Cottin (18e arr.). Un lieu baptisé en hommage à la sainte Joséphine Bakhita, ancienne esclave, et sera dédié au sujet de l’accueil des migrants. Hébergement d’associations, formations, événements, actions de sensibilisation : le lieu sera un carrefour fécond pour les échanges.

Dans les coulisses du projet, et en première ligne parmi les occupants, notre association Aux captifs, la libération. En effet, toutes les peintures de la maison ont été réalisées par les ouvriers de l’OACAS peinture (atelier de pré insertion par l’emploi) accompagnés par l’association – personnes en situation de précarité ou d’exploitation sexuelles, sans papier – et parmi les résidents permanents, les femmes en formation couture au sein de l’Atelier Bakhita. Leurs machines à coudre sont installées au 2e étage du bâtiment, dans un espace très lumineux. « Nous sommes ravis d’avoir pu installer l’Atelier Bakhita ici, explique Florence de Driesen, sa responsable. Ici, cinq femmes sans papiers, victimes d’exploitation sexuelle, sont formées à la couture par une professionnelle. Leurs réalisations seront vendues au public qui passe, mais aussi dans les entreprises partenaires de l’association, ou chez les particuliers qui souhaitent nous aider ».

L’argent récolté grâce aux ventes est reversé sous forme de pécules à ces femmes, qui retrouvent le plaisir d’un travail qui les rend fières. « L’Atelier Bakhita m’a donné un rythme de vie régulier, commente Tina. Je me lève désormais de bonne heure pour venir faire une journée de travail « comme tout le monde ». Cela me permet « de me préparer pour l’avenir », lorsque je serai en formation ou que j’aurai un travail, le rythme de vie sera déjà en place. Cela me rassure. »

La Maison Bakhita sera un lieu de passage, qui facilitera l’intégration des couturières. Ingrid s’en réjouit « C’est importance d’entendre parler français et de pratiquer chaque jour le français. J’ai le sentiment de m’améliorer. » L’Atelier accueillera également des femmes accueillies par l’association, pour des ateliers d’initiation à la couture, afin de poser un premier pas sur le parcours de sortie de prostitution.

Si vous souhaitez visiter l’Atelier Bakhita, et la Maison dans son ensemble, venez samedi 25 septembre à partir de 14H à l’inauguration. Inscription obligatoire au préalable :

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSe9BLsYeya0Lc6t_gn-LJu0bIPHDFvqgD5tj3RzjmsNpze7PA/viewform

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« Les pauvres peuvent-ils nous apprendre la fraternité ? » : interview de Thierry des Lauriers

Jeudi 9 septembre, Thierry des Lauriers, directeur général de l’association Aux captifs, la libération, était invité sur Radio Dame, dans le cadre de l’émission En quête de Sens. Il a témoigné sur le thème « Les pauvres peuvent-sil nous apprendre la fraternité ? », aux côtés de la responsable communication de l’association Lazare et des directeurs de l’association Misericordia à Aubervilliers.

Son intervention a permis de rappeler la mission des Captifs auprès des plus exclus et la vision de l’association qui favorise la fraternité. « C’est parce que l’on vient à mains nues, et qu’on n’a rien à apporter, que l’on peut recevoir » a expliqué Thierry des Lauriers. Il a partagé un souvenir fort, lors d’une tournée rues dans le Bois de Boulogne. « C’était l’été, il faisait chaud… et c’est la personne que nous étions venue voir qui nous a offert une bouteille d’eau à chacun. Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir… Pourquoi priver l’autre de cette joie ? »

ECOUTER L’INTERVIEW :

Accompagnement des personnes alcoolo dépendantes : quelles voies de libération ?

Témoignage de Léo Cloarec, responsable de l’Espace Marcel Olivier (EMO, Paris 9e), qui accompagne les personnes accueillies pour se libérer des conséquences négatives de leur alcoolo dépendance. Au sein de l’association, l’EMO développe un modèle d’accompagnement des personnes de la rue consommatrices d’alcool, pour les aider à réduire les risques liés à leur consommation au quotidien, et notamment pour leur santé. L’objectif de ce programme n’est pas forcément le sevrage et l’abstinence mais d’abord une amélioration de leur qualité de vie.

