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La souffrance psychique des SDF

Signes externes de souffrances internes

Par Aleksandra Gniazdowska, psychologue



Nous avons tous en tête cette phrase de Louis Pasteur : « Je ne te demande pas quelle est ta race, ta nationalité, ou ta religion ; mais quelle est ta souffrance. » A travers mon expérience de jeune psychologue et grâce aux rencontres faites avec des personnes de la rue au sein des Captifs (Paris-Centre), j’ai pu approcher leur souffrance.

La souffrance psychique chez les personnes sans abri peut se manifester sous différentes formes. Elle est avant tout liée au dénuement et à la vie dans la rue qui laisse sur les sujets des séquelles psychiques extrêmement importantes. Il n’est donc pas étonnant d’observer leurs recours réguliers à des produits stupéfiants ainsi qu’à l’alcool : ces produits leur servent d’anesthésiant afin de leur permettre de « survivre » dans ces conditions si difficiles et d’effacer pour un certain temps cette réalité douloureuse qui est la leur.

La souffrance psychique peut également se traduire par des agressions de tous types : violences verbales, physiques… Les passages à l’acte sont très fréquents : les bagarres qui partent parfois de tout et de rien, le « pétage de plomb », sans raison valable... Cette envie (parfois consciente ou pas) de « casser, de foutre le bazar » montre bien combien il leur difficile, voire impossible, de canaliser cette souffrance. En même temps, ces comportements libèrent le surplus de tensions et c’est pour eux une manière de se faire entendre. Par ailleurs, les personnes vivant en exclusion souffrent très souvent de la non-reconnaissance aux yeux des autres. Ce sentiment de non-appartenance et de non-existence provoque des blessures narcissiques importantes, un repli sur soi allant vers une auto-exclusion et un refus de l’aide.

Enfin, lorsque les mots manquent pour dire cette souffrance qui nous habite et qui nous ronge, on tente de faire parler son corps. Le corps peut alors devenir la source de renseignement sur l’état psychique de la personne, sur l’intensité de sa souffrance. C’est là le sens à donner aux cicatrices, aux automutilations, aux tatouages, aux piercings ainsi que tous types de maladies somatiques non prises en charge par l’équipe médicale.

Dans l’accompagnement de personnes en situation d’exclusion, il me semble important d’essayer de nommer avec eux cette souffrance et de rester à l’écoute de ce qui ne peut pas s’entendre.

Aleksandra Gniazdowska, psychologue et bénévole.