Accueil > Comprendre l’exclusion > Les jeunes en errance > Les jeunes, carrefour de tous les possibles

Etre à la rue est synonyme d’échec (familial, éducatif, professionnel, institutionnel…), même pour les jeunes qui y sont. Sans lien familial, sans ressources, sans logement, sans repère et sans projet, ils arpentent, désœuvrés, les rues de la ville à la recherche d’un espoir perdu. Pourtant, ils ont une force formidable, celle justement de la jeunesse. Elle se lit aussi bien dans leurs modes de survie que dans leurs actes de désespoir. Car c’est bien d’une espérance dont ils ont soif.
« la majorité des français craint d’être un jour SDF » proclament certains sondages et enquêtes. Or, contrairement à ce que l’on imagine, l’exclusion est un long processus qui se greffe sur les fragilités de la personne : fragilité sociale, fragilité familiale, fragilité professionnelle, fragilité affective… Et les séquelles de l’exclusion et de la précarité sont lourdes. La guérison de ces blessures est aussi un long processus : pour sortir de la rue, on estime un temps nécessaire équivalent à celui passé dans la rue. Sans parler des séquelles psychologiques que peuvent laisser ce passage à vide. C’est pourquoi il y a urgence : il faut travailler avec les jeunes dans l’élaboration de leur projet de vie.
Nous constatons tous les jours dans nos relations avec ces jeunes « errants » que la période 18-25 ans est charnière dans le parcours des jeunes, qu’ils soient à la rue ou pas. Pendant cette période, ces derniers peuvent soit sortir de la précarité, soit s’inscrire durablement dans l’exclusion. C’est à ce moment là que se joue la construction, la réconciliation avec la vie et avec soi-même.
La décision de construire (peut-on dire reconstruire lorsque l’on a encore rien bâti ?) sa vie hors de la rue peut résulter, pour certains jeunes, d’une modification de situation telle que l’obtention de papiers, une thérapie,… Pour la plupart, elle suppose toute une réorganisation de leur existence et une entière mobilisation de leur capacité de changement.
Si le mot « rupture » peut qualifier l’état d’errance des jeunes, celui de « réconciliation » est la clef qui ouvre le chemin de reconstruction. Or un chemin de réconciliation peut s’avérer long et éprouvant. C’est un chemin de croissance nécessitant un retour obligatoire à la réalité, cette réalité tant évitée et fuie de différentes manières par les jeunes. Là, devant sa réalité, le jeune se trouve au milieu d’un carrefour : le carrefour de tous les possibles.