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Les jeunes en errance

L’errance : une réalité multiple derrière ce vocable

Par Danielle Huèges



Depuis l’enquête de l’INED en 2001, très peu de publications ont été faites sur l’errance des jeunes, ce qui nous laisse supposer que ce sujet, même si tous les acteurs qui les approchent disent qu’il s’aggrave d’année en année, ne semble pas inquiéter les institutionnels.

Tout comme pour les clochards, l’errance des jeunes dérange parce qu’aujourd’hui, elle devient de plus en plus visible. Elle dérange d’autant plus qu’elle concerne une population sur laquelle l’attente sociale est grande. Leurs attroupements, leur façon de mendier, leur façon de vivre, plus ou moins alcoolisés, souvent accompagnés de chiens, créent un sentiment d’insécurité. Ils arrivent même à être parfois considérés comme « dangereux ».

La notion de jeunes en errance repose sur un concept vague et vise en fait une population hétérogène. En l’absence de définition juridique d’une population ou de consensus sur ce qui la caractérise, personne ne parle de la même chose. Sous le même vocable de « jeunes en errance », on vise es mineurs en fugue, les squatters, les jeunes « routards » d’une ville à l’autre, les jeunes fréquentant les structures d’accueil et d’hébergement d’urgence, les jeunes étrangers isolés sans référant parental en France. On parle aussi d’errance mobile qu’on oppose à l’errance statique qui se caractérise par des jeunes ayant un domicile et qui « zonent » le soir, et pour lesquels, l’errance est là pour combler l’ennui.

Cette même population peut être toxicomane, présenter des pathologies sanitaires et psychologiques lourdes. L’errance se caractériserait aussi non seulement par des symptômes mais par des processus évolutifs. Un jeune peut avoir un lit chez ses parents et « se perdre » dans des comportements de fuite. Il peut aller mal et être en grande souffrance psychologique sans que pour autant il attire l’attention. S’il traîne dehors avec d’autres jeunes désœuvrés à consommer massivement de la bière et fumer un joint, il sera repéré comme jeune à la rue. S’il fréquente les structures d’accueils, d’hébergements d’urgence ou les dispositifs conçus pour les populations en difficulté, est-il pour autant dans un processus d’insertion qui lui ferait quitter l’état d’urgence ?

Lorsque l’on interroge des jeunes sur leur parcours on peut s’apercevoir que l’origine des trajectoires de l’errance est de deux ordres. D’une part, elle réside dans les difficultés liées aux conditions de vie dans la famille d’origine (conflits familiaux, recomposition familiale et absence de cadre éducatif, placement dans les institutions éducatives, maltraitance, problèmes financiers, lourds problèmes de santé, alcoolisme dans la famille). D’autre part, elle s’explique par les difficultés rencontrées par les jeunes eux-mêmes (échec scolaire, chômage, dépendance aux substances, problèmes de santé et d’ordre psychiatrique, fugue).

En fait, l’errance exprime une volonté d’échapper aux autres et à soi-même. Elle donne l’illusion d’un élan libérateur dont les jeunes sont eux-mêmes acteurs.