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La santé mentale est une préoccupation importante pour les acteurs de la lutte contre l’exclusion. Ses déséquilibres sont croissants chez les personnes de la rue, rendant les accompagnements de plus en plus difficiles. Le long processus de l’exclusion conduit à un ébranlement intérieur, jusque dans l’identité profonde de la personne. Dans la rue, cette souffrance psychique s’exprime le plus souvent dans toutes les dimensions de l’être : corporelle, psychologique et spirituelle. Le chemin de croix de nos amis présenté dans ce numéro en est une expression vivante et douloureuse …
Cette expérience est vécue ailleurs que dans la rue. Des études la rapportent chez les jeunes, en milieu professionnel et en institutions sanitaires. Elle est en quelque sorte la forme moderne de la difficulté à exister. La solitude, la maladie, l’urbanisation en grandes mégapoles, le chômage et la précarisation de l’emploi, la ghettoïsation de certains quartiers, l’éloignement géographique des familles, les métamorphoses du schéma familial, l’instabilité des liens affectifs, des institutions éducatives ou sanitaires pas toujours adaptées, l’allongement de la durée de la vie constituent des facteurs favorisants.
Accompagner des personnes en grande souffrance doit conduire à se laisser interpeller, interroger par elle. Au-delà des échecs personnel et collectif, la souffrance nous dit cette fragilité ontologique de l’Homme vivant et mortel et cette nécessité si humanisante d’être reconnu par un autre.
La grande souffrance appelle à réconcilier « soigner » et « prendre soin ». Ceux qui la traversent attendent de rencontrer des hommes et des femmes dont le cœur et l’intelligence leur feront (re)découvrir leur unité.