Léo Cloarec, 28 ans, travaille depuis presque 3 ans aux Captifs. Son rôle ? Veiller au bon fonctionnement de l’Espace Marcel Olivier et de toutes les activités qui s’y déroulent. En tant que responsable de l’EMO, il encadre tous les jours une équipe de 3 personnes. 

L’EMO, comme les « gars » l’appellent est un lieu ouvert tous les matins du lundi au vendredi, 9 rue Bergère à Paris (9e). Chaque matin, Léo et son équipe y accueillent entre 15 et 30 personnes, toujours un peu les mêmes, qu’ils sont heureux de retrouver jour après jour. Au programme :  petit déjeuner, jeux de cartes, repos dans les canapés, pauses cigarettes et surtout discussions. Ici, sont partagées expériences et confidences… car l’EMO est avant tout un lieu d’accueil sécurisant pour les personnes accueillies. Elles peuvent y consommer de l’alcool en réduisant les risques associés à leur consommation (chutes, déshydratation, manque d’alcool, stigmatisations…). Ici, elles sont en confiance et se sentent bien entourées dans un cadre bienveillant : « Vous êtes comme la famille » disait une personne accueillie à Léo.

Parmi les missions de Léo, coordonner, 2 à 3 fois par semaine des ateliers en parallèle de l’accueil. Ces groupes de parole, d’art thérapie ou d’expression spirituelle sont autant d’occasions pour les personnes accueillies de se libérer des conséquences négatives de leur alcoolo dépendance. « La combinaison d’activités, d’ateliers, de temps d’écoute et de partage ont un impact libérateur pour les personnes accueillies » explique Léo. Naturellement, les accueillis réduisent leurs volumes de consommation sur le temps d’accueil. Grâce au cadre sécurisant, instinctivement, ils ressentent moins le besoin de boire que lorsqu’ils sont dehors. L’autorisation de la consommation et le cadre bienveillant permettent une libération de la parole autour de la question de l’alcool et des représentations que les consommateurs ont d’eux-mêmes. A l’Espace Marcel Olivier, tous apprennent à se définir autrement que comme alcooliques, ils sont avant tout des personnes.

« Naturellement, les personnes accueillies réduisent leurs volumes de consommation sur le temps d’accueil. »

– Léo, responsable de l’EMO

L’EMO est devenu un lieu de référence pour certaines personnes accueillies qui parfois accèdent à un accueil de jour et un espace de vie en communauté pour la première fois de leur vie et ce malgré leur alcoolo dépendance.

Ce lieu est aussi source de libération simplement pour les liens que l’on peut y tisser. Léo témoigne « Nous sommes très proches des personnes rencontrées car effectivement, à force de se voir tous les jours pendant parfois des années, un sentiment d’amour mutuel se crée et je dirais que réellement nous nous élevons mutuellement. Ces personnes nous font grandir au quotidien, alors merci à elles ! ».

Merci à tous ceux qui soutiennent ce projet : Fondation Notre Dame / MILDECA / Fondation Marie-Eugénie Rose Fondation Nehs Dominique Bénéteau / MMPCR / ARS Île-de-France / Fondation Sarepta

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Prostitution à Paris : des victimes de traite des êtres humains au cœur des rencontres

Au sein de notre association – Aux captifs, la libération – nous rencontrons et accompagnons des personnes en situation de prostitution « forcée ». Aujourd’hui, cette forme de prostitution se répand dans le cadre de la Traite des êtres humains (TEH), forme d’esclavage moderne, qui tend à supplanter la prostitution dite « traditionnelle ». 

