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L’affectivité des personnes de la rue

Nous sommes tous des êtres de relation

Par Florence Brisset, médecin



« Les personnes sans domicile fixe ont elles aussi des relations affectives et sexuelles » : telles étaient les conclusions d’une enquête réalisée en 2007 par l’observatoire du Samu Social. Cette étude venait ainsi mettre à mal le présupposé communément admis que la misère économique était synonyme de misère affective et sexuelle …

Deux réalités de vie étaient cependant distinguées dans cette étude :

- d’un coté, celle des personnes les moins marginalisées : pour eux, l’exercice d’une sexualité (réduite dans l’étude aux relations sexuelles) ne semble pas tant liée aux conditions de vie (avoir ou non un logement n’a aucune influence) qu’à leur parcours biographique. Ainsi, comme dans la population générale sont retrouvées les mêmes attentes, les mêmes espérances mais aussi les mêmes frustrations, les mêmes difficultés ou incapacités, reflets de blessures affectives anciennes liées chez eux à des parcours de vie souvent chaotiques (antécédents fréquents de sévices sexuels dans l’enfance, carences affectives, échecs conjugaux…)

- de l’autre coté : les personnes les plus marginalisées, ceux qu’on nomme les grands exclus. Chez eux, les relations sexuelles semblent rares voir souvent absentes, et on observe fréquemment une perte complète de désir. Mais l’étude révélait que dans bien des cas, ces personnes étaient cependant capables d’entretenir des liens affectifs fréquents et forts avec une autre personne. Ces réflexions rejoignent tout à fait ce que nous pouvons entrevoir lors de nos tournées-rues : qu’expriment alors ces liens tissés ? Sont-ils de simples liens de dépendance réciproque pour survivre ? ou, peut-être, sont-ils plutôt le témoin que même chez celui qui est le plus blessé, le plus meurtri intérieurement dans son rapport à lui-même et aux autres, subsiste toujours ce qui fait l’essence de la personne : cette préscience que je n’existe que comme « être de relation », que, seul, je suis incomplet, que, seul, je meurs…et que j’ai besoin de l’autre non pas d’abord pour ce qu’il m’apporte mais surtout pour me faire advenir comme sujet.

Ces grands naufragés de l’existence, comme souvent, nous invitent à revenir à l’essentiel : qu’est-ce qui me fait vivre et fait vivre les autres, qu’est-ce qui fonde mes propres relations ? « le Moi s’éveille par la grâce du Toi » disait Bachelard : puissions-nous être pour ceux qui nous entourent d’abord et avant tout des « éveilleurs » de vie