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Habiter un logement, habiter chez soi

Vivre dehors, les conséquences

Par Marcel Olivier



Je connais des personnes qui ne veulent plus sortir de la rue. Ce n’est pas la majorité, mais c’est une réalité. Que s’est-il passé ? Ces gens n’y croient plus. Ils ont trouvé un « chez eux ». Dans la rue, on s’organise une vie avec des habitudes, des « coins ». Quand on a galéré pendant 10, 20 ans, forcément…

Quand on ne voit plus ce qu’une vie « insérée » et autonome pourrait apporter, on fait une croix sur l’avenir, qui se met au même plan qu’au passé. Seul le présent compte.

Le logement, ça peut faire peur. Dans la rue, on est rarement au calme : on est toujours sollicité, l’isolement est difficile à trouver. Plus on reste dans la rue et plus on s’habitue à cette façon de vivre. Dans un logement, cette effervescence de la rue n’existe plus. Le vide créé est dur à gérer. Ensuite, il y a tout ce qui fait un logement : il faut faire à manger, faire la vaisselle, les tâches ménagères… Il faut payer le loyer… Tous les problèmes pratiques dont on avait perdu l’habitude refont surface. On oublie les obligations qui vont avec le logement. On veut être tranquille et on ne l’est pas. C’est presque dangereux pour quelqu’un qui s’est retrouvé à la rue d’entrer dans un logement. On peut sombrer dans la dépression facilement. Il faut se réhabituer, se reconstruire. Dans la rue, on passe son temps à détruire le passé. Et en même temps, on se reconstruit sur d’autres bases. Quand on retrouve un logement, il faut détruire tout ce que l’on s’est reconstruit dans la rue et se reconstruire dans un logement, tout en évitant de retrouver la situation d’avant la rue… Car reprendre possession d’un logement fait ressurgir les douleurs du passé. Il faut apprendre à faire différemment et cela prend du temps.

D’où l’importance de l’accompagnement. J’ai eu la chance d’avoir un logement par SNL : il y a un accompagnant qui m’a aidé, et c’était le même pendant les 5 ans où je suis resté. C’est très important pour pouvoir passer ce cap.

Ce qui devient assez cynique dans cette affaire, c’est qu’aujourd’hui dans nos villes, habiter dans la rue devient pratiquement impossible. Les gares sont régulièrement visitées par les services de l’ordre afin d’expulser ceux qui restent quelques heures pour se réchauffer ; des barrières « anti-proscrits » apparaissent, expulsant sans complaisance toute personne voulant s’arrêter à ces endroits pour se reposer. Même les bancs publics deviennent inhospitaliers ! Reste encore le Bois de Vincennes et quelques autres... jusqu’à quand ?