Accueil > Comprendre l’exclusion > Les jeunes en errance > Quand la rue devient un espace résidentiel

Pour la majorité des jeunes insérés, la rue est un espace interstitiel : ils l’utilisent pour circuler d’un lieu à un autre : de la famille à l’école, de l’école au terrain de sports…
Mais, pour les jeunes en situation d’errance, la rue occupe une autre fonction : elle devient un espace résidentiel. C’est le lieu qu’ils investissent, celui dans lequel ils tissent du lien, malheureusement avec les jeunes qui passent autant de temps qu’eux dans la rue et c’est ainsi que les bandes se forment. Elle constitue un véritable bain culturel, avec le langage qu’elle véhicule et la grande banalisation de l’usage de la violence. Celle-ci est utilisée à la fois comme mode d’expression du mal-être, comme mode d’affirmation de soi et comme mode d’action sur l’environnement. La rue devient alors un espace référentiel, lieu de construction de l’identité culturelle. Les amitiés qui s’y vivent, le vocabulaire qui y circule, les combats qui s’y mènent, les conduites excessives (rodéos, bastons, consommation de produits toxiques) s’inscrivent dans la mémoire de ces jeunes comme autant de repères qui les éloignent peu à peu de la vie citoyenne.
Car finalement, ce qui est sans doute le plus difficile à vivre dans la situation d’errance, ce n’est pas seulement le manque d’hébergement, c’est surtout le manque d’un « chez soi », ce lieu où l’on peut être soi-même sans être observé par les autres. Il n’est pas facile de vivre continuellement dans la rue sous le regard des autres.
Et l’hypersensibilité, manifestée par bon nombre, à ce regard porté sur eux, qu’ils perçoivent bien souvent comme lourd de rejet, va aller de pair avec un renforcement du lien identitaire avec d’autres jeunes rencontrés en situation d’errance.
Aller à la rencontre de ces jeunes nécessite, pour l’éducateur qui entreprend cette démarche, constance et rigueur dans la présence sur la rue. Il faut du temps pour briser « cette fatale barrière de méfiance », pour reprendre une expression de Jean Bosco initiateur du travail de rue auprès des jeunes déshérités des faubourgs de Turin au XIX ème siècle. Car seule l’instauration d’une relation de confiance pourra permettre la mise en place d’un véritable travail d’accompagnement.