Accueil > Comprendre l’exclusion > La souffrance psychique des SDF > Face à la souffrance de l’autre

Recroquevillés sur le trottoir, le visage fermé ou au contraire hurlant leur révolte dans des invectives multiples en nous reprochant de ne rien faire : face à ces personnes en souffrance, qui n’en peuvent plus, ne trouvent plus en eux-mêmes la capacité de lutter ni le moindre sens à ce qu’ils vivent, combien de fois ne nous sommes-nous pas retrouvés démunis lors des tournées-rues ? Leur souffrance intérieure, que l’on pressent si profonde et si douloureuse, ils nous la jettent au visage… impossible de ne pas l’entendre, impossible d’y être indifférent : cette souffrance résonne en nous et viens nous rejoindre au plus profond de nous-mêmes. Des émotions nous traversent : la colère voie la révolte devant leur immobilité apparente face à ce qu’ils vivent et plus souvent, nous sommes envahis par notre inutilité, par un terrible sentiment d’impuissance parfois teinté de culpabilité car nous ne savons plus comment les rejoindre et les aider... Alors on se surprend à fuir, à éviter de passer près d’eux pour ne plus être confronté à cette réalité douloureuse…ou au contraire, on en fait trop, on envahit l’espace de l’autre, on voudrait combler ce vide que l’on pressent et dans lequel ils semblent se perdre.
Ces réactions sont des mécanismes de défense psychique qui se mettent en place de façon inconsciente, à la fois pour se prémunir de la souffrance de l’autre et pour se protéger contre sa propre angoisse. Ces réactions ne sont pas mauvaises en soi, elles disent simplement notre vulnérabilité, nos propres fragilités et nos limites. Il nous faut les reconnaitre et les accueillir pour ne pas s’épuiser et pour se situer progressivement dans une juste présence à l’autre : présence qui simultanément écoute et accueille la douleur de l’autre sans la faire sienne tout en posant inlassablement sur la personne et sur sa vie un regard de confiance et d’espérance. Seul ce regard lumineux peut faire que jaillisse de nouveau la vie en l’autre.
On voudrait tant faire… Il nous faut consentir simplement à être là, profondément.