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« Je veux pas mourir dans la rue comme un chien » me dit un jour Roger lors d’une hospitalisation. Vivant dans la rue, son inquiétude est justifiée. L’espérance de vie des personnes de la rue est de 48 ans ; ce chiffre est celui de la France en 1900 ou du Nigeria aujourd’hui. Il montre combien la mort est omniprésente sur les trottoirs : plus d’un décès par jour causés par la vie à la rue. Plus que tout autres, les personnes de la rue sont victimes de l’ambivalence de notre culture face à la mort : exhiber la mort « spectacle » comme celle de Mickaël Jackson, mais cacher celle des petits …
Et nous, salariés et bénévoles, comment vivons-nous la mort de nos amis quand, non contente de rôder, elle frappe ? Nous savons que nous aurons à faire face à un tel évènement qui nous arrachera à nos certitudes et nos projets. Il arrive que notre travail consiste à accompagner jusqu’à la mort. L’un de nous me disait : « j’ai l’impression que certains on les rencontre juste pour leurs derniers mois ».
D’autres fois, elle nous surprend. L’amitié construite au fur et à mesure des rencontres nous conduit le plus souvent à organiser une cérémonie avec les compagnons du défunt, rejoints parfois par des paroissiens ou de la famille. Ecouter un témoignage, regarder des photos, lire un texte, accueillir, prier ensemble, rassurent et peuvent contribuer à réconcilier et refaire unité. Parlant d’une célébration en mémoire d’un de ses amis, Pierre nous a dit : « Pour moi aussi, j’aimerais que ça se passe comme ça ».
Nous ne sommes pas des opérateurs : nous aussi sommes touchés par l’émotion, les larmes et le deuil à faire. Dans ces situations, nous ne sommes pas tant des « spécialistes du social » que des frères et sœurs en humanité. L’enjeu est celui de la valeur que nous reconnaissons à ces plus pauvres et aux liens que nous avons tissés avec eux. Nous voulons le leur signifier, encore.
La mort est notre ultime et commune fragilité. Elle nous enlève ceux que l’on apprend à aimer. Consentir à lui laisser une place, c’est d’autant mieux accueillir la vulnérabilité dans nos vies et ce à quoi elle ouvre. Elle nous met pauvrement face au Mystère …