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Dans mon travail aux Captifs, il me semble que mon rôle est essentiellement d’être « à l’écoute ». En fait, entre les tournées-rues : tournées au Bois de Vincennes où, avec Michel, je vais rencontrer les femmes tous les lundis après-midi, tournées en précarité dans le quartier de Daumesnil, et la permanence d’accueil du mardi après-midi, il s’agit avant tout de rencontrer les personnes et donc de les écouter.
Les conditions ne sont pas toujours idéales : lorsque la rencontre a lieu sous un pont de chemin de fer dans le vacarme des trains de banlieue et des TGV qui passent ou dans le brouhaha du marché, le dialogue passe plus par une présence que par une conversation suivie rendue impossible parfois par l’intensité du bruit.
Tout dépend aussi de l’état des personnes rencontrées : certaines sont plus dans un monologue, d’autres semblent attendre tout de la personne qui arrive pour les rencontrer.
Dans tous les cas, il s’agit d’être entièrement disponible pour pouvoir réellement « se poser » avec l’autre et qu’il puisse sentir que plus rien n’est important en dehors de ce qu’il a envie de dire ou de taire… En fait, pour bien écouter, je pense qu’il faut être prêt à entendre tout : des expressions de souffrance, voire de haine, des moments de joie, leurs espoirs, des morceaux d’histoire de vie, des réflexions d’ordre général sur la société, la vie du quartier, et être prêt aussi à attendre, à être ensemble en silence, à respecter le silence ou les refus de rencontres, car après tout, chacun est libre de vouloir dialoguer ou non.
Que de belles rencontres où l’un ou l’autre livre des pans de son histoire, sa soif de tendresse, un morceau de vie trop lourde et pleine de ruptures, parle des enfants qu’il n’a plus revus depuis 15, 20 ans et qui restent là dans le cœur comme un coin de douceur ou une blessure ..