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La souffrance psychique des SDF

Souffrance psychique et troubles mentaux : de quoi parle-t-on ?

Par Jean-Guilhem Xerri, président



Les problématiques de santé mentale sont une préoccupation importante pour les acteurs de la lutte contre l’exclusion. Mais dans quel sens se posent-elles et tout est-il « psy » ? Qui de l’expérience de la rue ou des troubles psychiatriques a entrainé l’autre ?






Les interactions entre la rue et la santé mentale sont complexes. Certains déterminants ont pu être mis en évidence : faible niveau scolaire et de qualification professionnelle, carences éducatives, structure de personnalité, instabilité familiale. Parfois, des troubles psychiatriques tels que les psychoses, les troubles de la personnalité ou des situations comme le handicap ou un projet thérapeutique interrompu, altéreront les aptitudes sociales, économiques, relationnelles de la personne. Ils constitueront alors des facteurs de risque de précarisation réels.

Inversement, la rue peut aussi entrainer des troubles mentaux. Des conditions de vie extrêmement dures sur les plans matériel, social et psychologique conduiront la personne à vivre la dépression, l’anxiété ou des polyaddictions à l’alcool la drogue ou les médicaments. Toujours, l’exclusion participe à la fragilisation de l’équilibre mental et peut révéler des troubles latents qui vont décompenser. Dans la rue, il existe donc toute la nosographie psychiatrique, à un taux de 30-50% des personnes de la rue, très supérieur à celui du reste de la population. Dans le même temps, nombre de précaires ne reconnaissent pas être atteints de maladies du registre psychiatrique et/ou refusent les soins ; si bien que les troubles psychiques en deviennent une circonstance aggravante en termes de réinsertion sociale.

Outre ces maladies psychiatriques, il existe une souffrance en lien avec l’exclusion et qui touche 100% des personnes à la rue. Elle est appelée par certains « souffrance psychique » ; nous préférons la dénomination « souffrance existentielle ». Elle rassemble les dysfonctionnements psychoaffectifs n’entrant pas dans le cadre des troubles mentaux caractérisés. On peut la définir comme une réaction aux difficultés existentielles affrontées. Les modalités d’expression sont très diverses : des modifications du rapport au temps, à l’espace, au corps, des comportements d’isolement, des conduites addictives, un épuisement, une incapacité à se projeter dans l’avenir, une perte de l’initiative relationnelle, des sentiments de dévalorisation ou de honte, … Cette douleur est en lien avec la réalité même de l’exclu. Elle semble croître avec le processus d’exclusion. Elle survient quand la personne est débordée, ne fait plus face, n’arrive plus à s’adapter, « quand c’est trop dur ». Elle est le signe que l’exclusion, c’est la perte de tout ce qui fonde l’identité d’un individu.

Même s’ils sont intriqués, la distinction entre les troubles mentaux et la souffrance psychique est capitale pour mieux comprendre ce qui se joue chez les personnes de la rue et mieux les accompagner. Si le premier registre est du ressort d’une prise en charge psychiatrique, le second renvoie à une attention à une personne souffrant dans son identité et son être profond pour laquelle la relation et la présence d’un autre contribueront à tracer un chemin de guérison.

Jean-Guilhem Xerri.