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L’affectivité des personnes de la rue

L’édito

Par Jean-Guilhem Xerri, président



La vie affective et sexuelle des personnes de la rue



Les questions d’affectivité et de sexualité font partie des thèmes favoris de nombreux sondages et études, magazines et émissions, ouvrages et conférences. Le ton se veut le plus souvent déculpabilisant, informatif et incitateur. L’angle éditorial sera volontiers par population : les jeunes (l’âge du premier rapport), les actifs (comparatif par pays de la fréquence hebdomadaire des rapports), les seniors (il n’y a plus d’âge pour s’aimer). Le propos pourra aussi s’articuler en fonction des situations : l’amour au travail ou en vacances.

En tout état de cause, ces considérations ignorent les personnes de la rue. Leur situation leur ferait-elle faire l’économie d’une vie comprise aussi avec les dimensions affectives et sexuelles ? La rue les rendrait-elles inaptes à aimer ? Ou bien notre regard est-il une nouvelle fois invité à changer ?

Il n’est jamais simple d’aborder publiquement ce qui touche l’intimité. Dans ce numéro, nulle révélation, statistique ou description. Mais un désir que nous souhaitons partager : celui de reconnaître nos amis de la rue dans tout ce qu’ils sont. L’a priori est que la violence, l’alcool et la misère rendent toute expression affective ou sexuelle impossible dans la rue. La réalité est plus nuancée. Nous sommes témoins que les hommes et les femmes que nous rencontrons sont sexué(e)s. Ils nous le disent de façon pudique le plus souvent, crue parfois, explicitement ou symboliquement, en plein ou en creux …

Les accompagner signifie accueillir les désirs et les espérances, les blessures et les frustrations qu’ils portent dans un parcours de vie toujours singulier. Reconnaître les dimensions affectives et génitales de ceux que nous rencontrons, c’est les regarder dans leur pleine humanité, corporelle psychologique et spirituelle. C’est se tourner vers le désir profond de tout homme et de toute femme : l’aspiration à une relation qui soit mystère de communion et d’altérité. Dans cette perspective, les Captifs empruntent les chemins de l’amitié et du professionnalisme, faits de gestes délicats, de moments de fête, de deuils, de vie qui surgit. En s’interrogeant jour après jour sur la distance juste, c’est-à-dire celle qui fait grandir l’autre.