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Dans notre société de l’hyper-information, les paroles ne manquent pas. Elles sont omniprésentes, amplifiées, au risque d’être déformées, bruyantes et trahies.
Sous ce flot de mots et d’images, l’écoute semble devoir lutter pour surnager et nous sommes le plus souvent dans le mal-entendu. Cette situation est particulièrement vraie dans la rue. L’un de nos amis nous disait : « c’est déjà dur de parler, mais en plus quand tu y es prêt, il n’y a personne pour t’écouter. » Parler est difficile, écouter ne l’est pas moins.
Dans la rue, des personnes sont parfois tellement blessées ou exclues qu’elles en ont oublié qu’elles peuvent parler. Reprendre le chemin de la parole demandera du temps, de la patience. Il faudra traverser les répétitions et les moments où « rien ne se passe » avant de parler en vérité, d’évoquer ces choses qui tiennent à cœur. Réapprendre à parler est donc un enjeu important ; il ne concerne pas que les plus exclus.
Rencontrer des personnes qui écoutent en est un autre. Si parfois des bulles d’intimité s’y créent, quelle écoute est possible dans la rue, dont le climat est celui du bruit, des odeurs, du froid et des violences ? Nous savons que si certains environnements sont plus propices que d’autres à l’acte d’écouter, l’écoute est d’abord liée à une relation, inscrite dans le temps et la confiance, qui appellera la parole. Elle passe par une présence avant d’être une technique. Elle se développe dans un lien dont la stabilité aide à franchir des caps.
L’écoute sollicite conjointement un travail de l’intelligence, du cœur et de l’âme. Nous savons nos parts de surdité et de fermeture mais qu’importe : écouter une personne, même maladroitement, c’est déjà la considérer, la prendre au sérieux ; c’est vouloir lui donner une place, lui laisser la possibilité d’en trouver peut-être une nouvelle. Elle nécessite l’attention aux mots et au corps bien sûr mais sans s’y arrêter, afin de ne pas enfermer l’autre dans ses paroles ou sa problématique.
Ecouter devient favorable quand l’attention est portée non pas tant à la souffrance qu’à la personne qui la vit. Etre centré sur la personne et pas sur ses symptômes, c’est accueillir la vie qui essaie encore de se dire. C’est révéler à l’autre ce qu’il ne voit, n’entend, ne sent pas encore. Si l’écoute est parfois thérapeutique et donc un « soin », elle est toujours un « prendre soin ». Dans ce sens, l’écoute est d’abord une expérience à faire et à faire faire : celle d’une hospitalité partagée.