Cet esclavage moderne implique le recrutement au-delà des frontières, le transport, ainsi que le logement des victimes à des fins sexuelles (dans 92% des cas). En Europe, 98% des femmes et jeunes filles victimes de cette traite humaine sont des Nigérianes. Contraintes au silence par leur proxénète, leur seule échappatoire consiste à rompre la promesse faite au « Ju-Ju » (rite vaudou) avant le voyage et à se rapprocher des structures associatives, capables de leur venir en aide. Explications de Solonika Lee, travailleuse sociale aux Captifs.

La prostitution forcée comme monnaie d’échange

La promesse d’un emploi, quelques mots doux et le tour est joué pour la Madam, médiatrice des proxénètes. Elle-même victime de ces derniers, elle recrute d’autres femmes et les accueille en Europe afin de régler plus rapidement sa propre dette.

Au cours d’un rite, la Madam et la fille fabriquent un « Ju-Ju », objet spirituel venant d’Afrique de l’Ouest souvent associé à la poupée vaudou, qui deviendra le symbole du contrat liant l’engagement de la fille à la Mama. La tradition veut que si une quelconque rébellion de la part des victimes naît, si elles ne règlent pas leurs dettes, si elles ne rapportent pas assez d’argent, si elles refusent de travailler ou tentent de s’émanciper, l’esprit malin du « Ju-Ju » les poursuivra tout au long de leur vie, les menant à la maladie, à la folie et parfois à la mort.

Pour ces femmes victimes de traite, c’est une fois arrivées en Libye que le calvaire commence ; « Elles sont violées mais elles ne se rendent pas compte encore qu’elles vont devoir se prostituer. Elles se disent que c’est un mauvais moment à passer et voilà. » explique Solonika. Ensuite, après un énième changement de passeur, les victimes arrivent en Europe où 35 000 € leur sont demandés. C’est à ce moment-là que la Madam rappelle la promesse faite au « Ju-Ju » et le risque qu’encourt leurs familles restées au Nigéria. La seule manière d’y échapper est de se prostituer afin de rembourser cette dette.

L’accompagnement des Captifs

Solonika Lee est travailleuse sociale à l’association Aux captifs, la libération depuis bientôt 4 ans et travaille principalement sur le secteur des maréchaux au Nord de Paris, allant de Porte de Clichy à Porte de la Chapelle en passant par Château Rouge. Son travail consiste à faire des tournées-rue (maraudes), pour rencontrer les personnes en situation de prostitution. Mais également à accompagner ces personnes et leur proposer si elles le souhaitent des activités et un suivi social au sein de l’antenne située à Sainte-Rita (Paris 9e). Parmi les activités, les femmes ont l’embarras du choix : de la simple permanence d’accueil à l’atelier d’art-thérapie, en passant par des sorties culturelles ou des cours de Français.  

Dans le cadre de leur accompagnement social, ces femmes ont la possibilité de suivre un parcours de sortie de prostitution (PSP) qui leur donne accès à des droits spécifiques : autorisation de séjour temporaire avec permis de travail, allocation financière spécifique, priorité pour les demandes d’hébergement. Sachant qu’Aux captifs, la libération est une des seules associations où les victimes n’ont pas à dénoncer les trafiquants, les femmes accueillies s’y sentent particulièrement en confiance.

Merci à Re-création by LOBA pour le recueil de ce témoignage à lire en entier ici.

Et merci à l’ARS Île-de-France, à la Fondation Sanofi Espoir, à la Fondation Notre Dame et à la Fondation Gratitude de financer ce projet.

Interview de Bertrand Galichon, médecin urgentiste

Le docteur Bertrand Galichon est responsable adjoint
des urgences de l’hôpital Lariboisière à Paris.
C’est grâce à sa grande contribution que le projet
Maquéro de l’association (tournées-rue pour
les malades psy) a pu voir le jour.

En tant que médecin, quand un malade arrive aux urgences, sur quoi se porte votre attention ?

