Accueil > Comprendre l’exclusion > L’écoute, une hospitalité > L’écoute, si nécessaire et si difficile

Dans la rue, nous avons besoin d’écoute. Cela fait partie des priorités qu’il faut gérer pour aider vraiment quelqu’un à sortir de la rue, au même titre que la domiciliation ou l’ouverture des droits sociaux.
Trop de choses pèsent dans l’esprit qui empêche de se développer dans le bon sens. Pour s’en séparer, il faut s’en libérer et cela peut se faire par la parole. Or cette libération n’a lieu que lorsqu’une oreille attentive et respectueuse intervient dans ce processus douloureux.
Cette écoute ne peut exister dans le réseau d’amitié que l’on se crée dans le milieu de la rue : comment un malade peut-il soigner un autre malade ? Il faut quelqu’un qui soit en mesure d’écouter, qui ne soit pas encombrer de problèmes et de difficultés lui-même.
La personne blessée s’enfonce dans un mutisme qui devient naturel au fil du temps. Elle accumule les blocages qui s’amplifient et qui s’incrustent plus profondément. Tout l’être est envahi et les attitudes vitales en sont perturbées.
Il faut aider la personne à se libérer de toutes ses idées noires qui l’assaillent en permanence et qui l’empêchent d’envisager l’avenir positivement. L’écoute l’aide à disséquer ses différents problèmes et à mieux les comprendre. Cela dédramatise les situations et permet d’envisager dans un deuxième temps un avenir plus serein et constructif.
Mais l’oreille tant recherchée est rare… et pas toujours disponible. Pour que l’écoute soit féconde, il faut qu’elle entraîne la parole, qu’elle libère les mots trop longtemps retenus.
Dès que le contact fonctionne, il évolue vers un rapport de plus en plus intime et peut se révéler aussi déroutant que captivant. Dans ce dialogue intense, la patience est de mise… De même, l’intérêt doit devenir constant et aidera ainsi à se débarrasser des angoisses et des incertitudes existantes. La culpabilité supposée pourrait alors apparaître peut-être moins évidente. L’écoute ramène la confiance.
C’est sur ce constat que l’attention apportée révèle son importance. Cependant, ni le moment ni l’intensité avec laquelle la personne écoutée se livrera n’est prévisible. L’écoute n’est possible qu’avec des gens de bonne volonté, ouverts et assidus.
La société souffre beaucoup de surdité aujourd’hui. Ce signe d’indifférence impacte en premier les personnes les plus fragiles, qui doivent bien souvent leur salut à une personne qui a su accueillir ses secrets.