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Pour beaucoup d’entre nous, habiter est d’abord une matérialité : disposer d’un logement avec quatre murs et un toit. L’expérience des personnes de la rue nous permet de creuser ce qu’habiter veut dire.
Les personnes marginalisées sont depuis toujours définies par leurs modalités d’inscription dans l’espace. Le vagabond centré sur la mobilité, le clochard décrivant au contraire une certaine fixité, ont laissé place dans les années 80 au SDF, prolongé plus récemment par le sans-abri, indiquant cette fois un rapport à l’espace « en négatif ». La question de la vie dans la rue renvoie à des solutions politiques, techniques et administratives visant à développer une offre adaptée en dispositifs et en hébergements et logements sociaux. Elle doit se prolonger par des considérations touchant au sens même qu’une personne donne à son environnement et aux liens qu’elle tisse avec.
Pour certains qui n’ont plus de toit, il ne reste que la rue à habiter. Ils occupent des lieux publics ou collectifs : gares, centres commerciaux, églises, parkings, bois, trottoirs. Au sein de ces lieux, se cherche et s’invente un espace personnel. Il est le plus souvent réduit à un sac à dos ou un sac de couchage qu’une bagagerie viendra protéger. Parfois la rue est chargée de davantage d’investissement : des cartons constitueront une entrée, un coussin tiendra lieu de canapé, un matelas et une chaise rappelleront un lit et sa table de nuit, le savon et la brosse à dent rangés figureront la salle de bains. Cet environnement personnel est témoin des besoins profonds de l’Homme en ancrage et identité. Quand « la vie hors les murs » dure trop longtemps, la confusion entre la sphère publique et privée s’installe alors, dangereusement.
Il existe une relation entre un espace et la personne qui l’occupe, entre la géographie et l’intime, entre habiter et s’habiter. Le logement, en tant qu’il est un abri, doit se transformer en maison, en tant qu’elle est le lieu de l’identité psychique et relationnelle. En effet, elle permet de définir cet espace intérieur, profond dans lequel notre intimité trouvera sa sécurité et son expression. Le philosophe Bachelard nous le dit : « la maison plus encore que le paysage est un état d’âme ».
Notre maison « Valgiros » a ce projet : être hospitalier pour les corps, apaisant pour les cœurs et vivifiant pour les âmes.