Il me paraît fondamental de distinguer soin et traitement. En ayant traité la raison de la venue d’un malade aux urgences, on a fait qu’une partie du chemin du soin. En effet, le malade accueilli aux urgences est avant tout une histoire. Il nous faut comme médecins pour un soin ajusté tout d’abord écouter cette histoire. Il est essentiel d’écouter l’anamnèse de l’évènement qui amène le malade. De quoi sa vie est-elle constituée ? Quelles sont les tensions qui la traversent ? Quelles sont les raisons d’inquiétude, d’espérance ? Le malade vient poser son sac pour que nous l’aidions à le ranger, l’épurer pour pouvoir le porter à nouveau. Le malade et son histoire sont uniques. Ils forment une unité. Le malade vient nous la confier car blessée. C’est bien elle, cette dignité ontologique qu’il nous faut panser, remettre en perspective. Le malade quel qu’il soit se pose toujours la question du pourquoi. Mais très vite arrive celle du pronostic qui cache celle du « pour quoi » faire, donc celle du sens dans toutes les acceptations du terme. Le malade devient le patient quand il aura intégré cet événement dans sa biographie, dans son histoire. Le soin a pour objet de rendre au patient sa liberté, sa responsabilité.

« Le malade accueilli aux urgences est avant tout une histoire »

Le projet Maquéro de l’association a vu le jour en grande partie grâce à votre aide. Comment accueillez-vous les malades psy aux urgences ?

La toute première équipe de Maquéro est arrivée dans mon bureau les mains nues par un après-midi à une période où le service était en grand souffrance. Beaucoup des soignants, des médecins perdaient le sens de leur engagement professionnel en particulier la nuit. Les hommes et les événements y ont une couleur différente. Les services de secours nous amènent plus souvent qu’à leur tour les mêmes « gueules cassées », sans nom et donc sans histoire. Si nus, perdus dans leurs vapeurs d’alcool ou de toxiques, aucun élément de leur histoire pour se raccrocher. A peine dégrisés, ils repartaient… L’équipe de Maquéro nous présente le projet avec un maître mot, ces hommes et ces femmes ont une histoire. Et la maladie est le prétexte pour une prise en charge plus avant. Le soin est la raison d’une nouvelle altérité et pour certains un regard renouvelé sur eux-mêmes. Se pardonner est le début de la guérison… Cette visite a tout changé… Cette équipe en accompagnant ces êtres humains ont rapidement changé notre regard. La « piche », le « tox », le « psy » avaient du coup un prénom, un nom puis une histoire. Ils sont autre chose que leur maladie. Aller vers l’autre même cabossé devenait possible. Le traitement, le soin ont pu commencer à être possibles… Les soignants se sont trouvés soignés en retrouvant leur raison d’être, le pourquoi de leur engagement. Certains sont restés enfermés dans leur blouse… Néanmoins, Maquéro mais aussi l’ensemble des « Captifs » nous montrent que la dignité de ces hommes et ces femmes est masquée par un indicible. Ne serait-il pas pour certains de ces invisibles une ultime protection, un ultime rempart contre le monde extérieur ?

Vous êtes médecin et catholique… comment alliez-vous soins et spiritualité ? 

Je n’ai jamais cherché à soigner le visage du Christ. Peut-être aurai-je la chance d’entrevoir une part de sa vérité dans le soin porté à l’autre. La relation à l’autre, l’inconnu, est première. Faut-il soigner le corps pour libérer l’âme ou la spiritualité de l’autre ? Ou faut-il considérer la digne indisponibilité de sa spiritualité pour traiter et soigner son corps ? Je ne sais pas. Mais la grande leçon que les urgences de Lariboisière m’ont donnée est de considérer l’autre comme aussi aimable que moi aux yeux du Père. Croire en ce mystère est comme l’injonction de nous mettre à hauteur d’hommes, ou plus encore, de cœurs. Perdre ce repère c’est prendre le risque de ne plus être disponible, libre, de passer à côté de l’autre, ne pas entendre son histoire, ne pas respecter sa liberté ou lui rendre sa responsabilité. Ma liberté ne commence-t-elle pas avec celle de l’autre ? L’autre ne peut être instrumentalisé pour ma foi.