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Les résurrections de la rue

Des pas vers la vie


On nous demande souvent : « Est-ce que beaucoup de personnes que vous accompagnez arrivent à quitter la rue et à se réinsérer ? » Au risque de surprendre, la réponse est assurément oui. Si nous sommes témoins au quotidien de la souffrance due à l’exclusion sociale et à la rue, nous sommes également fréquemment témoins de parcours qui démontrent qu’aucune situation, aussi désespérée qu’elle puisse nous paraître, n’est définitivement perdue.

Si à la question de réinsertion, notre réponse est positive, je dois dire cependant qu’après quelques années de compagnonnage avec les personnes de la rue, je ne mesure plus l’efficacité de notre action au nombre de personnes que l’on pourrait dire réinsérées. Je m’émerveille de chaque pas, de chaque rencontre, de chaque demande. En effet, quel courage il faut, quand on a vécu de telles épreuves, pour espérer encore contre toute espérance, pour oser encore demander de l’aide alors que peut-être tant de portes se sont déjà fermées ! Et quelle responsabilité portons-nous, nous bénévoles et permanents de l’association, pour recueillir ainsi, lors de nos rencontres et de nos entretiens, l’espoir des personnes de la rue qui en ont un besoin vital.

Il me semble qu’alors notre premier devoir est de prendre au sérieux leurs demandes, de croire à ce que les personnes de la rue nous disent. Leurs demandes peuvent si souvent nous paraître irréalistes. Par exemple, comment accueillir la demande de travail d’une personne fortement dépendante de l’alcool ? On pourrait être tenté de lui répondre qu’il faudrait mieux commencer par faire une cure de sevrage. Or à l’évidence, cette réponse ne correspond pas à sa demande. Elle sera reçue comme un refus de reconnaître sa véritable souffrance – ne pas travailler – et le projet entrevu pour en sortir – accéder à un emploi. A nous de mettre en œuvre toutes nos compétences pour leur permettre d’accéder à ce qu’ils nous demandent. Ne sommes-nous pas à leur service ?

Notre second devoir, me semble-t-il, est d’espérer. Je pense souvent à cette personne prostituée que de nombreuses équipes de l’association ont rencontrée pendant plus de 20 ans sur les trottoirs du Bois de Boulogne avant qu’un jour elle nous demande l’adresse de la permanence et vienne nous y rencontrer. Notre espérance doit se traduire par l’inconditionnalité de notre présence et de notre accueil. L’inconditionnalité est indispensable pour garantir à chacun sa liberté et pour que chacun puisse garder confiance malgré ses rechutes.

Mais notre plus grand devoir est l’amour. Un amour où chacun est accueilli non seulement tel qu’il est mais plus encore pour ce qu’il est. Notre société pressée oublie trop souvent le besoin de temps. Nous avons besoin de temps pour nous connaître et nous reconnaître. Nous avons besoin de temps pour entrer en alliance. Nous avons besoin de fidélité pour aimer.

Ainsi ces chemins d’humanité se parcourent pas à pas, à force d’amour, d’espérance, de confiance. Chaque pas compte, chaque pas est une victoire, chaque pas est un signe qui nous laisse entrevoir la force de la Vie.

J.-Y.Q.





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